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Jeudi 1 mai 2008 Précédent

Le drapeau du Japon

Le bateau nous emmène à quelques brasses d’Hiroshima, sur l’île de Miya Jima. Aveuglés par l’éternelle lumière blanche du printemps nippon, on devine de loin la fameuse porte rouge, si emblématique du Japon, qui se dessine par contraste.

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Comme deux bons curieux fascinés par le symbole, on se dirige à petits pas vers le temple. Sur la plage, de pauvres biches mal-en-point mangent les ordures charriées par la mer. Ça nous fait bouillir : décidément, ils sont vraiment occupés à ne rien foutre, ces moines ! Ils pourraient au moins ramasser les ordures entre deux prières, ça les rendrait utiles ! De colère je remplis mon parapluie de canettes éventrées, avant d’aller visiter le temple. Mais décidément, nous avons peu d’atomes crochus avec la religion ; on aime le bois, l’architecture, les symboles, la philosophie du zen. Mais moins tout cet argent déployé, ces icônes, et ces mille bondieuseries en vente à prix d’or par les hommes oranges sur les stands.

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La porte, en revanche, invite au rêve et à l’évasion. C’est marée haute et, majestueuse, elle trône au milieu des eaux, ouverture de la mer sur la mer, de la baie sur le monde. Rouge, entre le vert des forêts et le bleu gris de l’océan. On est en pleine contemplation quand débute derrière nous une danse. Installé sur un banc devant la scène, un couple est habillé en habit traditionnel. Tongs en bois, kimono, coiffe, on en tombe d’admiration. Les personnes qui entourent le couple se réunissent alors pour une photo aussi austère qu’officielle. On demande ce qu’il se passe : c’est un mariage. Quelle classe !

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Toute la journée, on grimpe sur les collines de l’île, pour atteindre le sommet au coucher du soleil. On est tous seuls, à zigzaguer entre les temples fermés. On s’approche d’un son étrange, maladroit, sacrément faux même. C’est un moine qui s’entraîne, seul face au soleil couchant, à souffler dans un coquillage. La vue se perd dans les montagnes, la mer, et le continent au loin. Des monts gris pastel qui se perdent dans la brume, comme quelques traits d’aquarelle sur un fond gris-blanc. Notre regard semble plongé dans une estampe de l’ère Edo. La clef de l’esthétique japonaise se dessine là, dans la colline désormais silencieuse, devant nous.

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Mais la nuit tombe et on n’a pas réservé d’hôtel. Heureusement on a toujours notre tente avec nous, et le plan de l’île indique un camping à 3km de l’embarcadère. Après les 12 km de marche de la journée, on prend notre courage à deux mains, on se remplit les poches de petites gaufres en forme d’érable fourrées à la pâte de chocolat, au thé vert, au cream cheese, une spécialité de l’île. Et on marche, on marche, on marche, dans la nuit noire et déserte, en direction du camping.
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C’est impressionnant. Pas un bruit, que des ombres. On passe sous un long tunnel, nos cœurs battent la mesure, l’atmosphère est dense. On imagine des guerriers samouraïs sortir de l’ombre sans un bruit, des jeunes détraqués élevés aux jeux vidéos, et tous les autres clichés meurtriers véhiculés par l’île mystérieuse. Au loin deux personnes. On s’approche, téméraire. Tête haute, épaule dehors. Ce sont deux jeunes bien partis pour un câlin interdit et torride : ils ont du avoir encore plus peur que nous !

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Enfin arrivés, épuisés… Le camping est fermé. Tant pis, ou tant mieux peut-être, on plante la tente directement sur la plage, seuls face à la baie. Le distributeur de café chaud n’a pas été arrêté et ronronne derrière nous, quelques barques passent silencieusement dans la baie, au loin scintillent les lumières d’Hiroshima. Il fait 6°C (on a acheté un thermomètre depuis qu’on a cru mourir de froid au Chili), et on se gèle toute la nuit. Le frisson glacé du premier rayon de soleil nous givre définitivement.
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Un bruit de pas.
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Nat sort la tête de la tente : « Gaëlle, viens voir ! »
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Deux hommes font leur jogging sur la plage. Surtout, emmitouflés dans nos sacs de couchages, on assiste au plus beau soleil qu’on ait jamais vu : un disque rouge, parfait, émerge des montagnes grises, tout juste suggérées par un voile de lumière blanche. Dans la baie, des bateaux de pêche se dessinent en ton sur ton, légèrement, à peine visibles. Ce disque rouge sur un fond gris pâle : c’est le drapeau du Japon ! Subtile et contrasté, exotique et esthétique. Puissant.

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Sur la marche de retour vers l’embarcadère, on voit les bateaux accoster et décharger leur cargaison d’huîtres. Les coquilles sont triées en sous-sol, et les rebuts montent sur un escaliers roulant pour s’échouer à l’arrière de camions. Le rêve ! Des milliers d’huîtres, fraîchement sorties de l’eau, à portée de papilles ! On s’offre un super petit déj, assis à côté de la rampe, à piocher une à une les huîtres pleines et laiteuses, simplement de mauvais calibre.

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Ce qui naît dans la grâce partira dans la grâce…
Bateau, puis traversée en bus de l’île de Honshu : on assiste le soir même à un magnifique coucher de soleil à Matsue sur la côte Ouest. C’est aussi une des magies du Japon : le pays est parfois si fin que le soleil se lève et se couche à quelques kilomètres de distance.

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Le jour se lève à nouveau et nous nous rendons dans une demeure, sur les hauteurs de la ville de Matsue, pour assister à une cérémonie du thé. Le terme d’ « assisté » correspond bien à cette expérience. On paie une fortune pour entrer, et on s’agenouille sur le tatamis d’une large pièce. Une femme, avec mille révérences, nous apporte deux sucres. Elle n’arrête plus de parler en japonais. On fait semblant de comprendre, jusqu’à ce qu’elle s’arrête et semble attendre quelque chose. Est-ce qu’il faut répondre ? Baisser la tête ? Manger les sucres ? Dans le doute, je porte un carré à ma bouche. Comme elle ne dit rien, je mange aussi le deuxième et Nat fait de même. Elle nous apporte alors une sorte de soupe verte qui au goût doit être une mousse de thé vert. Nat regarde le bol en attendant la suite. Elle le pousse à finir, range les bols et nous remercie. On remet nos chaussures. On part.
On n’a rien compris. Quel grand moment de solitude !

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De Matsue, on suit la côte Ouest vers le nord jusqu’à Totori. Petit arrêt au Onsen, non pas qu’on ait tellement besoin de prendre un bain, mais c’est tellement agréable ! Et on adore se perdre dans des villages reculés, où notre présence n’est pas du tout évidente. Pourtant, on est surpris par la gentillesse et la générosité des gens, qui nous saluent dans la rue, nous demandent d’où on vient. Au onsen, nues dans la piscine, c’est chaque fois la première question. Les femmes sont adorables, me prêtent leur shampooing, me parlent avec quelques mots d’anglais de leur vie, de leur quotidien.
Nat a plus de mal avec les hommes, peut être à cause de tous ses poils, ou parce qu’il les dépasse de deux têtes. Il doit leur sembler effrayant !

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Incroyable mais vrai, à Totori, sur la côte japonaise, se dressent des dunes de sable plus grande que celle du Pilat.

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