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Mercredi 13 juin 2007 Précédent

Le corridor Nord (Cuemba)

Comment rentrer au Mozambique ? On a entendu qu’il y aurait un train qui rejoindrait Cuamba, mais personne ne semble réellement au courant. On va donc chercher l’info à la source : on demande au guichetier de la gare.

« Y a-t-il un train qui part pour Cuamba ?
- Oh non !
- Ah zut.
- Il y a eut un train qui allait jusqu’à la frontière.
- Ah dommage, alors il n’y en a plus.
- Mais peut-être, demain, il y en aura un.
- Ah bon ??! »

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En effet, le lendemain matin, 8h pétantes, le train bihebdomadaire se met en marche. Dans le wagon, essentiellement des femmes, dont la plupart ont un nourrisson au sein, ou accroché dans le dos grâce à un tissu. Elles partent vendre les récoltes de tomates au Mozambique. 04.jpgÀ chaque arrêt, des vendeurs passent par la fenêtre toutes sortes de bonnes choses ; on passe la mâtinée à échanger avec nos voisines des cacahuètes, des tandarines, des oranges, de bananes…
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Arrivés à la frontière, l’atmosphère n’est plus la même. Mais cette fois les rapports semblent plus durs. On sent qu’on quitte un pays très doux, où les gens s’aiment et sont bienveillants entre eux, pour un pays encore blessé par la guerre civile. Mais bon, on verra. Evitons les clichés.
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On prend un interminable bus qui met 3h30 pour faire les 80 km qui séparent la frontière de Cuamba. Autour de nous, la nature est sauvage, pauvre, et les petites maisons de bois semblent tout juste tenir debout. Les enfants sont livrés à eux-mêmes, les plus grands portant les plus petits sur le dos, pendant que chacun s’affaire.
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Le temps de papoter avec une bab espagnol entre deux âges et son petit copain africain déniché sur une plage du malawi, le train Cuamba-Nampula, qui doit partir le lendemain, entre en gare. Et là, c’est toute la ville qui se rue en courant vers la station. Pourquoi faire ? On est en fait sur un « corridor », une voie ferrée qui relie le Malawi et l’intérieur de l’Afrique au port de Nacala sur la mer. C’est donc une importante voie commerciale, et Cuamba est une ville étape. On ne se sent pas en sécurité dans cette ville. Les regards sont durs, et la pauvreté présente. Pour repartir le lendemain, on ne fait pas les malins en partant avec nos gros sacs à 4h30 du matin pour attraper le train qui part à 5h. Il fait nuit noire, pas un chat dans les rues, brrrr.
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p1000400.jpgDans le train, on partage le wagon de 2e classe avec un jeune mozambicain et sa copine malawite. Elle le suit pour aller s’installer à Maputo. Elle nous fait de la peine, elle a l’air si perdue. Les Mozambicains parlent portugais et très mal anglais, contrairement aux malawites qui parlent pour la plupart anglais couramment. Elle se réfugie donc dans son manuel de portugais, consciente que ce sera sa principale voie d’intégration. On en profite pour apprendre les rudiments avec elle.
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On déjeune un poulet-riz, pour la, voyons, 60e fois en deux mois ?? On mange désormais de la même manière que les gens d’ici : vite, en partie avec les doigts, sans trop regarder ce qu’il y a dans nos assiettes. La cuisine, la gastronomie, les saveurs ne nous manquent finalement pas tant que ça, mais les repas ne sont pas toujours une partie de plaisir !
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Alors qu’on commence à somnoler, un homme très ivre vient s’asseoir dans le wagon. p1000342.jpgIl hurle des bribes de paroles sans queues ni têtes et donne des ordres à tout va à des personnes imaginaires. Il est affublé d’un copain à lui, plus petit, plus discret, qui opine du chef à toutes ses tirades insensées. D’après les passagers, ce serait un ancien militaire qui aurait totalement pété les plombs. Thomas (prononcé Thomaïch) et Horacio le regardent avec un air désolé. Les plus jeunes n’ont pas connu la guerre mais en constatent les ravages jours après jours chez leurs aînés. C’était il y a seulement 15 ans.

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