L’Ethiopie, c’est compliqué !
En Ethiopie, c’est pas compliqué : tout est compliqué. Se doucher c’est compliqué (chauffer l’eau dans une bassine…), communiquer c’est compliqué (rien que bonjour, c’est tenayesteling, ou merci hamességuénalow),
Internet c’est compliqué (ça rame !), tirer la chasse c’est compliqué (en général il n’y en a pas), demander l’heure c’est compliqué (ici 6h c’est 12h et midi c’est 6h, CQFD), et prendre le bus, alors là, c’est vraiment très très compliqué.
-
On vous a déjà raconté le chauffeur en prison, on vous évite les roues crevées, les contrôles de flics, les chauffeurs défoncés au khat qui roulent comme des malades, les bus et les camions dans le caniveau et les bagarres pour rentrer dans le bus (premier arrivé premier servi, du coup c’est la loi du plus fort). Il y a aussi les gens malades. Mieux vaut donc se placer à l’avant du bus qu’à l’arrière, ça évite d’avoir des retours de vomi par les fenêtres (charmant). Mais là, le trajet Gondar-Addis vaut son pesant de pépins et illustre assez bien comment tout pourrait pourtant être simple.
-
Le minibus doit venir nous chercher à 3 heures du matin, heure occidentale. Nous qui avions tout préparé pour nous lever au dernier moment : le chauffeur précautionneux nous appelle à 2h, 2h15, 2h30, 2h45. Eh ! On se calme ! On monte dans le minibus, trois Allemands (1 gars 2 filles) ont pris les places de devant. On choisi les places du fond pour pouvoir glisser nos jambes. Pour tenir droit sur un siège, il faudrait avoir des cuisses de 50 cm, même les Ethiopiens n’y rentrent pas. Alors mon grand Nat !
-
On part, prêts à faire 10 heures de route. On roule quelques heures sans problèmes. On n’ose pas se dire que le chauffeur conduit bien de peur que ça nous porte la poisse, alors on se tait et on regarde le paysage. C’est très beau. Quelques kilomètres avant d’arriver à Bahir Dar, un pneu nous lâche. Le chauffeur fait du stop pour en acheter un autre, revient, le change, jusque-là tout va bien. À Bahir Dar on s’arrête donc acheter une batterie de nouveaux pneus. Mais ils sont à peu près aussi lisses que les anciens. Un mec en répare un à grands coups de marteau, Pas étonnant que ça crève si souvent ! On reprend la route et le cours de nos pensées vagabondes. On traverse à nouveau le Nil Bleu sur près de 3 km de piste, dans un no-mans land sensationnel.
-
Soudain, une explosion. Une des Allemandes s’éjecte de la voiture, Nat crie « c’est le moteur ! », je m’éjecte à mon tour. Le minibus s’arrête, plus moyen d’avancer. Les Allemands se montrent coopératifs, surveillent les affaires, mettent le nez dans le moteur. Aguerris aux problèmes mécaniques, on préfère s’asseoir dans un coin d’ombre en attendant que la voiture redémarre, Inch Allah.
-
Au bout d’une très grosse heure, les différents bidouillages portent leurs fruits et la voiture donne signe de vie. On arrive à atteindre tant bien que mal un village, ça tombe bien on va pouvoir réparer tout ça. Pas du tout : le chauffeur continue sa route et dit « peut-être qu’on arrivera à Addis ». Quel optimisme ! Deux km plus loin ça ne manque pas : repanne, rebidouillage, redémarrage. Puis 5 km plus loin, re-repanne, re-rebidouillage, mais pas re-redémarrage. On se retrouve donc en rade au milieu de nulle part, la nuit commence à tomber. On ne s’imagine pas du tout dormir là (ici il n’y a pas de moustiques, mais des hyènes, des scorpions etc.) On commence alors à faire du stop. Dans la pénombre, un Ethiopien s’embrouille avec le chauffeur et lui met une claque monumentale. Les mecs sont secs et musclés, et courent à la vitesse de Gebré Sellassié. Bien que les gens soient d’ordinaire plutôt calmes, les bagarres sont fréquentes et partent très très vite.
-
On sort nos lampes de poches, on est un peu tendus. Nat et l’Allemand (Sebastian) arrêtent un camion qui nous propose de monter derrière, sous une bâche. Les mecs commencent à porter les sacs, négocier le prix, la tension monte. Nous les filles on les arrête : pas question d’être cachés là-dessous, c’est trop dangereux ! À ce moment-là un minibus arrive, surement alerté par un collègue qu’un bus rempli de farenji à rendu l’âme. On monte dedans, et le chauffeur nous dit : « on ira peut-être à Addis ». Ça ne loupe pas, 10 km plus loin, il nous informe qu’on s’arrête là et qu’on repartira le lendemain matin. Les Allemands voient rouge, Nat pas stressé tape la discute avec les éthiopiens, on finit par redémarrer.
-
Jusqu’au prochain contrôle de flics (wait j’appelle le chef, le sur chef, le sur-sur chef). On n’a pas le droit de rouler de nuit. Sebastian tape un scandale « je fais partie des commandos des forces spéciales de l’armée allemandes, on est tous les trois médecins. Il ne peut rien nous arriver, on y va ! ». Devant une telle détermination, le policier nous donne un laisser-passer et nous arrivons sur les coups de minuit à Addis. Les passagers semblent prendre cette histoire avec une étonnante passivité, sans aucune émotion. Le chauffeur a l’air paniqué de rouler de nuit. Lorsqu’on lui indique le chemin de notre maison, il part chaque fois d’un coup de volant dans le mauvais sens, c’est un joyeux bordel. On arrive finalement, totalement épuisés par tant de problèmes qui auraient simplement pu être évités si le chauffeur croyait moins en Dieu, mais plus en la mécanique.