Auto-stop dans l’île du nord
Un homme d’affaire, un chef d’entreprise, un fermier, un homme du cirque, une étudiante, un camionneur, des maoris, des blancs, des noirs, des couples où des gens seuls, on est chaque jour surpris de la gentillesse et de la simplicité des gens.
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Sans qu’on attende rien, tous ont eu un geste à notre égard. S’arrêter pour nous laisser le temps d’apprécier une vue, faire un détour pour nous montrer une curiosité de leur région, rajouter des km pour nous approcher de notre destination, et même nous inviter à passer la nuit.
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On rencontre Kery sur la route qui sort de Hamilton. Il est dans la voiture avec sa fille, et conduit pieds nus, comme la plupart des kiwis. Il n’est pas rare de voir des gens marcher dans la rue, acheter à manger, etc. sans chaussures ! Il nous fait faire un petit tour de la ville dans laquelle il vit, et nous invite à dormir chez lui. On passe la soirée avec ses deux enfants dans sa maison de banlieue, construite en bois sur le même modèle que ses voisines. On cuisine avec les légumes de son jardin, et on ouvre une bonne bouteille de vin néo-zélandais (ils font ici de très bons blancs, ainsi qu’un délicieux pinot gris). On parle un peu de Paris. Comme beaucoup de kiwis, Kery a fait le Contiki tour : c’est un tour de l’Europe en bus qui dure plusieurs semaines, très populaire ici. C’est un peu la colo, ils dorment au camping et font des apéros géants, pour dormir dans le bus le reste du temps. Beaucoup ne se souviennent même plus des pays qu’ils ont traversés (« la Belgique ? Euh peut-être »), mais ils ont l’air de bien s’éclater !
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Kely comme ses enfants savent parler Maori. La langue est enseignée à l’école et les élèves semblent se mélanger sans trop de difficultés. On reprend la route le lendemain, et c’est cette fois Adam, un maori qui nous prend en stop. Super, on a tellement de questions à lui poser ! Il vit avec sa femme, elle aussi maori, dans un village communautaire près de Rotorua. Les familles aiment que les maoris « nouvelle-géneration » se marient entre eux, pour préserver leurs terres et leurs traditions. Adam a été révolté pendant sa jeunesse ; il s’est aujourd’hui apaisé, grâce à sa femme (une boxeuse) et la religion. S’il n’en parle qu’à demi-mot, comme un passé qu’il n’a pas envie de soulever, on sent les questions existentielles qui ont pu le traverser. L’alcool, la violence, les bagarres. On est contents qu’il aille mieux, déjà parce que Nat ressemble à une crevette à côté de cette baraque, et parce que c’est la clé du bien-être des générations futures.
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Nous arrivons dans la zone volcanique de Taupo. Tout autour de nous, des fumées blanches s’élèvent vers le ciel. On marche sur une bombe prête à exploser. On marche dans le Wai-O-Tapu, une zone thermale sacrée pour les Maoris, et on traverse les trois cratères du volcan Tongariro. C’est dans ce pays qu’ont été tournés les épisodes du Seigneur des anneaux : j’ai un scoop, ça a été réalisé sans trucages ! (Sauf les hobbits, of course). Les paysages semblent simplement irréels. Des lacs qui vont du rouge, au vert turquoise, au jaune fluo… Des fumées qui sortent de la forêt… Des piscines en ébullition… Etonnant.
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Toujours plus au sud, Georgie nous dépose à Masterton. Une longue ville plate et sans ombre, aux allées immenses et désertes. On décide de repartir aussitôt. On se place sur la route qui sort de la ville, une voiture s’arrête tout de suite. C’est un homme très corpulent (il y a de ces bêtes, ici !), couverts de tatouages. Vous allez à Wellington, je vous emmène. Nous n’avons pas mis de pancarte, cet homme semble bien sûr de lui. Nat me fait une moue dubitative, on monte quand même dans la voiture. Le portable du mec n’arrête pas de bipper.
« J’ai une copine qui voudrait venir avec nous, ça vous embête ?
- Ah non, pas du tout. »
Le temps d’aller chercher la copine, on pose quelques questions.
« Vous travailler à Masterton ?
- Non, je sors d’hôpital psychiatrique. Ca fait 7 mois que je suis là, en convalescence. »
Ça a le mérite d’être honnête !
Je regarde les yeux de l’homme dans le rétroviseur. Il a l’air à la fois doux et absent. Peut-être sous l’emprise de médicaments.
Nat : « Vous devez aller à Wellington ?
- Non, pas vraiment.
- Mais comment vous saviez que nous y allions ?
- Ben, je sais pas. »
On ne veut pas lui faire subir un interrogatoire, mais la situation n’est pas très rassurante. On s’arrête devant la maison de sa copine. Une lolita d’une vingtaine d’années, l’air complètement vaporeux, des pantoufles léopard aux pieds, monte dans la voiture.
« Hi there ! How are you ?
- euh… fine.
- Let’s buy some beers for the ride !
- Euh… we don’t drink so much
- No worries ! »
Elle se retourne vers l’homme, lui prend 50$ et revient avec un énorme pack de bières.
Bon, ça tourne au vinaigre notre histoire. Le mec a l’air adorable, mais s’il picole, rien ne dit qu’il restera aussi doux et gentil. On n’est pas à l’abri d’un pétage de plomb soudain, dans les 300 bornes qui nous séparent de Wellington. Et ici, entre les villes, il n’y a rien, ni personne.
Je fais un signe à Nat. « Nat ça sent pas bon, on se barre ? »
On est d’accord.
Mais c’est délicat, l’homme est si doux qu’on n’a pas envie de le blesser. De peur qu’il le prenne mal et s’énerve, mais aussi de peur qu’il se sente jugé. C’est quelqu’un qui doit souffrir et on n’a pas envie de l’enfoncer.
« Sorry, merci pour le lift, mais finalement, on se demande si on ne va peut-être pas passer un peu de temps ici, plutôt que d’aller à Wellington. La ville a l’air tellement sympa, ce serait dommage de ne pas profiter d’être là pour visiter un peu.
(Quel mensonge : ici c’est un cimetière, tout est mort et austère)
L’homme semble absorbé par la démarche de la jeune fille, il ne dit rien et nous ouvre la porte sans s’offusquer. On part le cœur battant, pour retrouver la route, et retenter le stop au même endroit.
Cette fois c’est un camionneur qui s’arrête, au moins aussi costaud, au moins aussi tatoué, mais qui semble bien dans ses baskets !