Vie de famille à Dar es Salaam
Dans le bus qui part d’Arusha, je m’endors comme une crêpe. Nat me saute dessus : « Regarde, on voit le bout du Kili ! » Du Kiquoi ??
En effet, les nuages s’effacent doucement et laissent apparaître
la fameuse pointe enneigée. C’est peut-être cliché, mais c’est un vrai spectacle.
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Le plaisir ne dure que quelques dizaines de secondes, car les nuages viennent à nouveau camoufler le sommet. Alors qu’on avait tant cherché à le voir, le Kilimandjaro apparaît quand on ne s’y attend pas, et nous dit au revoir sous forme de clin d’œil. On est charmés.
Arrivés à Dar es Salaam, on passe une première nuit dans le quartier Indien au centre de la ville. Les Indiens sont arrivés en Tanzanie pendant l’époque coloniale, pour occuper les postes administratifs et participer à la construction des voies de chemin de fer. Si la plupart sont depuis repartis en Asie, certains, essentiellement les intouchables qui n’avaient pas grand intérêt à rentrer chez eux, se sont installés à Dar es Salaam et font vivre ce quartier populaire. Leur présence est aujourd’hui un élément à part entière de la culture Swahili, mix réussi de l’Afrique, du monde arabe et de l’Orient.
On appelle Gilles, un ami de Pierre, qui vient nous chercher le lendemain avec sa femme Maureen et les enfants. On partage pendant plusieurs jours le quotidien de cette famille singulière.
Maureen est hollandaise, Gilles français, et les deux enfants Gaël et Naomie jonglent entre l’anglais, le français, le swahili et le hollandais. Gilles est un ancien photographe. Pendant de longues années à barouder en Afrique, il s’est passionné pour le comportement de l’homme face à l’animal. Sa spécialité : être là où personne n’allait, zones de non-droit an Asie, jungle africaine à la poursuite des pitons, etc. Il a travaillé pour le National Geographic, c’est dire le calibre… Ses histoires sont aussi passionnantes que surréalistes ! On ne se rend pas compte de toute l’énergie qu’il faut déployer pour avoir une belle image. Pour suivre une tribu dans ses rituels initiatiques, Gilles a passé près de deux ans à les rencontrer régulièrement. Il a suivi plusieurs chasses à l’éléphant et marché à leurs côtés dans le bush pendant des journées entières. Au cours d’étonnantes nuits, il a suivi les jeunes chasseurs dans des réunions secrètes, où les jeunes filles les initient à la vie sexuelle. De son côté, Maureen travaille depuis plus de 20 ans dans le développement en Afrique. À eux deux, Maureen et Gilles connaissent sans doute l’Afrique aussi bien que n’importe quel Africain.
On passe plusieurs jours à refaire le monde, à la maison, sur la plage, au resto, dans la voiture… et dans les embouteillages.