Les cerisiers en fleurs
À peine descendus de l’avion à l’aéroport de Fukuoka, on se retrouve comme deux grands enfants, perdus dans un monde inconnu. Tout est si semblable… et pourtant si différent !
Les voitures, les petits bonshommes, les coupes de cheveux nous font penser à des jouets Playmobil. Dans le hall étincelant de propreté, un Japonais est attendu par de la famille, des amis ou peut-être des collègues de bureau ; ils n’en finissent plus de se faire des courbettes, d’égrainer ce qui doivent être des formules de politesse avec un sourire ultra bright, pendant… plus de 10 minutes !! Konichiwa, konichiwa, konichiwa… (bonjour, bonjour, bonjour…)
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Un passage au distributeur, le temps de réserver un hôtel dans le centre par téléphone (mon « parlez-vous anglais » a marché !!), et nous voilà dans une navette. Dans le tout petit bus au nez carré, plusieurs personnes portent l’habit traditionnel, avec un kimono, un bonnet et des tongs en bois. Nat me place les mains sur les yeux :
« J’ai une surprise pour toi…
- Oh ! ».
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Sur le bord de la route, un cerisier en fleurs ! Le seul et unique rendez-vous qu’on s’était donné pendant ce voyage, était d’arriver au Japon si possible pour la courte saison des cerisiers en fleur. Sur le bord de la route, les arbres au duvet vert tendre sont couverts de boutons rose pâle, presque blancs, d’aspect fragile et cotonneux. Nos corps se remplissent d’émotion ; une tranquillité et une sérénité nous envahit. Quelle beauté ! Ici, les cerisiers ne donnent aucun fruit ; les Japonais ne les plantent que pour la joie de contempler leurs fleurs une fois l’an. Les cerisiers fleurissent les derniers mois d’avril ; le pays prend sa semaine de congé la première semaine de mai, pendant la Golden Week.
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Une femme nous indique où se trouve le métro. Dans le wagon, il y a essentiellement des hommes en costard cravate, et quelques filles menues et très bien mises. Une affiche montre une femme en train de se maquiller dans le métro : interdit. Sur le quai, certains wagons sont identifiés en rose : pendant les heures de pointe, ils sont réservés aux femmes. Mâles s’abstenir !
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On fait une sieste dans le dortoir de ce « youth international hostel » ; c’est ce qu’on a trouvé de moins cher et de plus facile d’accès. Après une nuit à somnoler dans un recoin de l’aéroport de Brisbane et la suivante avachis tant bien que mal sur les sièges de celui de Hong Kong, on pare au plus pressé !
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Puis la faim nous taraude. On regarde les restaus, les menus. Impossible d’y piper mot. Une chance cependant, les Japonais utilisent parfois les chiffres arabes ; on peut au moins comprendre le prix ! L’un deux, éclairé par deux lampions rouges, nous paraît sympa ; on décide de pousser la porte de bois vitrée de papiers de riz.
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« Cha cha !!! Cha cha !!! Hachassssééé » D’un seul coup tous les serveurs se sont tournés vers nous pour hurler à tue-tête. Des voix nous parviennent même des cuisines, et de pièces qu’on soupçonnent sans les voir. On devient rouges de gêne, prêts à se fondre dans la moquette, soudain transparents. En une seconde, on essaie d’intégrer les codes. Faut-il enlever les chaussures ? Attendre ici qu’on nous place ou s’engager ? L’émotion nous fait perdre nos quelques mots de vocabulaire et on se retrouve comme deux idiots flanqués d’un balai dans le dos, à bredouiller. Autour de nous, des hommes, des femmes – mais essentiellement des hommes – sont assis pieds nus autour de tables basses, dans des alcôves séparées par des cloisons de papier. Finalement la serveuse qui nous installe autour d’une table basse, et nous demande d’enlever nos chaussures. Bonne surprise, on n’est assis ni en tailleur, ni accroupis : il y a un trou pour les jambes au-dessous de la table… Et même, un chauffage dans le trou ! Que c’est attentionné. Bien installés autour de notre fausse table basse, les chaussettes délicieusement tiédies, on commande quelques plats au hasard.
Du maïs revenu à l’huile, des makis, des lamelles de boeuf à l’huile et à la ciboulette, des raviolis à la viande et une assiette de frite pour Nat qui crie famine face à ces micro-mini portions. « Un quartier d’orange est aussi bon qu’une orange entière », dit le dicton. Mais allez expliquer ça à l’estomac d’un gaillard d’1,86m !
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À côté de nous, quatre collègues de bureau discutent en buvant bières sur bières et en fumant clopes sur clopes. Quelques gouttes de sueur à l’orée des cheveux et la cravate entrouverte n’enlèvent rien à leur air digne, très élégant. Quand la serveuse vient servir les innombrables plats qui s’entassent sur la table, les regards se baissent, les conversations s’interrompent. Etrange. On finit par payer et on file à la superette, compléter ce festin famélique par un paquet de gâteaux avalé sous le crachin versatile de Fukuoka.
