Hiroshima hier et aujourd’hui
L’évocation d’Hiroshima, c’est tragiquement d’abord la bombe A. Le tram nous arrête devant le A-bomb dome, seul bâtiment à avoir à peu près tenu le coup après l’explosion de la bombe. C’est-à-dire à dresser encore quelques ruines au-delà de la surface du sol.
-
On visite surtout le musée,
passionnant,
écoeurant.
-
Une ville rasée en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, et la vie qui se fige tel un cliché, pour passer l’instant d’après dans la douleur et dans la mort.
-
On comprend mieux l’aspect mondial du traumatisme de la seconde guerre mondiale. Si en France, on garde essentiellement la mémoire des camps de concentration, des collabos, des résistants, de la libération ; ici ces faits semblent lointains. Leur traumatisme à eux, c’est une ville, puis deux, entièrement rasée, dévastée par les américains.
-
Comme ils ont l’honnêteté de le dire eux-mêmes, le Japon était loin à cette époque d’être un pays tendre. Tous, tout, était tournés vers la conquête et la barbarie ; les plus jeunes avaient une formation militaire dès l’école, les femmes devaient se plier à l’effort de guerre. Les populations des pays conquis (Chine, Corée,…) servaient d’esclaves, en s’acquittant de travaux forcés ou en assumant l’ « hygiène sexuelle » des soldats. Les femmes otages étaient appelées des « toilettes publiques ».
-
Le sentiment de la force nationale était au plus haut, pourtant, en 1945, le Japon avait quasiment perdu la guerre. Mais les Etats-Unis, qui avaient investi des sommes folles dans la recherche nucléaire et l’élaboration de la bombe, ne pouvaient pas couper à une démonstration de leur force. C’était pour eux aussi bien un message clair adressé au monde, que la justification du coût de cette entreprise auprès des contribuables.
-
Ici, comme dans l’Allemagne nazie, la destruction de la population a été pensée, orchestrée, millimétrée. Les Etats-Unis voulaient connaître exactement l’impact de la bombe atomique. Pour cela, il leur fallait un élément de comparaison ; c’est ainsi que Kyoto, ville moyenne de même envergure à l’époque qu’Hiroshima et Nagasaki, n’a subi aucune attaque aérienne et a pu couper à la bombe atomique. De leur côté, les deux villes davantage stratégiques et tristement célèbres ont fait l’objet de destructions par les forces aériennes américaines, puis ont été survolées par trois avions à quelques minutes d’intervalles : le premier pour vérifier la clarté du temps, donc la possibilité de lancer la bombe en atteignant son but. Le second chargé de la bombe, avec pour mission de la lancer. Et le troisième, quelques minutes plus tard, pour prendre les photos nécessaires à la recherche, et à la propagande médiatique internationale : cet événement devait être vu et connu de tous.
-
Les photos sont sans appel. Tout, dans un rayon de deux kilomètres autour du pont visé, s’est auto-détruit et la population est morte sur le champ. Ceux qui étaient plus loin ont eu le temps de se voir fondre ou brûler, de développer des maladies soudaines et étranges, de pourrir de l’intérieur. Un photographe amateur a pu prendre quelques clichés, mais s’est vite arrêté, tellement choqué par ce qu’il voyait.
Dans les rues de la ville, on croise de nombreuses personnes malformées ou handicapées.
On ne peut s’empêcher de penser que l’horreur, c’est aussi que depuis 1945, 1500 essais nucléaires ont été réalisés, et que les bombes aujourd’hui sont encore plus puissantes. On frémit à l’idée que Sarkozy, au nom du développement économique de la France, est en train de vendre des centrales nucléaires en Tunisie, Inde, Chine…
-
Cependant, le musée se termine sur une note d’une poésie rare :
« Au printemps d’après, les premiers bourgeons refleurissent »
On a les larmes aux yeux face à ces mots plus forts que la mort.
Dans un frisson commun, on se sert la main très fort, en se promettant de continuer à croire à la vie, chaque seconde.
-
**
-
On pose nos affaires dans un business hôtel qui pue la clope et le sexe années 80 ; il se trouve en plein cœur du quartier « entertainment ». On confirme : il y a de la vie, 50 ans après la Bombe A !
-
On demande au boui-boui dans lequel on vient de dîner où on peut aller boire un verre. Manifestement, la question n’est pas si évidente, et le cuisto appelle une copine ukrainienne pour nous accompagner. Avec elle, on rentre dans deux-trois bars, chaque fois situés à l’étage après des escaliers crasseux. Mais les rades sont fermés, ou encore vides ; il est peut-être trop tôt.
On continue nos investigations par nous-mêmes, lorsqu’on découvre un Lounge Star Club qui paraît avenant. On sonne. Un homme sort et gonfle le torse devant la porte, nous stoppant dans notre élan : « It’s only for Japonese »
Hein ????!
-
Ça, on ne s’y attendait pas. On aurait l’air d’Américains, et à Nagasaki, ils ne les aiment pas ?? Est-ce du racisme ? De l’ostracisme ? Ou peut-être est-on devant un lieu de débauche face auquel nos visages d’oies blanches se seraient nécessairement trompées de porte ? Peut-être qu’« Only for Japonese » serait la traduction littérale de « C’est une soirée privée, désolé » ?
Bon.
-
Du coup, on va se consoler devant un gateau. Je commande une sorte de bombe rose, à la fraise. Je demande à la fille comment ça s’appelle, l’air triste, elle me montre ses seins. Ok ! Je vais m’asseoir gentiment avec mon petit nichon rose.
Pas sommeil, un peu troublés, on traîne dans les rues. Des femmes, des putes, des hommes bourrés. Mais… et leurs femmes, leurs vraies, leurs épouses, ils en font quoi ? Où sont-elles ? Comment sont-ils frais pour aller bosser le lendemain ? Qu’est-ce qu’ils se racontent au bureau ? Qu’est-ce qu’ils disent quand ils rentrent chez eux ??
-
Mystères.