Éthiopie : succès au démarrage pour le premier café certifié Rainforest Alliance
Reportage paru sur Novéthic
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RAINFOREST ALLIANCE – CERTIFIED. Cousue sur les combinaisons des fermiers, la grenouille verte de l’ONG environnementale américaine certifie que les producteurs de café respectent l’environnement et leur apporte l’espoir d’une vie meilleure.
Visite du premier groupe de fermes d’Afrique de l’Est certifié Rainforest Alliance, à Jimma, dans le Sud-Ouest de l’Ethiopie.
La route qui part de la ville de Jima et traverse les plantations de café du pays Oromo n’est pas une piste, mais une belle route goudronnée. De part et d’autres, une végétation luxuriante laisse entrevoir de petites maisons traditionnelles en pisé. Entre les voitures, le bétail et des ribambelles d’enfants de tous âges, des hommes chaussés de bottes en plastique orange et de combinaisons vertes semblent affairés. Nous sommes au cœur d’une mana, association de 27 000 fermes, réparties en 21 villages de 1000 à 2000 unités de production, dont certaines viennent d’être certifiées par Rainforest Alliance. « Lorsque nous avons entamé le processus de certification en 2005, seules 678 des fermes de la mana avaient accepté de jouer le jeu, précise Abdu Latif, coordinateur du projet pour Rainforest Alliance à Jima. Les gens étaient méfiants et ne voyaient pas très bien ce qu’ils avaient à y gagner. Aujourd’hui ils commencent à mieux comprendre le principe et à percevoir les premiers bénéfices. En 2006, 1994 fermes ont été certifiées. »
L’idée d’une certification pour le café de Jima n’est pas venue des producteurs, mais des négociants. La mana éthiopienne vend son café à un exportateur, Ask International, qui le revend ensuite à Effico, un important acheteur belge. Sur un marché de plus en plus exigeant en terme de responsabilité sociale des entreprises, les deux acheteurs ont décidé d’améliorer la qualité environnementale les fermes et d’en faire un argument commercial par le biais de la certification Rainforest Alliance. Née à New York il y a presque 20 ans, cette ONG a développé au sein du Sustainable Agriculture Network (SAN), une coalition d’organisations indépendantes engagées dans la préservation de l’Amérique Latine, une série de critères permettant de garantir qu’une ferme, une forêt ou un tour opérateur touristique respecte l’environnement. Après une première certification de bananes au Costa Rica en 1994, Rainforest Alliance a certifié du café au Guatemala, au Nicaragua puis dans différents pays d’Amérique latine. Aujourd’hui, le SAN a décidé de s’ouvrir à de nouvelles régions et Rainforest Alliance étend son modèle à des cultures de bananes aux Philippines ou de noix de coco en Côte d’Ivoire. La certification de la mana de Jima en Éthiopie est une première pour l’ONG américaine en Afrique de l’Est. L’expérience devrait être reconduite dans une autre mana de la région de Jima, dans le Sidamo plus au nord de l’Ethiopie, puis au Kenya.
La certification du café de Jimma a commencé en 2005 et se déroule en trois ans. D’abord, un audit minutieux a été effectué par une équipe de Rainforest Alliance sur une sélection des fermes candidates, puis des contrôles ont lieu chaque année. « Pour qu’une ferme soit certifiée, explique Tom Divney, responsable technique de l’agriculture durable à Rainforest Alliance, il faut qu’elle respecte un certain nombre de critères incontournables, parmi lesquels la préservation de l’environnement et de la biodiversité, le traitement des déchets et des eaux usées ou l’utilisation contrôlée et avisée de pesticides. Lorsque ces critères sont respectés, nous certifions la ferme dans son ensemble, même si toute la production n’est pas liée au café ». Dans les fermes de Jimma, les investissements de ASK International et les modes de production restés traditionnels ont permis aux fermes de correspondre déjà en partie à ces critères. En revanche, l’organisation des fermes, les processus de décision et de circulation de l’information ont dû être modifiés. « Nous considérons ces fermes comme de petites entreprises, reprends Tom Divney. Nous leur apportons un savoir-faire en termes de management et de gestion des ressources. C’est un cercle vertueux : en améliorant leurs pratiques, les fermes peuvent dégager de meilleures marges sur la vente de leur café et gagner plus d’argent. Ce bénéfice leur permet d’investir et d’améliorer à nouveau leurs pratiques. » Une démarche nécessaire pour améliorer la qualité et le rendement du café sans nuire à l’environnement : en Ethiopie comme dans de nombreux pays en voie de développement, la nature est trop souvent abîmée par la recherche du profit immédiat. « Cependant nous n’imposons pas de prix minimum de vente comme dans le cadre du commerce équitable, explique Suffian Mahdi, directeur du management d’Ask International à Addis Abeba. Nous souhaitons que le café reste concurrentiel. Mais nous parions sur le fait que la certification augmente la valeur du café sur le marché ». D’autant qu’à ces revenus liés directement à la vente du café s’ajoute l’obtention d’un « premium », sorte de prime de fin d’année. Cette somme, calculée en fonction du volume de café vendu, est reversée par Effico via Ask international aux producteurs. Les représentants des fermes certifiées se réunissent alors pour décider de l’attribution de cette enveloppe selon un processus démocratique, et en fonction de la production de chacun. En 2006, 300 000 birrs (26 000 euros) ont été reversés, de quoi permettre aux agriculteurs d’acheter de nouvelles tenues de travail et de remplacer les outils vétustes. Et de donner une nouvelle raison aux agriculteurs de respecter l’environnement.
Gaëlle Bohé à Jima, Ethiopie pour Novéthic (www.novethic.fr)