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Dimanche 11 mars 2007 Précédent

Phacochère Michel !

Nous n’avons plus que cinq jours à passer en Ethiopie. On a envie de visiter Harar, mais l’avion est très cher et le bus local incompatible avec un délai à respecter.

carnet-1103a.JPGJe contacte donc la première agence de voyage que je trouve sur le guide et tombe sur une personne francophone adorable, Désiré. L’idée est de partager une voiture avec d’autres touristes pour se rendre à Harar. Finalement, on nous propose mieux que ça : « un groupe de 8 français arrive ce dimanche, vous pourrez certainement monter dans leur bus et profiter du trajet moyennant une participation. » Deal ! Nous partons le dimanche avec Gilbert (le mari de Désiré), et le groupe de touriste français. Rapidement nous sympathisons avec Didier et Louis. Gilbert quant à lui est venu s’installer en Éthiopie il y a une quinzaine d’années après la chute du DERG.

Gilbert est le directeur de Désiré Travel. Gilbert conduit son bus, Gilbert parle français, anglais, italien, amharique, et le patois de Sarlat. Gilbert connait très bien le pays, et les Éthiopiens semblent le connaitre aussi. Gilbert est un « character ».



carnet-1103b.JPGÀ partir de Nazreth, la route de l’Est est superbe. Nous traversons une ancienne vallée volcanique littéralement magnifique. Nous dormons le soir à « Aouache » au buffet de la gare, ancienne grande étape du train Addis-Djibouti. Le lendemain matin, nous traversons la route qui traverse le parc naturel d’Awash ; ancienne réserve de chasse de l’empereur Haïlé Selassié. On y croise des dromadaires, des phacochères, des koudous, des Oryx et des babouins.

Le groupe avec lequel nous voyageons s’avère être très sympathique. Mais pas de doute, ce sont de véritables chasseurs d’images. Prêts à bondir, nos compagnons de route ont plus l’œil sur l’objectif que sur le sujet, et les femmes participent à leur manière : « Phacochère Michel ! Tu l’as eu ??? ». Pour nous, voyager avec un groupe est différent, mais c’est tellement bon de se poser dans un bus et de ne rien avoir à penser !

Nous continuons la route sur une route de crête à tomber raide et c’est bien le cas de le dire. Nous arrivons le soir à Harar.

Nous visitons la vieille ville, ses remparts, le musée Rimbaud. Nous découvrons une toute autre vie de l’écrivain, celle de l’aventurier, du négociant, du khateur. Harar nous séduit même si la ville est sale ; c’est la fête du sac plastique sur le bord des routes. Le gouverneur de la province, pourtant repris à l’ordre à ce sujet par le gouvernement, réplique que cela fait des siècles que les gens vivent comme ça et que l’ère du plastique n’y changera rien. C’est triste.

carnet-1103c.JPGDe plus, ce même gouverneur incite beaucoup de personnes à venir « s’installer » dans la ville, au nom d’une charité musulmane. Du coup, lorsqu’on rentre la nuit dans notre chambre, on croise beaucoup de réfugiés somalis ou des régions désertiques de l’est, qui dorment dans la rue. Entre les gars pétés au Tedj, les illuminés nocturnes du khat, et les nombreux sans-abris, on a l’impression d’un no-man’s land digne des films d’anticipation les plus noirs comme « Soleil vert ».

carnet-1103d.JPGLe lendemain, chemin inverse et nous nous arrêtons à nouveau au café de la gare d’Awash. Mais là, autre ambiance.
Awash est la porte d’entrée du pays Afar. C’est la région où un groupe de touriste (en majorité anglais) s’est fait enlever quelques jours plus tôt. À notre arrivée, nous apprenons que les otages sont libérés. Les chefs des tribus Afar sont tous réunis au café pour « règler leurs comptes » et savoir qui a fait le coup. Il semble que l’enlèvement ait été commandité par l’Erythrée, dont les actions terroristes sont les seuls moyens pour continuer de déstabiliser l’ennemi éthiopien. Les restes de la guerre avec l’Ethiopie sont bel et bien là, sous nos yeux. D’autant plus que le récent conflit en Somalie n’a pas arrangé les choses. Le plus drôle est que les diplomates français peut-être soucieux de faire valoir leurs primes de risque se sont empressés de confirmer aux médias que des touristes tricolores avaient été enlevés ; le groupe était composé d’anglais dont une seule Française travaillant pour l’ambassade britannique.

Le bus dépose nos compagnons de route au parc d’Awash ; ils continueront leurs routes en 4×4 le lendemain pour se rendre vers la dépression du Dallol. Nous leur disons au revoir et nous terminerons le trajet retour à Addis, seuls dans un grand bus tout vide.

Ce sera notre dernier voyage en Ethiopie. Ironie du sort.

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