Leçon de danse au village (Nkhata Bay)
On était prévenus que Nkhata Bay était le repère des backpackers au Malawi. Ce n’est pas une population qui nous fascine outre mesure ; petits snobs que nous sommes, on préfère se dégoter un joli nid perdu dans la forêt.
On prend l’apéro sur le lac Malawi. Pas un bruit. La nuit, la pleine lune offre des reflets sublimes sur l’eau claire, qui s’étend au loin jusqu’aux premières montagnes du Mozambique.
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Le lendemain, on marche jusqu’à Nkhata Bay, qui est du coup a une sacré trotte. À chaque personne que l’on croise, on échange les salutations d’usage : Mouni Bwangi ? Tili bueno, Zicomo : « Bonjour, comment ça va ? Ca va et vous ? Ca va merci ». Les gens sont adorables et les rapports très simples. Bridget, une jeune Malawite, nous demande : « chez vous aussi, les gens se disent bonjour ? » Euh… Presque.
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Le village longe la baie. De part et d’autre de la route de terre rouge, des échoppes, une clinique. On déjeune dans un petit restaurant juste à côté de l’église. On est dimanche, les habitants du village sortent de la messe un à un, vêtus de leurs plus beaux habits. C’est souvent amusant à voir : un ado porte des chaussures en cuir bien trop grandes pour lui, les petites filles ont des jupes qui ressemblent à nos déguisements de princesses, les femmes peinent à marcher sur les chemins de terre avec leurs talons et les papas portent des cravates ou des chapeaux dépareillés. Pourtant, il semble que chacun ait fait de son mieux avec ce qu’il a pu trouver dans ses affaires. Dans une certaine mesure, ils ont la classe !
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On part dans l’après-midi faire une balade en canoë, pour ensuite rentrer à pied à travers les montagnes. Le canoë d’Isaac file le long de la côte. Le lac baigne dans une lumière intense de fin d’après-midi, c’est très doux. Il ne fait pas très chaud et c’est tant mieux, car ça nous évite d’avoir envie de nous baigner : il y a une maladie dans le lac, la bilharzia. D’après ce qu’on a compris, la bactérie est transmise par les excréments humains, qui arrivent dans le lac par les égouts. Elle est alors absorbée par les serpents d’eau, qui la transmettent à leur tour, si bien qu’on peut les attraper dans l’eau par la peau ou les autres trous de notre corps. Les conséquences n’ont rien d’agréable : du sang dans les urines et, si ce n’est pas soigné à temps, une hémorragie qui peut s’avérer mortelle. Heureusement aujourd’hui la bilharzia se soigne facilement. Mais le détail du trajet du microbe nous a coupé toute envie de piquer une tête.
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On croise de nombreux pécheurs, sur leurs petites pirogues. Certains pêchent à la ligne, d’autres au filet, d’autres encore à la lampe. Les poissons sont attirés par la lumière et viennent nager près du bateau : et hop, dans la nasse.
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Isaac nous laisse sur le bord d’une plage et nous montre le chemin pour rentrer par la montagne. Manifestement ça à l’air un peu compliqué, mais on pourra toujours demander notre route. On se renseigne tout de même pour savoir quel type d’animaux on pourrait croiser : des singes. Ok tout va bien.
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On avance tranquillement, tout heureux d’être libres, indépendants, et de goûter par tous nos sens la beauté du Malawi.
On respire l’air à pleins poumons, on ouvre grand nos yeux. Être tous seuls dans la forêt en plein milieu de l’Afrique, quelle émotion !
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On traverse un petit village de briques et de paille. Une des femmes fait sécher des kasaves sur une toile. Ce sont des racines blanches qui vont permettre de cuisiner le « sima » (ugali au Malawi). Cela demande une longue préparation : il faut d’abord les tremper dans une mare pendant trois à quatre jours, puis les faire sécher au soleil, et enfin les émietter pour en faire de la farine. Au final, cette farine permettra de cuisinier le sima, une sorte de pâte lourde et compacte, dont les gens ici raffolent, mais pas nous.
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On demande notre chemin, une fois, deux fois, on avance un peu à l’aveuglette en se fiant aux sons des voix. On traverse un nouveau village qui lui est totalement désert. Un peu en contrebas, sous un arbre, les femmes du village prennent un cours de danse au son du tambour. On descend jusqu’à elle et, d’un geste, elles nous invite à danser. On passe un moment magique, à danser avec les femmes et jouer avec les enfants. Toutes chantent et dansent en chœur les musiques traditionnelles du village. C’est joli, intimidant et impressionnant.
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Le temps passe sans qu’on s’en aperçoive. Le soleil descend petit à petit lorsqu’on réalise qu’on ne sait pas du tout à quelle distance on est de notre petit nid. Alors qu’on se jette un regard pour se dire qu’il serait peut-être temps d’y aller, on croise celui d’Isaac. Comme par magie ! Il se doutait bien qu’on se perdrait dans ce dédale de petits sentiers cachés par les herbes hautes. Bien vu ! On reprend la route avec lui, on s’arrête pour manger dans l’arbre quelques « tandarines » (les mandarines d’ici), et on rentre à la nuit tombée. Fatigués, mais heureux !