De Kyoto…
Après une longue marche dans la forêt et les temples de Kyoto, on retourne sur le centre-ville. Pour la Golden Week, de nombreux habitants (jeunes ou moins jeunes) ont revêtu l’habit traditionnel et déambulent en couple, dans les rues.
(Serait-ce ça le couple : la coutume, le costume, le paraître ?)
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Les grandes artères sont bondées de midinettes attachées à leurs sacs de marque. Pas de lèche-vitrine complexé, la consommation bat son plein et ça shopping sec ! On trouve de tout, surtout du gadget, du futile, de l’inutile, des magasins entiers dévolus à un accessoire, comme le miroir de poche, les chaussettes ou le papier japonais (de petites feuilles que les filles se pressent sur le visage pour éviter d’avoir la peau qui brille).
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Pourtant il suffit de s’écarter dans les ruelles attenantes pour retrouver charme désuet et pas feutrés. Dans les ruelles bordées de maisons de bois, construites à flanc de canaux et ombragées par des saules pleureurs et des cerisiers, de petites échoppes s’effacent derrière leurs fanions rouges, des rires nous parviennent légèrement feutrés.
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On s’arrête net : une jeune femme poudrée de blanc, magnifiquement coiffée et vêtue, se glisse hors d’une maison pour s’engouffrer aussitôt dans un taxi. Une geisha ! C’est une chance d’en croiser une, car elles sont de plus en plus rares et il est très difficile de les apercevoir.
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Au resto, dans le métro, sur un banc, je m’endors. Par chance la grossesse ne me provoque pas de nausées, j’ai juste du mal avec les plats trop lourds comme les Okonomiakis, et j’ai des envies irrésistibles de fruits, de légumes verts et de soupes râmen. Et qu’est-ce que j’ai sommeil ! On décide de rester tranquilles, et d’aller visiter les musées des arts modernes de Kyoto. Malheureusement l’exposition, une accumulation d’œuvres de toutes époques agencées sans queue ni tête, s’avère insensée et décevante. Mais nous assistons dans la dernière salle à une rencontre incroyable. Le grand-père de Nat, qui était peintre, possédait un dessin du peintre japonais Fujita qu’il avait dégoté dans une brocante pour une misère. Ce tableau - cette esquisse plutôt, Nat l’adore, au point que c’est le seul tableau qui orne notre chambre à Paris. Dans la dernière salle du musée, coincé entre un Marx Ernst et un kimono japonais, on tombe nez à nez avec l’original, créé à partir du dessin. Ce nu allongé, pensif et sensuel, est en peinture encore mille fois plus beau et plus poignant que notre esquisse ! Quelle magie de voir ça ici, quel cadeau la vie !
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En une heure de train, on arrive à Osaka. Difficile de savoir où et quand commence une ville et se termine l’autre : à aucun moment nous n’avons vu autre chose que des tours et des immeubles. Même topo lorsqu’on se rend à Himeji, à 100 km à l’Est. Pas de nature, pas de campagne, des immeubles, rien que des immeubles. Heureusement que pour une raison obscure, personne ne construit sur les collines. Les forêts de pins, parsemées des touches plus claires des sommets des érables, sont des pôles de respiration vitaux pour les poumons et le regard.
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Himeji est une ville célèbre pour son château, un des seuls à ne jamais avoir été détruit. Aujourd’hui, le château est cerné par une agglomération moderne à l’architecture années 80, en béton et aux formes carrées. Bien que ça fasse maintenant plus d’un mois que nous sommes au Japon, nous sommes toujours surpris par le décalage entre ce que l’on s’attend spontanément à trouver et ce à quoi nous sommes confrontés. Comme ces policiers qui font la circulation devant le passage clouté, alors que les feux tricolores marchent parfaitement. C’est peut-être une des clés du plein emploi : payer les gens à faire des tâches inutiles ! Ou cette jeune fille habillée en cosmonaute que l’on croise un matin devant l’ascenseur de l’hôtel. -
Elle a l’air de trouver ça tout à fait normal ; Nat n’en revient pas et désigne l’espèce d’énorme ceinturon rose et gris à paillette, affublé de deux gros points noirs, qu’elle tente en vain de s’accrocher autour de la taille.
Nat : « excusez-moi, c’est quoi ça ?
La fille, l’air surpris par une question aussi stupide : « ben, une ceinture ! »
Ah oui bien sûr !
C’est incroyable de croiser des si personnes si conventionnelles, pudiques et nostalgiques et d’autres tellement décomplexées dans le même pays.