Les gorges du Nil Bleu
De retour à Addis, on se tape un rhume carabiné. Mulugeta se transforme en docteur, et nous prépare une potion locale : une sorte de thé à l’ail, à l’oignon et au miel. C’est censé faire transpirer et faire passer le rhume.
Malheureusement ça ne fait pas effet… Mais qu’est-ce qu’on sent mauvais ! On soigne finalement ça par de l’huile essentielle de menthe poivrée et quelques antibios, c’était plus efficace.
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BOUM ! Un matin, le 6 mars précisément, on se réveille sous le bruit des canons. Je me lève aussitôt, cours voir à la fenêtre : rien, la ville semble se réveiller tranquillement avec son halo de poussière orange et l’éclat de ses toits en taule. Pourtant le bruit se rapproche et, pas de doutes, ce sont bien des canons. En quelques secondes, toutes les éventualités passent dans ma tête. Le pays est si fragile : le Soudan à l’Ouest, l’Erythrée au nord, la Somalie à l’Est, Djibouti aussi (là à la limite c’est plus calme) et le Kenya au sud où perdure des guerres tribales. Tout peut donc péter d’une minute à l’autre. D’autant que les problèmes peuvent aussi venir de l’intérieur : lors des dernières élections en 2005, le gouvernement a mis son opposant, qui avait pourtant gagné les élections, en prison. La population, avide de démocratie, et garde une vraie rancœur. Heureusement le bruit s’arrête et je me rendors (Malesh !). On apprendra plus tard que ce n’était que la commémoration officielle de la victoire éthiopienne d’Adoua sur les Italiens. Ils pourraient prévenir !
Bien reposés, on décide de partir dans le nord du pays, d’abord vers Bahir Dar où on peut rencontrer Teddy, le frère d’un copain d’Addis, puis Gondar, ex-capitale de l’Ethiopie au XVIIe siècle. La traversée des gorges du Nil Bleu est à couper le souffle. Encaissé dans des montagnes à perte de vue, le fleuve marron a creusé la roche et créé d’immenses canyons. La ville de Bahir Dar est une sorte de cité balnéaire au bord du lac Tana, où l’activité principale est de regarder les pélicans en sirotant une bière ou un coca. On s’assied comme tout le monde devant les pélicans et on discute politique avec Teddy. Comme beaucoup de gens que nous avons rencontrés, il est très en colère de l’issue des élections. C’est un vrai désenchantement : tout le monde était tellement content de pouvoir aller voter ! Il nous explique que des groupes de rebelles armés commencent à se former dans les campagnes. Car ici, pas de manifs pacifiques, tout se joue à la kalachnikov.
Arrivés à Gondar, on visite les châteaux, les bains, les églises de la ville. On veut aller faire un trek dans les Siemens Montains, mais on n’a pas le budget. 400 euros pour deux jours de marche ! Le tourisme est très peu développé en Ethiopie. Il doit y avoir environ 30 000 visiteurs par an, ce qui est extrêmement peu. Et la plupart partent avec des tour-opérateurs. Car c’est vrai, il est très difficile de barouder en Ethiopie. Résultat, nous sommes seulement 6 « farenji » dans Gondar. Et ce qui aurait pu être une chance devient un enfer : les commis des agences de voyage nous traquent comme des bêtes. Où qu’on aille, ils sont là, toujours les mêmes, prêts à revenir à la charge. On ne se sent pas du tout libres, ça nous gonfle, on décide de reprendre un minibus pour Addis et de profiter de nos derniers jours pour visiter Harar.