"Le projet..."



Planisphère

on est là... + d'infos sur Yahoo!

On est ici...

Vendredi 18 avril 2008 Précédent

La soupe aux nouilles

Mis en confiance par notre première journée nipponne, on décide de changer d’hôtel pour dormir dans un ryokan, une auberge traditionnelle. On trouve une adresse sur Internet, et on finit par apercevoir l’enseigne au cœur d’un dédale de ruelles pavées.

-
Sur le pas de la porte, on quitte nos chaussures pour enfiler des chaussons, et on suit à petits pas la tenancière vers la chambre. Deux portes de feuilles de riz coulissantes, on quitte nos chaussons pour se retrouver en chaussettes sur le tatami. Deux tas de linges épais sont disposés dans un coin. La lumière du jardin intérieur, tamisée par le papier ocre des portes, éclairent une petite coiffeuse posée à même le sol. On s’assied en tailleur autour d’une petite table basse où la tenancière nous sert du thé vert et des gâteaux. Quelle quiétude dans ce lieu ! J’essaie de faire les lits mais manifestement je m’y prend n’importe comment, plaçant le mince futon en couverture et les draps en portefeuille. On s’y met à deux et après un quart d’heure de casse-tête chinois on trouve la solution : futon, drap, drap, couverture, dessus-de-lit. Bien sûr… Dernière touche pour se fondre complètement dans le décor, on enfile nos kimonos bleus nuit.
J’enfile mes chaussons et pars prendre une douche. Mais je reviens en courant :
« Nat c’est génial ! » Ce n’est pas une obscure douche tapissée de moisi qui nous attend, mais une piscine brûlante qui donne sur un jardin de pierres. On est fous de joie devant tant de raffinement ; je crois – je suis sûre – qu’on va se plaire ici.

-

Après une sieste à nous faire oublier en deux heures tous les lits trop mous d’Afrique et d’Amérique du sud, on sort déjeuner. Dans les rues commerçantes, les restaus présentent leurs plats en devanture. C’est tellement bien fait qu’on aurait juré que c’étaient des vrais ! Pourtant, après longue réflexion, ce n’est que du plastique bien utile. On comprend enfin pourquoi certains restaus parisiens s’évertuent à présenter leurs plats en photo, au risque souvent de nous couper l’appétit (la nourriture résiste très mal à la lumière du flash) : pour les étrangers qui ne parlent pas français ! On sera plus tolérants à l’avenir.

-

L’un d’entre eux semble très bruyant, on décide d’y entrer. Là encore, à peine franchi le seuil, tout le monde se met à crier « Cha cha José !!! », ou quelque chose du genre. On s’assied sur un banc de bois, qui longe le mur du local exigu. Assis en rang d’oignon le long du bar, les clients font face aux cinq cuisiniers en toque blanche. Chaque fois qu’une place se libère, on avance un peu plus sur le banc vers le fond du local. Nat trouve un manga sur une petite table et l’ouvre au hasard. Des femmes ouvertes, des hommes érectiles, des explosions de tout et de partout, pas besoin d’être japonais ni de photos pour comprendre de quoi il en retourne !
C’est à notre tour de manger la soupe traditionnelle : le râmen. Ici les gens mangent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, la tête dans le bol, en faisant un SLLLLUUURP tonitruant !
-
La journée passe, et après des grillades de cou de poulet, on essaie de retrouver notre chemin. Il fait nuit noire et la ville étincelle de spots fluorescents ; on ne reconnaît plus ni les gens, ni la ville. Les hommes se déplacent en groupes et en costard, et semblent avoir beaucoup bu. On s’aventure dans les ruelles, attirés par les néons bleus et roses qui clignotent, hypnotiques. Des foules d’hommes entrent en se tapant sur l’épaule dans les bars, discutent avec des entraîneuses sur le trottoir. On dirait une armée de petits soldats excités, tous habillés pareil, le cheveu coupé court et la barbe rasée de frais. Le décalage paraît étrange avec la sensualité de la ville et des alcôves, l’érotique du voilé-dévoilé des ryokan ou des auberges, les filles élégantes et sexy sous leurs ombrelles qui glissent à petit pas dans les rues pavées. Ce soir pas de couples, que des hommes et des filles de joie. Les petites échoppes au charme discret, un brin suranné, ont laissé place à l’excentrique, au tape-à-l’œil et au néon fluo.

TOP