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Jeudi 27 septembre 2007 Précédent

Les bienfaits des volcans (Baños)

La petite ville de Baños est coincée entre les volcans. Les maisons coloniales bâties sur le quadrillage parfait des rues offrent le double charme de l’architecture et de la perspective. p1060849.JPGSurtout, les chutes d’eau chaude qui se jettent du ventre du volcan Tungurahua pour arroser la ville donnent à Baños sa singularité.
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Comme on est des dingues de massages, toujours prêts à donner de notre corps au contact de mains charitables, on fonce tête baissée dans cette ville de plaisirs en faisant abstraction du risque majeur de Baños, la présence d’un des volcans les plus actifs du pays. Le Tungurahua a d’abord fait parler de lui en 1999 en provoquant une alerte orange qui avait poussé les habitants à fuir. Mais c’est surtout en 2005 que la ville s’est faite une sacrée frayeur, avec une éruption soudaine dont on voit encore les traces et les coulées de lave aujourd’hui. Ça nous a d’abord semblé bizarre que les gens reviennent s’installer sous cette épée de Damoclès. Mais le lieu est si magique, et la vie facilitée par le tourisme que la plupart des habitants ont choisi de réintégrer leurs maisons et leurs commerces.
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On se trouve un petit hôtel qui nous séduit par sa spécialité de fondues savoyardes. Des montagnes, du fromage, du vin blanc, hum ! Et on court prendre rendez-vous chez la masseuse.
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p1060837.JPG À la tombée de la nuit on décide d’aller voir de plus près ce fameux volcan. On monte avec une vingtaine de gogos dans une voiture bariolée poussée par une musique à plein tube. Mais on est tellement excités et curieux à l’idée de voir un volcan fumer qu’on fait abstraction de cette ambiance “top fun”. Pourtant on déchante vite. Arrivés au point de vue, on entre pied et poings liés dans une sombre grisaille. La vue est bouchée, et au lieu d’un volcan nous n’admirons qu’un épais brouillard blanc. Pas de bol, car le chauffeur nous a prévenu : on restera là-haut pendant une heure et demie, quoi qu’il arrive. On maudit les tours organisés et les ambiances lourdes des gogos en goguette. Heureusement au moment de partir le nuage se lève. Si on ne peut toujours pas voir le Tungurahua au-dessus de nous, on aperçoit au moins Baños en contrebas, joliment éclairé avec ses rues perpendiculaires et l’église à deux tours située sur la place centrale.
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p1060916.JPGp1060862.JPGp1060891.JPG Après cette expérience sensationnelle autant qu’inoubliable, on retourne à l’agence touristique, mais cette fois pour louer des vélos. On enfourche nos bicyclettes en direction de l’Est, de Puyo et de l’Amazonie. La route est une longue descente continue, rythmée par des chemins de traverse, qui mènent à des cascades. On passe sur un pont où des gens sautent à l’élastique (burp, rien que ça je commence à virer au vert), puis des nacelles permettent de traverser le lit de la rivière. Cette vallée est large de près de deux cents mètres. Décidément j’ai trop le vertige. Rien que d’approcher la nacelle, mes jambes tremblent et je me mets à pleurer nerveusement, tout en éclatant de rire. Je laisse donc Nat y aller tout seul. Mon homme sur un bout de ferraille, à 100 mètres au-dessus du vide, je suis fière de lui !
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Au fur et à mesure de la descente, l’air devient plus chaud et la végétation plus dense. L’Amazonie se dessine avec ses arbres à large feuilles, ses fleurs colorées et cette humidité qui colle à la peau. Les cascades se fraient un chemin entre la roche et les racines, et pas un centimètre de terre n’est envahi par cette armée de végétaux.
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On passe un pont suspendu, en bois et qui bouge, pour aller prendre un sandwich dans une petite auberge, au pied d’une cascade. On se déshabille et on se trempe du mieux qu’on peut dans l’eau glacée. Les éclats de la cascade nous arrivent comme un brumisateur au visage. Quel pied !
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Quand on commence à être fatigués, et que le désir de fondue devient trop fort, on grimpe avec nos vélos dans une camionnette pour remonter la pente jusqu’à Baños. De là, on pédale jusqu’aux bains publics. C’est un bâtiment d’aspect quelconque situé juste en dessous d’une cascade d’eau chaude. Après quelques minutes de queue, on se met en maillot de bain pour plonger dans la piscine d’eau chaude. Heureusement qu’on y va doucement, elle est brûlante ! Quelques personnes, le visage rougi par la chaleur, s’ébouillantent pourtant paisiblement. On monte sur le toit où sont situées deux autres piscines. Une première est vide - et glaciale. Quant à la seconde, elle est bondée et aussi agréable qu’un bain chaud. On se glisse entre les corps pour se faire une place dans l’eau saumâtre. Des enfants, des parents, des grand-mères, tout Baños semble s’être donné rendez-vous ici pour échanger des mondanités.p1060935.JPGp1060941.JPG
« Et la petite, elle va bien ? Elle est plus grande que sa soeur maintenant. On dirait qu’elle va même rattraper sa mère. «
« Alors j’lui ai dit…
- Et lui y m’a dit… »
« Ah bonjour Monsieur Vasquez ça va bien ? »
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C’est le café du commerce en maillot de bain, ici ! Il suffit juste d’éviter les hommes qui profitent de la situation pour parler d’un peu trop près, et c’est parfait.
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Avant de partir de Baños, on ne voudrait pas louper le parcours santé et le baño des cajon, une spécialité locale.
On se rend donc au Refugio, qui propose ce genre de service. Le taxi nous arrête devant une maison très simple, aux abords de la montagne. Nous demandons un baños de cajon pour Nat, un baño de carro pour moi (on ne connaît pas, on va tester !) un massage chacun et un lavage intestinal. Pour le prix, on a aussi droit au parcours santé.
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On enlève nos chaussures et on commence par marcher sur de petits galets volcaniques. Ça fait très mal, mais ça fait un massage des pieds en même temps. Les galets viennent des volcans et dégagent à eux seuls une énergie réparatrice. On se nourrit par la plante de ce bien-être minéral quand une moto arrive devant nous. Nat me regarde : c’est bizarre que les motos puissent passer sur nos galets imprégnés d’énergie positive ?
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p1060872.JPG On avance dans un premier coin de terre où il s’agit de tourner en rond en se libérant de ses remords. Puis on monte vers une cabane, où par un cri nous devons nous dégager de toutes nos tensions et colères. En arrivant là-haut, on croise le regard d’une petite fille cachée derrière la cabane. Pauvre gosse, elle doit passer ses journées à voir des gens hurler tout seuls. On fait demi-tour au niveau de pancartes bienveillantes et directives : « Tu n’es pas obligé de porter les souffrances des autres », « Aides-toi et le ciel t’aidera ». De bonnes petites phrases toutes faites et gentiment rassurantes.
Bon, on rentre. Nat va à son baño de cajon pendant que je fais mon baño de Carro. Je m’enduis de boue, nue dans une pièce traversée par des courants d’air. Une dame vient me voir et allume la télé, elle me demande de danser. Danser ? Oui pour dynamiser le corps et faire sécher la boue. Je passe donc une heure montre en main à danser sur l’équivalent équatorien de Véronique et Davina, seule pleine de boue sur le carrelage glissant d’une pièce vide, dont la porte est restée ouverte. Le ridicule ne tue pas, mais ça peut donner la crève.
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Je sors de la douche pendant que la dame lave la pièce. J’essaie d’enjamber mais rien n’y fait, je met le pied dans la javel. Mince, j’espère que je n’ai pas perdu tous les bienfaits de ma balade pieds nus sur les cailloux volcaniques !
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Nat quant à lui a passé une heure dans une cuve d’un mètre cube, pleine d’eau bouillante. Régulièrement, deux femmes venaient lui balancer des sauts d’eau glacée histoire de le rafraîchir. Sympa !
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Après un massage on finit par un lavage intestinal. Vues les expériences précédentes je crains le pire, mais comme Nat est déjà en route, impossible de faire marche arrière. On est unis pour le meilleur et pour le pire. Dans la salle d’attente, j’entends un petit cri suspect de la part de Nat qui me dit que ça y est, le mal est fait et l’eau médicinale commence à lui noyer l’intestin. En effet, la porte s’ouvre et il court aux toilettes.
Je réfléchis à tous les moyens d’éviter cette torture mais je ne suis pas une lâcheuse. J’y vais donc, la dame commence son affaire. Je tiens disons… 10 secondes et je hurle “aie mais arrêtez c’est débile ce truc” à tel point que la dame a pitié et me laisse en paix.
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Je pars furieuse, avec une haine tenace contre les soixante-huitards, leur délire new-age complètement crétin, les tissus mauves bariolés et les bons sentiments.

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