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Mardi 10 avril 2007 Précédent

Inquiétante déforestation au Kenya (Nairobi)

Reportage.

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Avec seulement 1,7 % de sa superficie occupée par de véritables forêts, le Kenya est un des pays les moins « verts » d’Afrique.

Loin de se tarir, la déforestation perdure avec des conséquences inquiétantes : érosion des sols, assèchement des cours d’eau et appauvrissement des terres. Les initiatives positives se développent, mais doivent faire face à l’absence de réelle volonté politique et aux besoins de la population.
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Chaque année, 13 millions d’hectares de forêt disparaissent dans le monde (soit la surface de la Grèce ou du Nicaragua), dont 4 millions en Afrique. Le Kenya, connu pour ses grandes étendues sauvages parsemées d’acacias, est composé de 30 % d’espaces boisés, dont seulement une infime partie peut être considérée comme de véritables forêts répondant à une canopée de plus de 40 % au sol. « Ces forêts sont riches en biodiversité et accueillent près de 2000 espèces différentes, dont de nombreuses plantes médicinales et des espèces endémiques », affirme Kiunga Kareko, responsable de l’écorégion au WWF à Nairobi. « Cependant, le pays continue de perdre 50 000 hectares de « bonnes forêts » par an et des zones denses se transforment inexorablement en savane ».
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Comme dans beaucoup de régions d’Afrique, l’explosion démographie (la population est passée de 8 millions d’habitants en 1927 à 35 millions aujourd’hui, et pourrait encore doubler d’ici 20 ans) associée au chômage et à la pauvreté (56 % des Kenyans vivent sous le seuil de pauvreté) est une des raisons de cette déforestation. Seule 10 % de la population a accès à l’électricité : le bois représente donc 80 % de l’énergie utilisée et permet de couvrir les besoins élémentaires de cuisine et de chauffage. À l’exception des communautés traditionnelles, qui utilisent encore des modes de production et de consommation ancestraux et assurent la pérennité de leur environnement, la pauvreté des campagnes pousse les populations à agir dans un processus de survie à court terme sans penser à la durabilité des ressources. Le charbon de bois, bien que fortement réglementé, reste une énergie largement utilisée et fait partir de nombreuses forêts, même protégées, en fumée. Enfin, le réchauffement climatique a des incidences locales et entraîne la désertification de régions entières, dont les zones arides du nord-est du pays.
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Les forêts, un enjeu politique
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Cependant, la déforestation au Kenya n’est pas un phénomène récent. À la fin du XIXe siècle, les colons britanniques installés en Tanzanie, en Ouganda et au Kenya ont largement coupé les forêts pour gagner en terres cultivables. « Les Anglais ont coupé plus d’arbres que les Kenyans » ironise Christian Lambrechts, responsable des programmes publiques au PNUE. « On estime qu’il y avait alors près de 8 % de forêts au Kenya. » Après l’indépendance en 1963, les terres sont au centre des préoccupations politiques. Le président Jomo Kenyatta, profitant du départ massif des colons, entreprend une large campagne de redistribution des propriétés agricoles au profit des paysans sans terre. « Lorsque Daniel Arap Moi est arrivé au pouvoir en 1978, les terres avaient toutes été allouées », explique Claire Médard, géographe à l’Institut de Recherche pour le Développement. « L’Etat ne disposait plus que des terres gouvernementales, dont les forêts font partie. » L’ouverture du pays au multipartisme en 1992 impose un contexte de concurrence politique et les terres, rares et convoitées, deviennent un enjeu électoral. « Avant sa réélection, Moi a promis les terres à des fins clientélistes, afin de s’assurer les bonnes grâces de certaines communautés. Mais ces promesses n’ont pas été accompagnées de documents écrits ce qui a provoqué un sentiment d’urgence. Sur le mont Elgon à la frontière avec l’Ouganda ou dans la forêt de Mau sur les pentes du mont Kenya, les terrains ont vite été défrichés pour récupérer le bois, puis divisés et revendus ce qui a entraîné une déforestation doublée de conflits sanglants ». Au total, ce seraient des dizaines de milliers d’hectares de forêts qui ont ainsi été perdus. Le président actuel Mwai Kibaki, élu en 2002, tente dans son plan de lutte contre la corruption de mettre de l’ordre dans cette anarchie foncière. Pourtant le processus de « déguerpissement », qui vise à faire partir les communautés illégitimes pour replanter les forêts, provoque encore de nouveaux conflits.
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Entré en vigueur en janvier 2007, le nouveau Forest Act, texte de loi pour lequel les ONG locales se sont battues pendant plus de dix ans, pourrait s’il est appliqué permettre d’apaiser ce conflit social et agir pour la protection environnementale. Les communautés locales seront désormais plus impliquées dans le processus de défense des forêts, et un réseau dense de responsables locaux devrait permettre d’exercer un meilleur contrôle sur le terrain. Également, le Kenyan Forest Service, construit sur le modèle du Kenyan Wildlife Service qui assure la protection de la vie sauvage dans les parcs nationaux, pourrait permettre une meilleure protection des forêts.
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Entreprises et ONG au secours des forêts
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Conscientes de l’urgence du problème, les entreprises et ONG redoublent d’idées et d’énergie pour replanter les forêts. Le mouvement de la ceinture verte (Green Belt Movement), mené par le Professeur Wangari Maathai, figure emblématique de la lutte écologiste en Afrique et lauréate du prix Nobel de la Paix en 2004, a déjà planté depuis sa création en 1977 30 millions d’arbres. Une initiative qui a donné des idées à Total (voir article lié), ainsi qu’au PNUE qui a lancé lors de la conférence sur le climat à Nairobi en novembre 2006 la Billion Tree Campaign, la Campagne pour un milliard d’arbres. « Bien sûr c’est un geste symbolique, reconnaît Meryem Amar, chargée de communication au PNUE. Mais c’est un moyen de mobiliser les entreprises et l’opinion publique, et de permettre à chacun de prendre conscience de l’importance de chaque arbre. » Alors que le pari est en passe d’être remporté au niveau mondial, les entreprises et ONG kenyanes ont participé à l’action : le GBM a promis de planter deux millions d’arbres, la Kenyan Airways 30 000 et Unilever 300. « La saison des pluies vient de commencer » se réjouit Meryem Amar. « Nous allons pouvoir transformer ces promesses en actes, et commencer à planter les arbres ». En effet, déjà les bords des routes, les ronds-points, les terrains vagues voient émerger de petits arbustes, prêts à amorcer le reboisement du pays.
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Liens :
www.greenbeltmovement.org
www.unep.org/billiontreecampaign/french

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Reportage, Kenya, le 10 avril 2007.

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