Nelson les bons plans (Archipel de Bazaruto)
Malgré les chaudes soirées de l’Allemana, Villanculos reste une ville plutôt désolée. On décide de partir le lendemain en bateau sur l’île de Bazaruto, à près de deux heures à la voile. Nelson, un Mozambicain venu à Villanculos pour construire un lodge, nous propose de nous mettre en contact avec un pécheur qu’il connaît pour aller sur l’île à peu de frais, sans passer par un guide classique. Pourquoi pas ! Mais plus l’heure tourne et plus Nelson se fait rare et injoignable, et on sent le bon plan tomber à l’eau. Trop tard pour trouver une solution de secours pour le lendemain ; on ira à Bazaruto dimanche.
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On traine toute la journée dans Villanculos, et dimanche matin on embarque avec un vrai guide et ses deux cuisiniers sur un petit bateau à voile. On s’arrête d’abord sur la barrière de corail. Il fait un froid de canard, on se déshabille quand même pour chausser nos palmes masques et tubas et… tous à l’eau !
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Mais impossible de se concentrer sur les poissons, les coraux, les fonds marins : la mer est tachetée de méduses grosses comme des ballons de hand ball. La baignade consiste donc à naviguer entre les « jelly fish » pour éviter les brûlures. Autant dire qu’à ce jeu-là, on a tous été largement perdants !
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On rejoint le sud de l’île principale de l’archipel de Bazaruto, pour déjeuner des calamars frais. On atterrit sur une dune parfaite, immaculée, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’image que je me fais de celles du Sahara. On court sur la dune, on se jette sur le sable fin et sous le ciel d’un bleu franc, on apprécie une nouvelle beauté de la nature. Nous qui d’ordinaire nous sentons respirer à fond entre béton et bitume, on commence à sérieusement voir la vie différemment. Perchés sur le haut de la dune, le regard sur la végétation verte et sauvage du reste de l’île, sur les lacs, les arbres et la mer, on se pose la question fatidique : pourrons-nous encore vivre à Paris après une telle expérience ?
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L’heure tourne et les cuisiniers ont envie de rentrer. On reprend la mer sous le soleil couchant, pour rentrer doucement sur Villanculos. Très doucement. Le gazole vient à manquer, nous montons les voiles, et la brise légère peine à nous permettre de remonter le courant. Nat, à l’avant du bateau, commence à se sentir mal. Il serre les dents, passe du jaune au rouge au vert, son ventre le tiraille et ne lui laisse aucun répit. Mais face à nous, le phare de Villanculos semble minute après minute toujours aussi loin. Quelle angoisse ! Ca me rappelle toutes les fois où dans le bus j’ai besoin de m’arrêter, mais les arrêts sont rares, très rares. Nat fait appel à toutes ses forces physiques et mentales pour tenir le coup, mais la nature a toujours le dernier mot. Par chance nos guides sont compréhensifs et lui concoctent un paravent de fortune à l’arrière du bateau. Quand on est malade c’est bien simple, ce n’est jamais au bon moment.
On accoste sur la plage dans la nuit noire. On décide de partir dès le lendemain pour Inhambane et la plage de Tofo, plus au sud en direction de Maputo. On croise Nelson : « Si vous cherchez une expérience authentique chez l’habitant, je connais un mozambicain handicapé qui habite dans une hutte en terre près d’Inhambane. Pour y aller c’est facile : arrivés à Inhambane vous pouvez prendre un bus qui vous rapprochera, puis finir le trajet à pied ou en stop. Il faut juste penser à amener à manger, car comme il est en fauteuil, il a du mal à se déplacer pour aller faire les courses. Mais ça vaut le coup, et c’est pas cher ! »
Nelson, décidément, c’est le roi des bons plans.
On prend donc la route vers Xai Xai, puis un bateau pour Inhambane et un bus pour la plage de Tofo. Dans un défilé de tentures, des paréos, de bijoux en coquillages, des dizaines de groupes de sud-africains, en shorts de surfeurs, bracelets vert-jaune-rouge et casquettes de marques, s’agglutinent sur une plage pas très propre. Le littoral s’étend pourtant sur des centaines de mètres vierges. Tant pis, on sera tranquilles !
On trouve une guest-house un peu en retrait du village. On prend une bière au bar, tenu par Annie, une nouvelle néo-hippie d’une trentaine d’années bien tapée qui a besoin de travailler un peu pour continuer de voyager. Incroyable : elle connaît notre copine hippie espagnole : son ex-boyfriend au Malawi était le meilleur ami du sien ! Pour les Africains bien roulés, ornés de dread-locks et de colliers de coquillages, les post-ados occidentales un peu paumées, c’est un vrai business. Trois femmes viennent s’accouder au bar : elles viennent pour leur cour de yoga. Quelle bonne idée ! Je vais suivre le cours avec elles. Je les rejoins donc dans une grande salle, étale mon petit tapis de gym bleu, et suit les mouvements dictés par la bande vidéo. Manque de bol il n’y a que le son et pas l’image, j’ai un mal fou à suivre ! L’apéro n’aide pas : je me retiens pour éviter de me marrer et de partir en courant toutes les cinq minutes pour faire pipi. Boire ou s’entretenir, il faut choisir.
On passe deux jours sympathiques sur cette plage qui ressemble avant tout à une station balnéaire pour sud-af. Bien reposés on prend un bus intraitable pour Maputo, où Lise et Marco nous attendent.