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Jeudi 3 mai 2007 Précédent

Dodoma, capitale fantôme

Depuis qu’on est arrivé en Tanzanie, à chaque fois qu’on dit qu’on doit aller à Dodoma, on nous regarde d’un air ahuri : « à Dodoma, pour quoi faire ? » Bizarre comme réaction, c’est quand même la capitale de la Tanzanie !

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On ne désarme pas : « On doit y rencontrer une ONG, Migesado, qui s’occupe de créer des méthaniseurs dans les arrière-cours des maisons pour permettre aux habitants de faire du gaz à partir d’excréments animaux et humains ». Essentiel, non ?--

C’est donc le jour J. Arrivés à la gare routière de Dodoma, Joshua, le chef-maçon de Migesado, nous conduit au Veja Guest House, à quelques centaines de mètres de là. On n’en revient pas : « Super, qu’est-ce que c’est calme ! » En effet, un silence lourd et immuable pèse sur l’hôtel. À la réception, la télé criarde ne suffit pas à effacer le sentiment que le temps traîne en longueur. Et la perception d’un ennui profond.

-Derrière son comptoir en formica, la réceptionniste étire chacun de ses gestes, et semble s’appliquer à faire durer ce précieux moment d’activité. On commence à comprendre ce que voulaient nous dire Gilles, Maureen et les enfants quand ils affirmaient d’une seule voix que leurs années à Dodoma étaient les plus pénibles de leur vie.

-On organise nos interviews pour le lendemain et on décide d’aller faire un saut sur Internet. Le taxi nous fait traverser une ville déserte. img_0733.jpgOn contourne le futur Parlement, abominable construction chinoise flambant neuve, symbole de l’amitié des investisseurs chinois avec le pouvoir tanzanien.

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Dans la ville, tous les magasins sommeillent derrière leurs grilles closes, pas un chat dans les rues, et toujours ce silence indéfinissable, cette vertigineuse impression d’absence. « Il y avait au mieux trois restos, et pas un seul endroit sympa pour aller boire un verre », nous avait précisé Gilles. « Mais il paraît que les choses ont un peu changées ; ils ont ouvert le Dodoma hôtel ». Derrière la façade fraîchement repeinte, pourtant, rien de révolutionnaire. À part nous, seul un groupe de trois personnes partage un verre sur la terrasse. Nos conversations résonnent et nous renvoient en écho un grand sentiment de solitude. img_0742.jpgOn se pique des fous rires de nervosité : ça nous remet en mémoire tout ce qu’on déteste dans certaines petites villes en Europe : le son isolé du bruit de ses propres pas sur le trottoir, le retour au silence après qu’une voiture ait fini de se garer, et surtout l’atmosphère mortifère des dimanches mornes et interminables. -Mais comment se fait-il qu’une capitale puisse être à ce point inerte ? En 1973, le président socialiste Julius Nyerere avait choisi de destituer la capitale Dar es Salaam, trop excentrée et proche du pouvoir de Zanzibar, pour lui préférer une ville du centre du pays.

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Mais les membres du gouvernement, attachés au confort de Dar, ne se sont pas précipités pour déménager dans la région semi-aride de Dodoma. Il fait dire qu’il n’y a là rien d’excitant, pas de cours d’eau, pas de forêts, pas de montagnes, seulement un plateau sec et brunâtre à perte de vue. Au final, un seul des ministères a émigré, tous les autres préfèrent profiter des avantageux per diem accordés par le gouvernement pour couvrir les frais de déplacement lors des séances de travail à Dodoma.

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Il paraît donc que, lors des sessions parlementaires, la ville se réveille tout à coup. Des centaines de prostituées affluent dans les bars, les taxis tournent nuits et jours, la ville se remplit – enfin – d’un air de fête. Pour mieux se réveiller, lasse et esseulée, après le départ des hommes en costards.

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