La route de Lima
La route descend de la Cordillère blanche et on retombe dans le désert jusqu’à Lima, la capitale. Rien ne vient annoncer cette ville tentaculaire de 8 millions d’habitants, qui apparaît au détour d’une colline de sable. -
On pénètre la ville par des banlieues de briques rouge et noires de crasse. Les maisons semblent en chantier avec leurs structures apparentes. On entre dans le cœur de la capitale par un ancien quartier colonial, mais les bâtiments construits par les espagnols semblent prêts à s’effondrer et présentent de nombreuses fenêtres cassées ou murées. On pose nos affaires chez Martha, la mère d’une amie péruvienne et parisienne qui nous a prêté son appartement pendant qu’elle voyageait en Europe.
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Comme on est affamés, on fait au plus court et on part manger un morceau dans le supermarché d’à côté. On s’assied face à face autour d’une table en plastique quand la terre se met à trembler. On se regarde droits dans les yeux, mais nos corps tremblent de la tête aux pieds. On reste figés de peur. On ne peut pas s’empêcher de regarder autour de nous, où est la sortie, si le bâtiment paraît solide, et plein d’autres détails auxquels on n’aurait jamais prêté attention. On voit surtout que les gens continuent de faire leurs courses, comme si de rien n’était. Un mec passe près de nous : « una pequenita » ( juste une petite !). Il rigole, mais nous on doit être blancs comme des linges tellement on est impressionnés.
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On passe une bonne semaine à Lima, trop contents de poser nos affaires dans une vraie maison plutôt qu’un hôtel, de se préparer à manger tout seul, et de faire des grasses mâtinées sans avoir à libérer la chambre. Et oui, c’est un luxe, merci Mina !! On fait néanmoins le tour des meilleurs restos de Lima, et il y en a. Décidément ce pays, que l’on nous avait présenté comme misérable, est surprenant et s’avère d’une richesse incroyable. Toutes ces civilisations enfouies et ces questions sans réponses, mais aussi cette incroyable diversité culinaire : Ceviche de poulpe, de crevettes, de poisson, de langoustines (du poisson cru laissé reposé avec des oignons et du citron), lomo saltado (bœuf en morceaux revenu avec des oignons et des frites, servi avec du riz), anticuchos (brochettes de cœur de bœuf)… S’il y a en France un restau péruvien, courrez-y, ça vaut le détour !
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Tous ces goûts, ces couleurs dans nos assiettes viennent atténuer le côté déprimant de Lima. De juin à octobre, un épais nuage blanc reste posé sur la ville, et supprime couleurs et contrastes. La ville, désespérément plate, n’offre aucune perspective et donne l’impression d’un labyrinthe sans fin, et le hurlement incessant des klaxons, renforcé par le temps bas et lourd, finit de rendre la ville énervante. On profite quand même des quartiers branchés de Miraflorès et de Barranco, de la vieille ville et de la promenade sur les falaises et la mer. On va voir quelques concerts avec Pierre, le responsable culturel de l’Alliance française, dont la musique afro-péruvienne de Santa Cruz (voir la vidéo), et une inauguration protocolaire d’un festival japonais (avec un hommage à se tordre de rire du Japon à la culture péruvienne, voir la vidéo), on a le temps d’embrasser la maman de Mina qui rentre de son voyage et on descend pour Nazca.
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On traverse la zone touchée par le tremblement de terre. Ça a dû être violent : des maisons sont fendues en deux, d’autres ne sont plus qu’un tas de briques. Les tentes vendues aux habitants donnent de la couleur à ces ruines couleur terre, et les gens s’activent à la force de leurs bras pour remettre tout ça debout. La ville de Nazca, plus au sud, est restée debout. De là on monte dans un petit coucou (quatre places, pilote compris !) pour survoler le plateau désertique et surtout ces dessins géométriques et ces animaux stylisés laissés par la civilisation de Nazca. On n’en croit pas nos yeux : le pilote fait des loopings au-dessus d’araignées géantes, de condors ou de colibris, parfaitement dessinés sur le sol, malgré les aspérités naturelles : rochers, ravins… Ces dessins dateraient de 900 à 300 avant JC, et auraient résisté jusque-là. Personne n’est capable de comprendre aujourd’hui la signification de ces géoglyphes : certains disent que ce seraient une représentation de la constellation de l’époque ou d’autres l’œuvre d’extra-terrestres ! Dans tous les cas c’est hallucinant.
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