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Jeudi 1 mars 2007 Précédent

Starbucks et le gouvernement éthiopien s’opposent sur la propriété des noms de cafés

Reportage paru sur Novéthic
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Apre négociation autour du café en Ethiopie. Malgré la volonté de doubler ses achats de café dans le pays et d’aider les petits producteurs, Starbucks refuse de reconnaître le droit pour l’Ethiopie de disposer de la propriété légale de ses principaux noms de café : Harar, Yirgacheffe et Sidamo. Une licence qui pourrait pourtant aider le pays à mieux protéger et contrôler sa production sur le marché, et pérenniser son activité.

Avec près de la moitié de ses exportations liées au café, l’Ethiopie est particulièrement vulnérable aux fluctuations du marché. Reconnue comme le berceau du café, réputée pour la qualité de sa production, elle jouit pourtant d’une reconnaissance internationale et les cafés de ses principales régions, Harar, Yirgacheffe et Sidamo, se vendent dans le commerce plus cher que les cafés classiques. Conscient de cette richesse et décidé à en percevoir le bénéfice, le gouvernement éthiopien a créé en 2003 l’Ethiopian Intellectual Property Office (EIPO), une structure publique destinée à préparer le pays à entrer dans la société de l’information, en protégeant ses principaux savoir-faire par l’obtention de leur propriété légale. « Il n’est pas normal que les producteurs éthiopiens ne perçoivent que 5 à 6 % du prix de vente du café et ne profite pas de la valeur ajoutée liée à leur savoir-faire », affirme l’EIPO dans un communiqué. « Cette situation perdure en raison de l’ignorance des fermiers, qui ne connaissent pas la valeur réelle de leur production. Et à terme, cela peut porter tort à l’Ethiopie comme aux détaillants : déjà certaines plantations d’Harar sont en train d’être remplacées par de la culture de narcotique, dont la production est perçue comme plus rentable ».

Pour remédier à cette situation et permettre à l’Ethiopie de tirer le juste profit de sa production, l’EIPO a procédé à l’enregistrement des noms de ses principales régions de café dans la plupart des pays importateurs, en accord avec les législations locales. Également, toute une chaîne du café éthiopien (fermiers, coopératives, acheteurs, exportateurs, ainsi que des partenaires et des représentants occidentaux) s’est fédérée pour créer l’Ethiopian Fine Coffee Stakeholder Committee. L’objectif : mettre en place un réseau de distributeurs licenciés, qui participe au développement du potentiel des cafés éthiopiens sur le marché, tout en assurant aux producteurs une juste rémunération pour leur café.

Cependant, les trois noms déposés par l’Ethiopie ont été acceptés dans tous les pays, sauf aux Etats-Unis où le processus pour Harar et Sidamo est toujours en cours. « Dès l’approbation de Yirgacheffe, Starbucks a fait appel à un groupe de lobbying, la National Coffee Association, pour bloquer l’attribution des noms Harar et Sidamo », explique Seth Petcher, responsable du programme Café à Oxfam America. « Aujourd’hui, l’Éthiopie demande à Starbucks d’honorer la propriété de ses noms que ce processus légal soit fini ou non. Mais la société américaine s’efface en arguant que c’est une question à régler avec l’US Patent and Trademark Office (USPTO), l’autorité de régulation des marques aux Etats-Unis. Cependant le gouvernement éthiopien lui demande de signer l’agrément aujourd’hui, sans attendre l’accord de la commission. L’USPTO n’a donc rien à voir là-dedans. »

Interrogé sur le sujet, Alain Poncelet, vice-président de Starbucks, confirme les faits : « Nous reconnaissons les marques de café éthiopien mais nous n’avons pas signé cet agrément leur accordant la propriété légale des noms, car nous ne sommes pas en position de le signer. Cela ne dépend pas de Starbucks, mais de l’USPTO qui doit décider si oui ou non le gouvernement éthiopien peut avoir les marques légales de ses régions. Nous avons été accusés d’avoir bloqué le processus auprès de la commission ; ce n’était pas notre intention. S’ils veulent déposer leurs noms, on ne va pas s’y opposer, mais nous ne pensons pas que ce soit le meilleur moyen pour que ce soit au final le producteur qui en bénéficie ». La société américaine estime que pour que l’intérêt d’un prix plus élevé revienne au producteur, il faudrait pouvoir reconnaître avec certitude que c’est lui qui l’a produit. « Nous avons recommandé au gouvernement éthiopien de mettre en place une certification d’origine », reprend Alain Poncelet. « C’est une reconnaissance qu’un certain produit est cultivé dans un certain environnement et répond bien à une qualité minimum. La propriété légale ne certifie pas ça. Vous pouvez vendre ce que vous voulez en dessous de ce nom, ce n’est pas un gage de qualité. »

Les négociations entre Starbucks et le gouvernement éthiopien sont toujours en cours, car l’enjeu est important : « L’industrie du café de qualité augmente de 12 % par an, notamment aux Etats-Unis où la consommation pourrait augmenter à long terme de 40 % » explique l’EIPO. Avec 13 000 points de vente aux Etats-Unis, une présence dans 39 pays et six nouveaux magasins par jour, Starbucks, qui a réalisé en 2006 un chiffre d’affaires de 7,8 milliards de dollars, est un acteur incontournable sur le marché du café. Le gouvernement éthiopien sait qu’il doit faire respecter dès aujourd’hui les intérêts de ses producteurs s’il veut assurer sa place sur le marché et profiter d’une industrie en plein essor. Mais de son côté Starbucks préférerait continuer à utiliser librement les noms des cafés, et peut-être éviter que cette décision ne fasse jurisprudence. « De la même façon que Starbucks utilise son nom comme une marque pour promouvoir son activité, l’Ethiopie cherche à trouver sa place sur le marché du café », conclut Seth Percher. « Pour les agriculteurs, Sidamo, Harar ou Yirgacheffe c’est leur identité, leur nom. Mais pour Starbucks, ce ne sont pas seulement des noms, c’est aussi les ingrédients de leur propre marque ».

Gaëlle Bohé à Addis Abeba, Ethiopie pour Novéthic (www.novethic.fr)

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