Machu Picchu !!
Pour la dixième fois depuis qu’on est arrivés en Amérique du sud, on remonte sur les Andes et on prend 3000 mètres d’altitudes en quelques heures. Comme chaque fois, on a mal à la tête, au ventre surtout. Nat saigne du nez, j’ai mal aux poumons, et surtout, on se sent accablés d’une énorme fatigue. Même en bus, monter c’est du sport ! On passe quelques jours à Cuzco, une jolie ville coincée dans les montagnes. Il ne reste plus grand-chose de cette capitale Inca : tout le monde a fuit devant l’arrivée des espagnols, qui ont opéré un véritable carnage dans la ville. Ce n’étaient sans doute pas les plus éduqués qui partaient sur les bateaux à l’époque, et il semble que ce soient des hommes assoiffés d’or et de femmes qui ont déboulé pour tout piller. Aujourd’hui, les églises sont construites sur les ruines des temples Incas, dont il ne reste que quelques murs et des pierres taillées (dont la très fameuse pierre à douze angles, immanquable !) La ferveur catholique a largement remplacé les cultes de la lune et du soleil. Mais passée l’horreur, il y a dans cette reconversion beaucoup d’humour : dans les églises, les tableaux ont été réalisés pour l’essentiel par l’école de Cuzco. Les espagnols ont donné des toiles aux indiens en leur demandant de les reproduire. Forcément, il y a plein d’erreurs, dont certaines plus ou moins voulues !
On achète (à prix d’or) nos places pour le train qui va à Agua Caliente, petite ville aux pieds du Machu Picchu. Manque de bol, à quelques heures du départ Nat commence à être sérieusement malade. Un médecin d’urgence vient à son chevet, et lui assène une douloureuse et profonde piqûre dans les fesses. On s’est tous les deux choppés une bactérie, sûrement en mangeant un almuerzo (le plat du jour) dans un boui boui de la ville. Par chance j’étais déjà sous antibios pour une grippe due aux changement d’altitude et de température, ce qui m’a laissé suffisamment d’aplomb pour m’occuper de mon homme. Avec le traitement de cheval insufflé par le médecin, on est vaillants pour prendre le train.
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Quel dommage : c’est un train affrété uniquement pour les touristes, c’est disneyland là-dedans ! On est super déçus. On se repose une après-midi dans les eaux chaudes (tièdes) au-dessus de la ville, et on prend nos billets pour le Machu Picchu. Tout est exagérément hors de prix, et savamment orchestré. On est en pleine nature, au milieu de montagnes abruptes, comment sortir des sentiers battus ?
Malgré le reste de fatigue de la bactérie, on décide de monter à pied. On se lève aux aurores et on grimpe pendant une heure et demi sur un chemin qui mène au Machu Picchu. On arrive sur le site quasiment vide, baigné de brume. Quelle émotion ! On a eu beau avoir vu mille fois ces ruines en photo, il se dégage quelque chose d’unique. C’est incroyable d’imaginer les gens qui vivaient là, reclus au milieu des montagnes. On monte sur le Wayna Picchu, un sommet qui domine le site. Encore une heure de grimpette proche de l’escalade, et on petit-déjeune là-haut, avec une vue improbable sur la ville perdue et les montagnes environnantes. On regarde la vallée, d’où on vient : c’est bas, ça donne le vertige ! La fatigue et la marche nous donnent l’impression de sentir et de vivre ces montagnes. On remonte sur un autre sommet (moins haut mais tout aussi dur), un peu plus près du site. On est tous seuls là-dessus, le soleil a percé la brume, quelle beauté ! On finit par redescendre pour enfin se perdre dans le site. On ne prend pas de guide, pour juste profiter de l’émotion dégagée par la pierre et la terre, sans intellectualiser.
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Mais le train de retour part à 17h pétantes, il faut qu’on y aille. Dix fois on essaie de s’arracher à la contemplation du lieu en disant : « on y va ? » Mais impossible de bouger, on reste immobiles, fascinés. On finit poussés par le temps par descendre la montagne au pas de course. Pourtant on se fait doubler par trois indiens qui descendent en courant, tout en poussant des cris et en se parlant en quechua. Il reste donc de vrais indiens dans ces montagnes, loin de Cuzco et des cars de touristes ! Incroyable, magique.
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Non, le Pérou n’est pas un pays pauvre, c’est juste une question de conjoncture. Il y a une richesse ici qu’on a rarement vu ailleurs. On prend un train pour traverser l’Altiplano et rejoindre le lac Titicaca. À peine quelques maisons, des sommets enneigés au loin, et le ciel qui paraît si proche ! On traverse les villages Uros, construits sur des îles flottantes construites à partir de terre et de roseaux, pour aller passer la nuit dans une communauté sur l’île d’Amantani. Le coucher de soleil sur le lac est sûrement un des plus beaux qu’on est jamais vu, et malgré les nuages, le ciel est couvert d’étoiles. Mais la magie est contrebalancée par une dure réalité. La famille qui nous accueille, comme tous les autres habitants du village, voit ses plants de maïs rester ridiculement petits. La saison des pluies tarde à arriver, et les plants vont mourir. C’est injuste : ce sont les personnes les moins responsables du réchauffement climatique, et ce seront les premières et les plus durement touchées. Ca nous rend tristes et on pense très fort à la pluie et à ces communautés.
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Quelqu’un a du nous écouter quelque part, car le lendemain, on franchit la frontière péruvienne… sous la pluie ! Merci le Pérou, un pays magique et inattendu, décidément plein de beautés cachées et de surprises.