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Mardi 7 août 2007 Précédent

Mendicités (Fianarantsoa)

Le taxi-brousse qui descend sur Fianarantsoa (Fiana c’est plus simple) serpente entre les hauts plateaux. Les rizières vert-tendres sont construites en escalier à flanc de montagnes, et donnent un peu de couleur à ce paysage pelé par la déforestation. Nat n’en peut plus : les gens ici sont petits et minces, et les taxi-brousses ne sont pas adaptés à un grand gaillard d’1m86. Bien que nous empruntions une des routes en meilleur état du pays, le trajet s’éternise. Il faut ici compter 50 km/h en moyenne sur les routes goudronnées, et 20 sur les pistes. Mais le pays est tellement grand qu’il faut faire au minimum 150 km pour passer d’une ville à l’autre !
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p1040109.JPG La ville de Fiana, perchée sur les montagnes mais entourée par une végétation dense, est étonnamment polluée. Il n’y a pourtant pas tellement de voitures ici, mais l’essence utilisée est de mauvaise qualité, et très mal raffinée. Les 4L dégagent une fumée noire irrespirable. On part visiter la ville haute, qui abritait autrefois le deuxième palais de la reine et plusieurs églises et cathédrales. Si la cathédrale est toujours debout et continue d’accueillir les fidèles, il ne reste du palais que la pierre où la reine faisait décapiter ses sujets et quelques maisons prêtes à s’effondrer. Mais nous sommes surtout assaillis par des enfants, qui échangent des cartes postales fabriquées de leurs petites mains contre des cahiers, des stylos et de l’argent dont ils ont besoin pour l’école. On achète un cahier à chacun, sans savoir si par ce geste on aide réellement ces enfants, ou si on les pousse à se complaire dans une position d’assistanat. On leur laisse le bénéfice du doute. Mais après avoir acheté ces cahiers, on se retrouve vite entourés d’enfants et de « madame, j’ai besoin pour l’école ». On dit « non, on a donné maintenant c’est fini », quand un petit nous répond, ironique : « merci, vous êtes trop gentils » ! On repart, tristes, pensifs. Bien qu’on ait été dans des pays très pauvres, c’est la première fois qu’on ressent aussi fortement la différence sociale. Est-ce parce qu’on comprend la langue que ça nous touche plus ? Est-ce qu’on se sent coupables de l’époque coloniale ? Jusque-là, nous étions dans d’anciennes colonies anglaises ou portugaises. On pouvait juger des conséquences sans se sentir impliqués. Existe-t-il une culpabilité collective vis à vis du passé colonial de la France ? Se sent-on français au point d’être concerné par l’histoire de son pays ? Est-ce que les enfants sentent intuitivement cette culpabilité ? Est-ce qu’en aidant des enfants on n’abime pas le rôle et l’influence des parents ?
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Heureusement qu’on avait décidé d’arrêter d’intellectualiser !
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p1040118.JPG De l’action, il nous faut de l’action. On s’organise pour partir le lendemain avec Germain, le chauffeur de taxi que nous avions pris à la gare routière, pour le parc de Ranomafana. Les prix dans les agences qui ont pignon sur rue sont prohibitifs, mais il y a toujours des gens dans la rue pour offrir le même service pour beaucoup moins cher. Reste à tomber sur quelqu’un de confiance.

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On monte dans la voiture empruntée par Germain à son oncle. Arrivés au parc, le parking est plein à craquer et tous les guides de l’ANGAP, obligatoires pour faire la visite, sont déjà occupés. On décide de faire le circuit en sens inverse : on va se baigner à la piscine d’eau chaude dans la station thermale, et on reporte la visite du parc à cet après-midi.
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Les bains, comme la plupart des infrastructures construites par les français il y a 50 ans, tombent en désuétude. C’est dommage que le pays n’entretienne pas les routes, établissements etc construits par les colons ; ce serait une façon de tirer au moins un bénéfice de cette époque. On se baigne dans l’eau chaude sous le soleil insistant, au cœur d’une nature verte et généreuse.
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p1040125.JPG On part déjeuner. Germain nous dépose devant un resto et nous dit d’une petite voix qu’il va nous attendre dans la voiture, devant le restaurant. On est surpris :
« Tu ne vas pas manger ?
- Si enfin si vous m’invitez… »
Je craque et je m’énerve : pourquoi les gens se mettent-ils dans cette situation de mendicité alors qu’il leur suffirait de demander 5000 Ariaris de plus dans le contrat pour payer leur repas ? Alors que la somme qu’on a payé pour passer cette journée est largement suffisante pour qu’ils puissent manger avec le chauffeur et toute sa famille tout en mettant de l’argent de côté ? Certaines personnes quémandent et jouent sur les sentiments non par besoin, mais par principe. Pourquoi cette attitude dégradante pour eux comme pour nous ? Je ne comprends pas.
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p1040208.JPG p1040212.JPGOn se rend au parc en début d’après-midi et on s’enfonce dans la forêt à la recherche de Lémuriens. Ces animaux, à la croisée du singe et du marsupilami, sont surtout actifs le matin et font la sieste l’après-midi. On avance le long du sentier, derrière le guide et Germain, qui manifestement a bien mangé et bien picolé avec son chauffeur au déjeuner. Impossible de profiter des odeurs d’humus et de nature : ça sent le rhum à plein nez ! On croise un gecko à queue bleue (une sorte de lézard multicolore), et l’arbre du voyageur, un palmier à peine plus grand qu’un être humain, avec des feuilles en éventail et de l’eau dans son cœur.

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D’un coup, le guide sort du sentier, court dans la forêt dense. On le suit, on est au cœur de la forêt, il fait de plus en plus sombre. Sur une branche, le lémurien ! La famille Lémurien saute d’un arbre à l’autre avec grâce à légèreté, grignote les feuilles des arbres et pousse des cris gutturaux. Ils sont trop beaux, on est conquis ! Après plusieurs heures de marche, ou aura croisé une seule famille de lémuriens, mais on aura goûté au bonheur d’être tout seuls dans la forêt. Un vrai bain de nature parfumé au rhum, un régal !

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