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Vendredi 10 août 2007 Précédent

La descente de la Tsiribihina (Miandrivazo)

Décidément, on peine à s’organiser et à construire un itinéraire dans ce pays. On voulait descendre vers le sud et Tuléar, mais les taxi-brousses font la route d’un seul trait, sans s’arrêter. Et une fois là-bas, impossible de voyager sans 4×4 ; la seule solution serait de revenir sur nos pas. Le train qui descend vers Manakara sur la côte est semble-t-il magnifique. Mais le départ a lieu dans trois jours, et ça voudrait dire rentrer par le même chemin. Autre solution : revenir sur nos pas vers Antsirabe, pour partir dans l’ouest du pays descendre la rivière Tsiribihina et visiter les Tsingys. Novéthic me propose de faire un reportage sur l’essor du secteur de la crevette à Madagascar. Les fermes se trouvent sur la côte ouest, on pourrait alors en profiter pour aller les visiter.
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Comme on est vendredi soir, je prends les numéros des fermes sur Internet et on remonte en taxi-brousse sur Antsirable. On avait croisé Francisco (dit Coco), qui proposait une descente de la rivière + visite des tsingys sur 7 jours ; on lui donne rendez-vous. Il a constitué un groupe de deux allemands et une autre française, départ lundi matin. Ça roule coco !
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On monte dans une voiture à la première heure. Valérie, la française, a l’air très sympa et ça me fait un bien fou de discuter avec une « copine ». Ben oui, on est toujours tous les deux et ça se passe du mieux du monde, mais pour Nat comme pour moi de temps en temps ça fait du bien d’expérimenter une autre altérité !
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p1050029.JPG Alors que Nat est à la banque, on papote dans la voiture. Soudain, on voit deux allemands se diriger droits sur nous, entrer et s’installer sur les sièges arrières sans dire un mot. Ni bonjour, ni « c’est ici ? », rien. Aurait-on ramassé deux autres boubous (voir Tanzanie !) ??
On se retourne : « bonjour, Valérie, Gaëlle et vous ? »
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La voiture prends la route en direction de l’ouest. On descend petit à petit des hauts plateaux vers des plaines plus chaudes et plus sèches. Les maisons de briques rouges et les visages asiatiques laissent la place à des huttes de bois et de terre, et à des personnes qui ressemblent davantage aux africains que nous avions croisés jusque là.
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Comme on pouvait s’y attendre, on arrive à Miandrivazo dans une auberge à vahaza, point de départ pour tous ceux qui vont descendre la rivière. On a pris l’habitude depuis le début de notre voyage d’avancer par nous-même et d’être tout seuls où qu’on aille. Mais à Madagascar, c’est la haute saison et on se retrouve malgré nous mêlés au flot des aoûtiens français et européens. Ça nous fait bizarre et pas forcément plaisir d’être considérés comme de vulgaires « touristes », alors qu’on était jusqu’à présent des voyageurs au long cours. L’ego en prend un coup !!! On encaisse donc les « Ah ils sont là mes touristes » de Coco, « ça vous allez aimer, c’est pour les touristes », sans (trop) broncher.
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On a rendez-vous le lendemain matin sur le bord de la rivière, pour embarquer sur une pirogue. « Au fait, ça ressemble à quoi une pirogue ? » On cherche dans l’auberge des photos, des indices, jusqu’à tomber sur un tronc d’arbre creux de la largeur d’un set de table, qui pourrait correspondre. Nat est inquiet : « Tu crois qu’on va passer trois jours là-dedans ? »
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p1040292.JPG Dès le lendemain à l’aube, on se prépare à descendre vers la berge. Les stéréotypes doivent avoir un fond de vérité : les allemands sont déjà levés, douchés, prêts à partir quand on pointe le nez dehors. Je rejoins Nat sur la berge. Les pirogues ressemblent bien à ce qu’on avait vu la veille : de longs troncs d’arbres creux, rien de plus !
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Les uns après les autres, on se cale dans la pirogue, semi-allongés sur nos sacs à dos. (C’est la première fois que je trouve mon sac trop petit !) Et, sous le soleil montant, on se laisse porter par la rivière. On est à peu près aussi serrés et immobiles que dans un taxi-brousse, mais loin des odeurs de poules et d’essence, la balade est plus agréable.
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p1040445.JPG On se laisse guider dans une contemplation passive jusqu’à friser la paralysie. À l’arrière de la pirogue, le grand frère de Ruda pagaie et commence à chanter. Sa voix se perd en écho sur les bords de la rivière, et rythme la croisière. Juste devant moi, un petit garçon aide de quelques coups de rame son grand frère. Il se retourne, je croise son regard : il est si petit ! Il me dit qu’il a douze ans, mais il semble chétif et paraît plus jeune. Mais son regard est malicieux et plonge facilement sur mon décolleté. Finalement il fait bien son âge !
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On s’arrête sur les coups de midi pour pique-niquer. Quelle idée : la rivière s’étire en longueur et on s’arrête au même endroit que d’autres groupes d’italiens, de français etc. Il va falloir qu’on ait une petite conversation avec Francisco : on n’est peut-être pas obligés de tous se suivre comme un troupeau ! L’après-midi se passe aussi simplement que la matinée. On lit, on bronze, on s’endort, on se réveille. On ne fait RIEN. Les piroguiers chantent, nouent de brèves conversations avec les habitants de la rivière, portent les nouvelles et les rumeurs. Un piroguier est mort hier. Il gît là, sur une barque, enroulé dans une natte en raphia. Décidément, on aura rarement vu la mort aussi présente, et d’aussi prêt. Il était malade depuis quelques jours, certains croient à un empoisonnement car c’était un bon piroguier et qu’il avait beaucoup de clients. Le long de la rivière, chacun y va de son interprétation, se souvient des dernières fois où il l’a vu, ou lui a parlé, et colporte à son tour la nouvelle à l’intérieur des terres. Ici il n’y a pas de route, encore moins de téléphone, radio, télé, journal, la rivière est le seul média, le seul contact avec le monde.
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On monte les tentes sur le sable brillant des rives de la Tsiribihina, cette fois enfin seuls !

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