Bidon, bidonvilles (Dandora)
Vomi et diarrhées, pile ou face ; toute la nuit, Nat s’est demandé par quoi il ferait mieux de commencer. Manifestement, il a du mal digérer de s’être fait voler le sac de matos.
Par chance on dort par chance chez Annabelle, qui est partie en vacances et nous a prêté sa chambre. Mieux vaut être malade là que dans un bouge infâme !
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On prend un brunch avec Caroline, Matty et Marjorie, ses trois colocs, et Charles qui est de passage. Ce dernier nous propose d’aller passer l’après-midi à Dandora, un des quartiers les plus chauds de Nairobi, rendre visite à ses amis rappers.
On part par les routes défoncées vers l’ouest de la ville. Sortis du quartier d’affaires, les immeubles en briques et en ruine côtoient les bidonvilles de taule et de bois et les innombrables terrains vagues. C’est dimanche, il y a peu de trafic, les femmes étendent le linge sur des balcons croulants, les gens marchent le long des routes.
On entre dans le quartier par une route bordée d’une décharge, semble t-il l’une des plus grande d’Afrique de l’Est. Sous un arbre, assis en cercle sur des chaises en plastique, quelques personnes écoutent le prêche qu’un mec débite en hurlant dans un micro. Autours, des bicoques, assemblage précaire de bois, de ferraille et de clous, et des gens, beaucoup de gens.
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Trois blanc-becs au milieu du ghetto
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On a rendez-vous avec Mwas dans une station-service. On rentre dans Dandora, l’un des lieux de rendez-vous du mouvement rap des quartiers de Nairobi. Le portail de taule s’ouvre sur une cour en terre et « le seul arbre de Dandora ». Sur les murs blancs, Malcom X, Bob Marley, Martin Luther King et Two Pack Shakur peints à la bombe apparaissent comme les âmes des lieux. Les artistes se relaient pour des résidences informelles, et aident les gamins du quartier ; c’est une sorte de MJC autogérée. Les rappeurs racontent le quotidien du quartier, entre misère, violence et guerre des gangs. Les expressions, les codes, la gestuelle sont des copié-collés de ceux des rappers américains - avec moins de femme-objets, car moins de moyens. Les textes sont aussi plus positifs, à visée éducative envers les petits frères : c’est ce qu’ils appellent « l’edu-tainment » (education + entertainment).
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Bien que le nouveau gouvernement (Mwai Kibaki), plus juste que le précédent (Daniel Arap Moi) qui était tout bonnement une dictature, semble avoir un peu éteint la braise, la colère, la peur sûrement, le sentiment d’injustice et d’isolement demeurent. En effet, le « démocrate » Kibaki reste un des présidents les mieux payés au monde alors que la moitié des Kenyans vivent sous le seuil de pauvreté, et l’argent obtenu des organisations internationales grâce à ses plans de lutte contre la corruption ne semblent pas atteindre le quotidien des habitants : les routes restent dans un état intolérable pour une capitale, les riches villas sont construites en regard des bidonvilles.
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On est super bien accueilli par les musiciens qui nous racontent leur lieu avec fierté. Nous partons quand même avec les derniers rayons du soleil : le blanc, ça se voit dans le noir, et nous représentons les dollars et la richesse. Ceci dit, même les kenyans des classes moyennes ne viendraient pas passer la nuit ici.
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Mwas et ses copains le savent et nous raccompagnent jusqu’à l’entrée du quartier. Sous l’arbre, devant la décharge, le prêcheur et ses disciples aperçus plus tôt sont partis dans une sorte de transe, rythmée par les hurlements dégénérés du micro. On ne comprend pas un mot de ce qu’il dit, mais le ton n’inspire ni la paix ni l’harmonie. Peut-être que cette transe collective est un moyen pour certains de sortir leur douleur et leur colère, et canaliser l’énergie de ces quartiers désolés ?