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Mardi 17 avril 2007 Précédent

Toi Adam, moi Eve ! (Ngorongoro)

Nous sortons du Girafe Motel, une petite guest-house au mobilier 100 % chinois située au cœur du quartier populaire d’Arusha, pour ENFIN !! partir en safari.


Notre compagnon russe russophone ne parle pas un mot d’anglais donc ne dit pas bonjour. Manifestement il ne sait pas sourire non plus ni bouger la tête, car il reste figé, le visage sans expression.

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En Swahili, quelqu’un qui ne comprend rien et qui opine la tête sans trop bien savoir pourquoi, on appelle ça un Boubou. Notre copain russe est notre Boubou à nous !

On est excités comme des puces, on fait des sauts partout le sourire en banane, on oublie la masse inerte et muette du Boubou à l’avant du 4×4 et on tape la discute avec Salim le chauffeur - qui parle très bien français - et Shérif le cuisinier - qui parle essentiellement swahili, jusqu’à l’entrée du parc Ngorongoro.

Sur la route, on croise madame la girafe.

img_9789.jpgOn s’arrête, fascinés. Elle a la démarche gracile et féminine de reine de la forêt, avance à pas lents et étudiés, s’arrête seulement pour nous dévisager avec hauteur ou grignoter quelques feuilles d’acacias.

On repart en se tordant le cou pour la voir le plus longtemps possible, et on rejoint l’entrée du parc où on paye la taxe d’entrée (qui coûte un bras).

La loi de la jungle

En allant aux toilettes, je croise un joli matou qui me fait penser à mon chat Victor en France. Je le regarde, attendrie, quand d’un coup sec il croque le petit oisillon coloré qui passait par là. Je reviens au 4×4 un peu choquée, n’imaginant pas du tout mon Victor faire un truc pareil. Je veux raconter ça à Nat, mais il semble halluciné lui aussi. On avait laissé des bananes sur le tableau de bord du 4×4 : des babouins sont entrés par la fenêtre pour aller les bouloter. Salim a pu les faire sortir, mais au moment où j’arrive, ils étaient en train de défoncer les rétros d’un autre 4×4.img_9800.jpg

Au même instant sur notre droite, un babouin saute à la cheville d’un mec qui se trouvait par là. Le gars lui lance un énorme coup de pied dans les mâchoires ; le babouin montre les dents, manifestement pas content du tout. Sa copine est en état de choc. Elle appelle tous les membres de sa famille un par un en Pologne pour leur raconter ce qu’il vient de se passer. Shérif nous explique que les babouins aiment tellement les bananes que dès qu’ils en voient ça les rend fous et tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins.

Le 4×4 pénètre dans le parc. C’est la saison des pluies ; la piste de terre rouge s’enfonce dans un épais brouillard. La végétation dense et humide est un univers inconnu, feutré et mystérieux. Les nuages s’élèvent petit à petit pour nous laisser entrevoir le cratère du Ngorongoro : dans un cirque naturel, quelques lacs, des forêts, des savanes.

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Tous les écosystèmes propices à la vie sauvage sont réunis dans cet espace vierge et totalement inhabité par l’être humain. On imagine les lions, les léopards, les rhinocéros qui vivent là, autour de nous. Brrrr…

Après un pique-nique au camping en compagnie d’un affreux marabout importun et mal épilé, on descend dans le cratère. On croise des gnous : ce sont des quadrupèdes à l’allure de vieux monsieurs fatigués. img_9933.jpgDes zèbres aussi, qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à de grands poneys, mais en rayés. Les petits naissent bruns, puis les rayures deviennent d’un noir d’encre.

Des gazelles de Thomson, ces petits morceaux de viande tendre qui font le régal des lions. Elles sautent dans tous les sens en faisant de gracieuses enjambées, et réagissent toujours de manière désordonnée, avec un temps de retard. Des rhinocéros, descendants directs des dinosaures. Des éléphants, cousins des rhinocéros. Des buffles, avec leurs cornes incurvées qui leur donne l’air d’aristocrates royalistes suffisants. Des oiseaux bien sûr.

Et surtout des lions. Enfin plutôt ici des lionnes, occupées à digérer leur festin de viande crue. D’après Salim, les lions ne se nourrissent que de viande. Les mâles ont du mal à chasser à cause de leur grande crinière ; ce sont donc les lionnes qui partent chercher la pitance tous les 3 ou 4 jours. img_9867.jpgPuis les membres de la petite famille passent le reste de leur temps à faire travailler leur estomac à l’ombre, près d’un point d’eau. Le ciel est changeant et passe par toutes sortes d’humeurs. C’est la saison basse pour les safaris : nous sommes tous seuls dans le cratère. Toi Adam, Moi Eve !

On remonte à la tombée de la nuit vers le camping public. C’est seulement un pré tondu au milieu de la jungle avec un point d’eau douches-toilettes. Pas de barrière, juste un img_0268.jpggarde armé d’un kalachnikov. On s’endort blottis dans nos sacs de couchage, un peu effrayés d’être au cœur de la vie sauvage, à nu, sans autre protection qu’une toile de tente.
Toute la nuit, on entend crunch, crunch, juste à côté de nous. Je ne sais pas quel animal c’est, mais dans le doute, j’attendrai demain pour aller faire pipi.

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