15 jours à Maputo
On zappe donc tout le dimanche, élégamment affalés en pyjama sur le canapé du salon. Mais lundi matin, on part au travail comme le commun des mortels, entassés dans un chapas qui n’a rien à envier au métro aux heures de pointes (si ce n’est la vue sur la mer).-
On a rendez-vous au ministère de l’agriculture pour une nouvelle interview sur les pesticides périmés. Là encore, on en apprend de belles : dans le centre-nord du pays, un agriculteur voulait se débarrasser d’un stock de pesticides qui avait dépassé la date de péremption. Il va donc au fond de son champ, et creuse un large trou de plusieurs mètres de profondeur et de diamètre. Un par un, il déverse tous ses pesticides dans le trou, puis grille une allumette. Le mélange s’enflamme ; il s’en va. Pourtant, au bout de 24 heures, cette histoire le titille. Le feu ne s’est toujours pas éteint, et il émane du trou une odeur insoutenable. Pour stopper le feu, il se rend au fond de son champ, et recouvre son trou avec de la terre. Bien joué, le feu s’arrête. L’histoire aurait pu s’arrêter là et être apparemment réglée. Mais les pécheurs des environs se rendent compte que lorsqu’ils jettent une poignée de terre prélevée à cet endroit dans le lac, plus besoin de passer des heures accroché à la canne à pêche, les poissons remontent tous seuls. Aucun ne s’inquiète qu’ils montent le ventre en l’air : leur travail autrefois laborieux ne prend plus que quelques minutes, et ils peuvent aussitôt aller vendre le produit de leur « pêche » sur le marché.
On n’ose à peine imaginer les horreurs que les habitants du village ont pu ingurgiter.
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Nous menons l’interview, puis discutons de choses et d’autres pendant près de 4 heures. Les gens n’ont pas l’air overbookés au ministère ! En sortant, un chauffeur gouvernemental nous ramène dans le centre. Sur notre droite, une magnifique fresque de Joao Craveirinho raconte l’histoire du Mozambique, de la guerre civile et de la vie aujourd’hui. Nat sort de la voiture pour prendre rapidement quelques photos, et court d’un point à l’autre de la fresque. Mais un policier zélé l’a vu faire et veut l’interdire cette spoliation du bien mozambicain. Il lui court après le long de la fresque et finit par lui sauter dessus et lui attraper l’appareil photo. Nat ne l’avait pas vu arriver : il a vraiment cru qu’il était en train de se faire piquer son appareil ! Après quelques tentatives d’intimidation, tout s’est finalement arrangé en effaçant les photos, ce qui est franchement dommage car cette fresque est vraiment belle et émouvante. (tant pis, on repassera !)
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Une visite au Musée des Arts sur l’Ho chi Minh avenue (ici la plupart des avenues sont à la gloire des leaders communistes. « Tu habites où ? Sur Karl Marx, croisement avec Avenida Lenine»). Certains artistes valent vraiment le détour : Chissan, Mankeu (et ses tableaux aux milles yeux qui nous regardent), Samate ou Bertina Lopez.
On est surpris de voir à quel point toutes les peintures, les sculptures montrent des gens enchevêtrés, imbriqués. Ce mélange des corps vient de l’art makonde : les statues traditionnelles montraient une famille, une lignée, un village, qui se grimpent dessus les uns les autres.
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Trop contents de se faire un bain de culture, on se rend le soir au Franco pour un spectacle de danse contemporaine. Les danseurs contemporains se comptent ici sur les doigts d’une main, mais commencent à se faire connaître et à voyager un peu. Un homme tout en muscle entre sur scène et danse l’animalité, et la nécessité de la part animale dans l’homme civilisé. Après une telle démonstration, on est toutes tout à fait d’accord !
Carnet de Voyage, Mozambique, 8 juillet 2007.