Enfin seuls (Belo sur mer)
Pour aller à Belo sur mer, petit village de pêcheur semble-t-il idyllique à quelques kilomètres de Morondave, trois solutions : les 4×4, le bateau à moteur, ou la pirogue à voile. Notre cœur ne balance pas longtemps, on choisit la voie du silence et de l’écotourisme : la pirogue à voile. Coco a du surprendre une de nos conversations et vient nous voir avec un « arrangement » ; « je m’occupe de mes clients jusqu’au bout, c’est normal c’est mon métier. J’ai mon piroguier qui peut venir vous chercher demain pour 80 000 ariarys ». Le salaire moyen à Madagascar est de 100 000 ariarys pas mois, et la pirogue à voile ne consomme par définition pas d’essence. C’est un peu cher Coco, non ? On fait un tour sur la rue de la plage pour comparer les prix. En dix minutes, on trouve un aller sur une pirogue de compet (si si elle à fait 12e/30 à la régate organisée la semaine dernière), pour 30 000 ariarys. Manque de bol pour Coco nos chemins se croisent dans la soirée. On est furieux contre lui : pourquoi est-il si malhonnête ? 80 000 ariarys, ça représente 32 euros. Croit-il qu’en Europe, l’argent pousse dans les arbres ? Pourquoi un tel mépris pour les gens qui le font travailler ? Le pays s’ouvre tout juste au tourisme, mais on retrouve déjà les travers de la côte d’azur en pleine saison.
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On part avec Marco et Gaby à l’aube. La pirogue est un bois creux de 80 cm, juste assez longue pour qu’on puisse s’asseoir tous les quatre, avec le piroguier. Un enfant, sûrement son fils, reste debout sur l’unique flotteur pour maintenir l’équilibre. La voile carrée, vestige de l’époque des pirates, nous permet d’avancer – quand le vent le permet. On met six longues et chaudes heures pour atteindre Belo-sur-mer.
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On a réservé à l’écolodge, guest-house qui sonne à notre oreille comme écolo et respectueuse de l’environnement. Ce n’est pas toujours facile de ne pas polluer en voyage : on se déplace beaucoup, les voitures sont mal réglées, le recyclage des déchets n’existe pas. On fait donc ce qu’on peut, quand on peut. Dès qu’on franchit le petit portillon de bois, on sent une atmosphère lourde, viciée. On dit bonjour au patron, qui n’a pas l’air bien sympathique. Il nous montre les chambres, nous annonce le prix et part rejoindre son bateau en plastique et à moteur ; il doit partir faire des courses à Morondave. On lui crie : « Et on peut manger ? », il nous regarde à peine et fait tourner le moteur à plein tube. On regarde autour de nous : il a oublié de couper le groupe électrogène, le personnel à l’air désagréable et malheureux, et aucun indice ne laisse percevoir une touche écologique. On ne serait pas plutôt l’économique Lodge ?
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On constate qu’il y a différents types de personnes qui s’installent à l’étranger. On a rencontré depuis le début du voyage des gens formidables, des journalistes, des photographes, des aventuriers qui s’investissent dans les pays et connaissent l’Afrique comme leur poche. Au travers des Alliances, on a vu aussi des gens dynamiques, souvent assez jeunes, qui portent un regard ouvert sur ces sociétés auxquelles ils apportent leur énergie et leur savoir-faire. Mais il y a aussi l’envers du décor. Des gens qui en France toucheraient le Smic et pourraient à peine se payer un appart en banlieue, qui deviennent ici les rois du pétrole. Bons salaires, grosses voitures, employés de maison, et les femmes locales toutes plus belles les unes que les autres qui redoublent d’effort pour les séduire et accéder à un avenir meilleur. Respectés et convoités, certains se comportent de la pire des manières. Et c’est comme ça qu’on a pu voir des expats racistes, suffisants ou tout simplement idiots. D’autres encore préfèrent monter une « affaire » dans des pays en voie de développement plutôt qu’en France. Ici il n’y a pas de taxe, le personnel est bon marché et corvéable à merci. Avec un peu d’idée et un petit apport, il est possible de faire fortune sans trop forcer. Le patron de l’écolodge doit faire partie de ceux-là ; on ne veut pas marcher dans la combine.
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On dort une nuit comme on s’y était engagé, et on déménage dès que possible dans un endroit plus honnête et convivial. Au Dauphin à quelques pas de là, l’air est bien plus respirable. On prend un bungalow sur la plage, c’est parfait.