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Mercredi 30 mai 2007 Précédent

L’imam qui chantait faux (Mbeya)

De retour à Dar, on retrouve nos marques dans l’adorable famille de Gilles et Maureen. Nat reprend son tournoi de Nintendo avec Gaël, le fils de 15 ans, alors qu’on s’apprête à sortir dîner. Gaël lui demande si c’est l’heure d’y aller : « Pas encore, les parents ne sont pas prêts ».

Qui a dit que la Nintendo était un jeu régressif ?

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On part faire un tour au marché au poisson, sorte de halles où les pêcheurs viennent vendre leur pêche du jour.

img_1429.jpgOn s’arrête manger des chapatis avec un thé dans le coin des femmes.

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Puis c’est l’heure des au revoir. On embrasse Gilles, Maureen, Gaël et Naomie, en espérant les revoir un jour, en France ou ailleurs. Ces moments sont particuliers dans le voyage. On ressent de la tristesse. Difficile de quitter un lieu et des gens avec lesquels on s’est sentis bien. Mais de l’excitation aussi : on a toujours du mal à dormir avant de partir vers de nouvelles expériences, de nouveaux lieux inconnus, de nouvelles rencontres. img_1419.jpgAu fil du voyage, on apprend à laisser vivre ces émotions, sans les retenir. On apprend surtout que ce qu’on perd n’est rien à côté de la richesse de ce qu’on a construit. C’est une belle philosophie africaine : ici personne ne sait jamais de quoi demain sera fait et la vie, bien moins sécure qu’en Europe, peut basculer à tout moment.

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Le train pour Mbeya se remplit petit à petit. On prend place dans les compartiments de deuxième classe, que l’on partage avec cinq autres personnes. Ils ne sont pas mixtes : Nat dort avec les hommes, je reste avec les femmes. On passe la tête par la fenêtre pour respirer l’air tanzanien. Le paysage est magnifique. Nous traversons dans la journée la réserve du Selous, où l’on croise une girafe et quelques singes. Le soleil se couche sur les montagnes d’Udzungwa et pointe son nez le lendemain alors que nous traversons le parc national de Kitulo. À chaque arrêt, les villageois accourent avec sur la tête des aubergines, du poulet rôti, des bananes, des choux, du maïs, qu’ils vendent aux passagers au travers la fenêtre.

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iimg_1579.jpgOn sympathise avec nos voisins de chambrée. Avec nos quelques mots de swahili et leurs quelques mots d’anglais, on arrive à avoir de petites conversations. On partage la nourriture, on joue aux cartes. Heureusement certains codes sont universels ! On décide d’aller se faire un petit scrabble au wagon-bar. Avachis dans les sièges en velours passé, on fait connaissance d’un type bourré comme un cartable, qui en est selon lui à sa quinzième bière.

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Ce qui est dingue, c’est que même imbibés d’alcool, les tanzaniens restent doux, gentils et dignes.

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img_1611.jpgOn va dîner dans le wagon restaurant. Sur les tables carrées, un bouquet de fleur en plastique vient égayer la nappe blanche brodée recouverte d’une toile cirée. Quel dommage qu’on ait perdu dans nos super-TGV, le charme et la convivialité qu’avaient les trains du début du siècle !

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Arrivés à Mbeya, on est agréablement surpris. Cette petite ville d’altitude, entourée de montagnes, respire la douceur et la tranquillité. Il fait un froid de canard : on se prend une petite chambre d’hôtel en bois sous les toits, on dirait un chalet à la montagne. Mais à 5h du matin, une voix nous rappelle qu’on n’est pas dans les alpes. L’imam de la mosquée toute proche commence à gueuler comme un putois, et comble du comble, il chante faux ! Depuis le Kenya, on a pu constater que l’Afrique était le paradis des prosélytes. A Ngurumani, c’était l’église qui imposait aux populations alentours sa vision du monde. Ici ce sont les musulmans, mais la manipulation est la même : soit on se réveille, et on n’a pas d’autre choix que de subir le prêche. Soit par chance on continue de dormir, et le discours se grave perfidement au fond de son inconscient. Dans des pays où il y a peu de moyens d’information et où l’éducation est insuffisante, c’est honteux et malhonnête. Et c’est comme ça que l’on a entendu de la bouche de fervents pratiquants, chrétiens ou musulmans, que “même si des gens disent le contraire, la terre est plate” ou “ce sont les juifs qui ont tué Jésus”.

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