Jimma, le bus
Nous revenons au Mercato déjeuner. Le Mercato est un quartier dans l’ouest d’Addis où se trouve le plus grand marché d’Afrique et la gare routière.
Ville dans la ville, il accueille des personnes qui ne l’ont pour la plupart jamais quitté ; tous les métiers se mêlent, du forgeron au cireur de chaussure en passant par l’assureur. Le Mercato est également connu pour son grand marché alimentaire, textile et décoration. Les producteurs locaux y font leurs affaires, mais aussi et surtout les importateurs des produits venant de Chine ou de Dubaï. Une grande majorité des commerces sont tenus par des guragués. Pendant ce temps-là, une communauté mâche du khat et regarde le regard vide cette fourmilière s’animer.
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Nous montons dans un petit bus prévu pour une trentaine de personnes. Nous serons près de quarante à voyager ensemble. Nous partons et traversons l’ouest d’Addis. Sur le chemin, nous voyons une chaîne humaine composée de centaines de fidèles chrétiens orthodoxes vêtus d’un châle blanc entrer ou sortir de l’église.
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C’est le carême, l’importance est de taille. D’ailleurs, Azeb est certainement dans le lot ; elle nous a avoué avant le départ devoir aller prier et pleurer à l’église pour régler ses soucis de travail.
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Nous sortons progressivement d’Addis. Le chauffeur du bus passe par des petits raccourcis, en profite pour saluer ses amis sur le chemin. Nous arrivons sur l’unique rocade de la ville financée par des investisseurs chinois, et gagnons la route de Jimma. Nous faisons une courte pause dans une station d’essence. Nazib le chauffeur vérifie que l’huile qu’il vient de glisser dans le moteur est bien la bonne.
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Deux garçons fument une cigarette dans la station ; Gaëlle descend acheter de quoi grignoter ; les personnes à l’intérieur fixent la caisse, la plupart intriguées de ce que la « farenji » (la blanche) aurait envie de manger pendant le trajet.
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Définitivement partis, nous roulons sur une route toute neuve. Au passage quelques clichés qu’il est toujours facile de rappeler : un bus surchargé, une vitesse emballée, un usage de klaxon intempestif, un rétroviseur accroché. Sur la route, une multitude de gens marchent, font du stop, des bestioles sont chargées de 2m de haut de paille ; on distingue subtilement la tête d’un âne.
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Dans les villes et villages de passage, les taxis et minibus d’Addis sont remplacés par des charrettes tirées par un cheval.
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Nat vit ce trajet avec beaucoup de décontraction. Lui d’ordinaire un peu timide et contemplatif entre dans cette communauté temporaire et parle un peu avec tout le monde. On commence à connaître quelques mots d’amharique et les gens parlent parfois anglais. Je suis nettement moins vaillante. J’ai un coup de blues aujourd’hui. Je pense à ma famille, à mes amis, à la vie à Paris et notre quotidien si différent ici.
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La séparation avec Azeb, Mulugeta, Milisha, m’a fait prendre conscience qu’on devra souvent s’arracher aux gens qu’on aime. C’est le côté douloureux du voyage. Cependant ces huit heures de bus valaient d’être vécues. Peu après être partis, un mec assez jeune commence à effeuiller des branches de khat pour le chauffeur. Ça me rappelle un écriteau posé dans un bus au Maroc : « j’arrive, inch’allah ». Peu de temps après, Nazib arrête son bus sur le bord de la route. La moitié du bus descend et fait ses munitions… de khat. Les branches sont placées à l’avant, puis distribuées tranquillement au fur et à mesure que les passagers le demandent. On se retrouve donc dans un car de ruminants aux yeux rouges. À part le jeune mec du départ qui est un peu excité, tout le monde est plutôt cool, perché dans son monde. Azib a pris ce qu’il fallait pour conduire non-stop pendant huit heures. Il en oublie du coup les arrêts pipi ! Il roule super vite sur la route, puis sur la piste - car la route a une fin à un moment donné en Ethiopie.
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À bord, les gens nous expliquent que khater dans le bus rend le voyage bien plus agréable, et nous vendent la vertue stimulante de la plante. D’ailleurs, Nazib roule très vite, mais reste très concentré. Nous n’avons pas encore essayé le khat, mais nous confirmons que les transports en bus sont longs et inconfortables ! Aller, un peu de bougeotte pour nos petits Parisiens ne fait pas de mal. Nous arrivons à 11h du soir, à l’heure européenne, près d’une demi-journée plus tard… que l’heure éthiopienne.