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Jeudi 2 août 2007 Précédent

Déprime passagère (Antananarivo)

Depuis quelques jours, on tourne en rond dans la ville. On ne sait pas trop où aller, ni comment s’organiser pour notre découverte de Madagascar. On se sent lourds, un peu paumés.
p1030907.JPG Est-ce parce qu’on rentre dans moins d’un mois à Paris ?
Parce qu’on a du mal à digérer notre passage foisonnant mais rapide en Afrique du Sud ?
Parce qu’on a le sentiment que notre séjour en Afrique touche à sa fin ?
Parce qu’on ne s’attendait pas à une telle pauvreté à Madagascar ?
Parce que Madagascar ressemble plus à l’Asie qu’à l’Afrique ?
On a mille questions sans réponse. Le mieux est peut-être de ne pas trop intellectualiser et de laisser nos corps se remettre au diapason de ce nouvel environnement. Il faut dire que l’atmosphère de la guest-house n’aide pas. Tanjona est tellement attentionné, susceptible et soucieux de bien faire, qu’on redouble d’efforts pour qu’il soit content.
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Pour se consoler de cet état mi-figue mi-raisin, on apprécie la gastronomie de Madagascar. Colonisation oblige, beaucoup de restaurant servent des mets français : pâtisseries, mais aussi magret de canard, foie gras… Ça change de œufs-beans-saucisses baignés dans l’huile du Kenya ou de la Tanzanie.
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Madagascar nous fait penser à l’Ethiopie, pour la pauvreté et l’attitude fière des gens. Mais il y a dans les rapports cette distance respectueuse et froide propre aux asiatiques. On est surpris par cette double référence. Comme on a cette fois un peu du mal à s’adapter, on avance à tâtons, on ne sais pas sur quel pied danser.
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Après cinq jours à tergiverser, on décide de partir à la découverte du cœur du pays. On prend donc un taxi-brousse, camionnette qui est à Madagascar ce que le chapas est au Mozambique, le Dala dala en Tanzanie, le Matatu au Kenya et le minibus au Malawi ou en Éthiopie.
Arrivés à la station de bus, les rabatteurs nous sautent dessus, vifs et rapides. On est bien en Asie !
Tanjona part acheter nos billets pour éviter qu’on ait droit au « tarif vahaza (étranger) » et on saute dans le Taxi-Brousse. Puis on attend, on attend, on attend… que le bus se remplisse pour partir. On est bien en Afrique !

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p1030898.JPG Soudain, le chauffeur monte et démarre. Quoi ! Mais on pourrait se serrer encore, en bidouillant un peu on pourrait au moins faire monter 6 personnes de plus là-dedans ! Un minibus dans les autres pays ne serait JAMAIS parti comme ça !!!
Mais on comprend vite pourquoi un tel respect : on roule sur la RN7, au milieu des rizières et des hautes maisons de brique rouge, pendant près de trois heures… Le temps de se faire arrêter par six barrages routiers. On avait vu, hier à Tana, le président entrer en ville. C’est toute une mise en scène : des policiers surveillent la rue depuis le petit matin, puis à l’heure dite le président passe en trombe dans une parade de voitures aux vitres teintées, encadrés de motards, tous gyrophares dehors. Serait-on dans un Etat policier ? Le nouveau président à l’air d’être considéré par la population comme quelqu’un d’actif, plutôt libéral, assez répressif.
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À Tana, les gens parlent en malgache et s’adressent à nous en français. J’ai l’impression d’avoir déjà entendu ces intonations de voix quelque part, difficile de savoir où. Mais oui ! ça me fait penser aux doublages des films asiatiques, quand un acteur aux yeux bridés dit « bon-jûr, mada-me » ! C’est rigolo, mais on essaie d’apprendre quelques mots en malgache pour briser un peu la glace.
À la radio, des tubes du pays se mêlent à des chansons désuètes françaises. On chante en choeur sur « Que je t’aime » de Lara Fabian, « touche pas à maîtresse », « Maxou » de Vanessa Paradis. Tout le monde connaît les paroles !

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