Les entreprises s’associent contre le Sida (Nairobi)
Reportage paru sur Novéthic
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Malgré une baisse significative du taux de prévalence du Sida au Kenya, l’épidémie perdure et continue de fragiliser l’économie locale.
Pour y remédier, les entreprises s’allient au sein de la Global Business Coalition Against VIH/SIDA (GBC) à Nairobi et mettent leur savoir-faire au service de la lutte contre la maladie.
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Le sida fait près de trois millions de morts par an dans le monde, dont 2,1 millions en Afrique subsaharienne. Le Kenya n’échappe pas à la règle. Depuis le premier cas répertorié dans le pays en 1984, 1,5 millions de personnes seraient décédées des suites de la maladie et 1,8 million d’enfants seraient devenus orphelins. Aujourd’hui, encore 1,4 million de kenyans vivraient avec le virus. Pourtant, de nombreux efforts ont été entrepris ces dernières années pour enrayer l’épidémie. « Il y a encore dix ans, le sida était un sujet tabou » explique Julie Cege, responsable du GBC à Nairobi. « Personne n’acceptait d’en parler. Heureusement, après son élection en 2002, le président Mwai Kibaki a déclaré la maladie « catastrophe nationale » et chacun a commencé à se sentir concerné. » La promotion du préservatif – jusque là difficile en raison de la forte influence de l’Eglise, la popularisation du testing et la coordination entre les acteurs ont permis au pays de passer d’un taux de prévalence de 14 % en 2000 à 7 % en 2004. Pour atteindre le prochain objectif du Kenya National HIV/AIDS Strategic Plan (KNAPS) 2005/6 – 2009/10 et réduire la prévalence à 5,5 %, le gouvernement a relié cette problématique à une politique de relance économique pour la prospérité et l’emploi (Economic recovery strategy for wealth and Employment Generation) sur la période 2003-2007, et déclaré en 2005 le plan TOWA, Total War Against Aids.
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Depuis avril 2006, le réseau international du GBC, dont le siège est à New York, a créé un bureau à Nairobi pour fédérer les entreprises implantées en Afrique de l’Est et les inviter à participer au combat. « La maladie touche essentiellement les forces vives du pays : les personnes qui sont en âge de travailler, et de dépenser leur argent », note Julie Cege. « C’est un problème majeur pour l’économie fragile des pays en développement. Et pour une entreprise, un employé malade a un coût élevé : son travail devient moins performant, il est plus souvent absent, et à terme il faudra former une nouvelle personne pour le remplacer ». Avec 220 entreprises adhérentes, dont la plupart des grandes multinationales (Microsoft, Shell, DHL, etc), le GBC dispose d’un large réseau de compétences. « Nous invitons chaque entreprise à s’engager selon ses propres savoir-faire : DHL peut permettre l’envoi de médicaments, Shell profite de son large réseau de stations services pour faire de la prévention, Coca Cola de son réseau de distribution pour distribuer des préservatifs, etc. Également, l’entreprise est un endroit privilégié pour parler du Sida : il suffit de donner du temps aux employés pour qu’ils entendent le message ».
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Partenariat public-privé
Depuis juin 2006, le Kenya dispense des traitements antiviraux gratuits dans ses hôpitaux publics pour les plus démunis. « Le travail du GBC consiste à relier les entreprises entre elles, mais aussi avec les ONG, les institutions publiques ou religieuses, les représentants de communautés, pour qu’elles puissent mettre en place des actions concertées », continue Julie Cege. « Par exemple, Merck & Co. Inc. travaille dans le cadre d’un partenariat public-privé avec les réseaux de distribution des hôpitaux nationaux pour réduire les coûts des traitements et permettre la distribution de soins gratuits ». Laboratoire pharmaceutique basé dans le New Jersey aux Etats-Unis, Merck & Co. Inc emploie 60 000 personnes à travers le monde. Fondée en 1891, l’entreprise découvre, développe et met sur le marché des vaccins et des médicaments. Dans les années 90, les scientifiques de Merck ont découvert deux antirétroviraux, le Crixivan (à base de sulfate d’indinavir) et le Stocrin (à base d’efavirenz). « Depuis 2001, ces médicaments sont vendus à moindre prix dans les pays en voie de développement », explique Niraj Doshi, responsable du programme Accès HIV Afrique de l’Est et Australe pour Merck à Nairobi. « Notre politique est de ne pas faire de profit sur les pays considérés comme les moins développé dans le classement de Human Development Index (HDI), et dont la prévalence du sida chez les adultes définie par l’ONUSIDA est de 1% ou plus. En revanche, nous menons une politique d’entreprise classique dans les pays développés. » Classé 156e sur 177 par le HDI, le Kenya a droit à ce traitement de faveur. Comme beaucoup d’entreprises, Merck agrémente son action d’un programme de prévention. « Le virus et les réponses apportées par les laboratoires évoluent rapidement. Les docteurs doivent pouvoir être tenus informés des nouvelles molécules, et de l’évolution des pratiques ».
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Si la lutte pour l’accès au traitement est au centre de l’action du Kenya pour réduire l’épidémie du Sida, le pays n’oublie pas de mettre l’accent sur la prévention avec de trois mots d’ordre : continence, fidélité et utilisation correcte et régulière des préservatifs.
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Reportage, Kenya, le 13 avril 2007.
Paru sur Novethic