Auckland City
Le voyage n’est pas une science dure. Tout le plus grand mal nous a été dit sur Auckland, « ville sans intérêt où il faudrait - au mieux - ne passer que quelques heures ». Mais les a prioris se dissolvent dans la relativité, et après les grands espaces et l’air lointain du Chili, cette ville haute et grouillante nous fait l’effet d’une douche froide !
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Pas de petites maisons de bois, ni même ces immeubles surannés que l’on a vus à Santiago. La ligne des immeubles d’Auckland donne le vertige… surtout quand on voit des gens faire du Skywalk (marcher sur les buildings) ou du bunjy (saut à l’élastique). Dans la rue, les gens marchent en regardant en l’air, pour voir ces petits bonshommes noirs suspendus dans le vide.
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On pose nos affaires dans le dortoir d’un backpacker. Comme en Afrique du Sud, c’est la manière la plus économique de se loger en ville ici (mais à 12 euros la nuit par personne, quand même !) Dans la chambrée, on fait nos lits à côté de huit blondinets-blondinettes, à peine sortis du lycée. On se croirait dans un clip MTV : même coupes de cheveux, même frange, même façon de bouger…
Trop mignons !
On va faire un tour du internet pour prévenir la famille que tout va bien. Ici, on retrouve les mêmes, multipliés par 100, et tous branchés sur Facebook !
Trop teûûp !
On monte se faire à manger dans la cuisine située au 7e étage et là, surprise, les mêmes encore, ipods et Cypress Hill sur la table, occupés à manger végétarien et à descendre bières sur bières.
Trop fun !
Deux brésiliens noirs viennent s’asseoir à la table commune ; un blondinet tout juste bourré lance « Are you the cleaners ? »
Trop…
Là, ça nous fait plus rire du tout.
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On va se coucher et on se réveille face à des portes fermées. Nat sort de la douche, sa serviette en feuille de vigne, et ne peut plus rentrer dans la chambre. Il va voir ce qu’il se passe à la réception : il est 10h passé, l’heure du check out, et nos cartes-clés ont été démagnétisées. On paye la nuit suivante, mais les nouvelles cartes ne seront pas valides avant 13h. Nat se retrouve tous poils dehors dans le couloirs et fait soudain attention au concert d’écriteaux qui expliquent les règles de la maison. Autant de lois à intégrer fissa : faites ci, faites pas ça, ça c’est cool, ça c’est pas coool… » Au secours !!
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On a décidé de voyager le nez au vent, sans guide, sans contraintes, sans a priori. On se demande tout de même où sont les maoris, car c’est avant tout la présence des asiatiques qui nous saute aux yeux. On trouve des restaus japonais, chinois et coréens à tous les coins de rue ! Comme un avant-goût de la suite de notre voyage. L’Auckland Museum doit pouvoir répondre à nos questions : il prône la culture Maori. « Nos racines ».
Il ne resterait que 5 % de maoris en Nouvelle-Zélande, et le dernier Maori 100 % se serait éteint il y a quelques années. Peuple guerrier, ils se seraient d’abord annihilés tous seuls avec l’arrivée des colons anglais et des armes à feu. Là où une bataille faisait trois morts, c’est devenu un vrai carnage ! Puis ils se sont mélangés à la population. Les maoris sont fiers de dire qu’il n’y a là rien d’étonnant, leurs femmes sont si belles !
On retrouve la même tragédie que pour les indiens d’Amérique du Sud. Les rares Maoris que l’on croise à Auckland sont conducteurs de camion-poubelles, clochards, et d’après les gens que l’on rencontre rares sont ceux qui ont une meilleure situation. Conséquence logique : l’alcool décimerait un peu plus cette communauté avec les problèmes que ça engendre, et creuserait la discrimination entre les blancs et eux. Ceci dit, l’art Maori est une surprise de finesse et de savoir-faire. Quelques figures gravées sur le bois, l’os de baleine ou la pierre de jade peuvent faire penser à celles que l’on trouve sur les temps de Thaïlande, du Laos ou même du Cambodge. Mais le résultat semble à nos yeux complètement nouveau, élégant, distingué, travaillé…
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On boit un verre avec Mathieu, paramotoriste ou « homme-volant » pour les intimes et Sophie, venue faire un reportage sur lui. Nat a décidé de faire son baptême de chute libre, mais j’ai un peu peur. Seul un vrai champion pouvait arriver à me convaincre ! On part se coucher quand on voit un maori courir, poursuivi par deux flics. Ils ont beaucoup de mal à le mettre à terre. Il est super costaud, très impressionnant avec ses tatouages sur le corps ; même après quatre coups de lacrymo tout près des yeux, l’homme ne se laisse pas faire ! Il finit quand même à l’arrière de la voiture de flics.
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Nous en revanche on arrive à s’enfuir enfin de notre backpacker, qui plus qu’un hôtel, nous paraît comme une prison. On prend le train pour atteindre la banlieue la plus éloignée de la ville et faire du stop en direction du sud. Dans le RER aucklandais, pas de blondinets MTVisés mais quelques Kiwis (habitants de la Nouvelle-Zélande) blancs à l’accent british, des maoris, tatoués, percés et corpulents, quelques asiatiques qui paraissent à côté tout menus.
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On se place à l’entrée de l’autoroute. Je suis encore en train d’écrire le nom de la ville sur un carton qu’une voiture s’arrête. L’homme nous dépose une demi-heure plus tard sur une station d’autoroute ; une autre nous prend aussitôt, direction Hamilton, où un troisième homme nous fait une place dans sa voiture. Il commence à faire nuit (on est partis un peu tard), l’homme spontanément rajoute 40 km à son chemin pour nous déposer précisément où nous souhaitions aller, et nous aider à trouver un camping. C’est tellement sympa que j’en ai les larmes aux yeux ! La gentillesse c’est comme la méchanceté, on ne s’y habitue jamais.