Soirée Karaoké
C’est en ferry qu’on rejoint Matsuyama, sur l’île de Shikoku. Une dame accueille les passagers et les dirige vers différentes salles. En ouvrant la porte, quelle surprise !
On entre dans une immense pièce couverte de tatamis et de matelas roulés. Des gens sont déjà installés, ont enlevé leurs chaussures, déplié leurs matelas et dorment sur un oreiller vert et sous une couverture. C’est mille fois mieux que les rangées de sièges que l’on trouve d’ordinaire ! Ceci dit, je me demande ce qu’il arrive aux futons en cas de nausées.
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Ce soir, on décide d’aller dormir dans un business hôtel, un de ces gigantesques hôtels bon marché destinés aux hommes d’affaires pris par le temps (ou les plaisirs de la ville),
au moment de rentrer chez eux. C’est la chambre la plus minuscule et la plus fonctionnelle qu’on ait jamais vu, optimisée pour que l’homme seul, au mieux accompagné pour quelques heures ou une nuit, puisse arriver frais et dispo au boulot le lendemain. Le réveil est intégré dans le lit, le robinet coule en fonction de la position pour le lavabo, la douche ou le bain, un fascicule mentionne les restos qui livrent dans la chambre, les filles disponibles, ou les chaînes à la demande en fonction des goûts du monsieur : écolière, cuir, gros seins… Ces hôtels cartonnent ici et ne désemplissent pas. Peu de service, une réception et une clé magnétique, et petits prix.
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Mais en dehors de la fascinante vie nocturne, on est aussi là pour causer culture. L’île de Shikoku est connue pour son compostelle local, le pélerinage des 88 temples bouddhistes sacrés. Notés de 1 à 88, ils se visitent en général dans l’ordre, pendant 4à à 55 jours pour les plus lents. Notre participation se résume à un seul specimen, un temple bouddhiste assimilé à la secte Soto Zen.
On visite surtout le château de Matsuyama, construit sur une colline au centre de la ville. Par chance, les villes sont essentiellement construites dans les vallées, sans grignoter sur les collines ou les montagnes. C’est peut-être ce qui rend ces mégalopoles si vivables : où qu’on soit, on aperçoit généralement un point d’eau ou une colline de verdure. La balade pour atteindre le château est superbe, bucolique, peuplée de fleurs et d’oiseaux. Malgré le printemps, mille feuilles mortes jonchent le sol. Quelle beauté !
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Heureux de notre journée, on retourne en ville où on tombe nez à nez avec un karaoké. Deux hommes et une femme au comptoir font face à un tavernier en costume noir et blanc et cheveux crépus. Deux verres de shôshû ! Nat glisse qu’on est français, pour signifier discrètement qu’on n’est pas américains et détendre l’atmosphère. Ça marche tout de suite, et un homme et une entraîneuse nous invitent à nous rapprocher. L’homme chante des tubes japonais ; Nat répond par des chansons anglaises. Moi je m’abstiens, car je chante comme mon père… On se marre toute la soirée, au rythme des clients qui arrivent et repartent, et des tubes kitch et rétro du karaoké.
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Face à ces quartiers qui tournent autour des femmes et du sexe, on comprend mieux l’engouement des touristes japonais pour Pigalle. Ici dans toutes les villes, même les plus petites, plusieurs rues
font commerce du rêve, et les hommes - bons clients – sortent en costard, en groupes, entre collègues et sans complexes. Nous on est surtout morts de rire en les voyant tituber dans la rue, les yeux hagards et le sourire scotchés. Les gens ne sont jamais ridicules, mais ont malgré eux une vraie puissance comique. Surtout, malgré l’alcool il n’y a aucune tension ni insécurité. Mais nous qui imaginions des gens austères et sérieux, ils peuvent être très très drôles ! Et surtout très expressifs. Il nous semble reconnaître sur chaque visage les expressions caractéristiques des dessins animés japonais : réflexion, colère, étonnement… Rien à voir avec l’image lisse et inexpressive qu’on attache d’ordinaire à la culture asiatique.
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Aujourd’hui, on soigne notre mal de tête au Dogo Onsen, un vieux bain traditionnel d’eaux chaudes. Les bains ne sont pas mixtes et je ne suis pas concentrée : je me retrouve chez les hommes ! J’étais gênée, et ça les a beaucoup fait rire.