"Le projet..."



Planisphère

on est là... + d'infos sur Yahoo!

On est ici...

Samedi 10 mars 2007 Précédent

Enjeux environnementaux en Ethiopie

Reportage paru sur Novéthic
-
L’Ethiopie surprend, tant sa géographie ne correspond pas à l’image que l’on s’en fait communément. Considéré à juste titre comme le grenier de l’Afrique, le pays est largement pourvu de lacs et de rivières, la présence de hauts plateaux lui confère un climat tempéré, et la jungle accueille une nature généreuse. Cependant, avec un indice de développement de 170, l’Ethiopie reçoit le triste record d’être 7e pays le plus pauvre de la planète. Entourée par l’Erythrée au nord, le Soudan à l’Ouest, le Kenya au sud où perdurent des guerres tribales et Djibouti et la Somalie à l’Est, le pays doit constamment défendre ses frontières. Ces conflits, ajoutés à « la démocratie », la corruption et la répression qui persisteraient dans le pays, mobilisent une grande partie des capitaux et découragent la venue d’investisseurs étrangers.


BIODIVERSITE
Grâce à sa topologie mouvementée et à son importante diversité climatique, l’Ethiopie accueille 242 mammifères terrestres (dont 28 sont endémiques), 850 espèces ornithologiques (répertoriées à ce jour) et une extraordinaire diversité florale qui n’a encore fait l’objet d’aucun étude exhaustive. Si cette biodiversité est protégée par une dizaine de parcs nationaux et par trois sanctuaires, elle reste néanmoins fragile au vu de la situation politique et économique du pays. L’ampleur de la déforestation et le braconnage intensif mené lors des périodes de famine nuisent au développement et à la conservation de cette biodiversité.


DEFORESTATION
La préservation des forêts est l’enjeu environnemental majeur du pays aujourd’hui. Selon l’Autorité de Protection de l’Environnement en Ethiopie, 77% des forêts éthiopiennes ont été décimées au cours de ces 25 dernières années pour répondre aux besoins de combustible et de bois de construction de la population. Si l’on ajoute la déforestation provoquée par l’augmentation des espaces agricoles et de paçage, c’est 90 % de la forêt primaire qui a disparu. La couverture forestière est alors passée en un demi-siècle de 40 % de la surface du pays à seulement 2,7 %. Pourtant ce problème n’est pas nouveau. À la fin du XIXe siècle, l’Ethiopie avait souhaité remédier à une déforestation qui touchait déjà plus de 150 000 hectares de forêt par an et avait introduit l’eucalyptus d’Australie, une espèce reconnue pour son développement très rapide. Pourtant, ces longs arbres feuillus devenus caractéristiques des paysages éthiopiens ont un effet négatif sur l’environnement. La faune endémique les apprécie peu, et leur important besoin en eau empêche toute autre végétation de se développer autour de leurs racines. Aussi, pour assurer un meilleur équilibre naturel, les actions (encore sporadiques) de reboisement tentent de miser sur la diversité des espèces et la recolonisation des espèces autochtones. Mais ce sera sans compter les besoins exponentiels d’un pays en forte croissance démographique : la population a presque quadruplé au siècle dernier.


SANTE
L’Éthiopie possède un des services de santé les plus faibles au monde. Moins de 46 % de la population a accès aux soins ; le pays compte seulement un lit pour 43 000 personnes en hôpital et un médecin pour 31 000 personnes (1 pour 320 en France). Dans les zones reculées, seuls les programmes sanitaires des organisations internationales (Croix Rouge, Médecins Sans Frontières) et les missions religieuses fournissent les soins de base. Cette pénurie explique la survivance des médecines traditionnelles et des diverses croyances. Le Sida, apparu en 1984 en Ethiopie, aurait provoqué 30 % des décès chez les adultes en 2003. Interdite depuis l’an dernier, l’excision est encore très répandue dans le pays et provoque de nombreuses complications médicales. La persistance des famines, dont la dernière marquante remonte à 1984, sont essentiellement dues aux climats arides du nord et de l’est du pays et à une mauvaise gestion des ressources hydrauliques. Aussi, seule 21 % de la population a accès à l’eau potable, et dispose de sanitaires adéquats.


DEVELOPPEMENT
L’Ethiopie jouit sur les hauts plateaux d’un climat tempéré et d’une forte richesse hydraulique, ce qui lui permet d’obtenir 82 millions d’hectares de terres cultivables, soit les deux tiers de sa superficie. Cependant, la productivité de la terre, de la main-d’œuvre, des cultures et de l’élevage reste extrêmement faible. Seules 5 % des terres sont cultivées de manière intensive ; la quasi-totalité des parcelles appartient à de petits propriétaires qui utilisent les méthodes traditionnelles (un araire attelé à des bœufs) pour récolter une production de subsistance. Également, le cheptel animal composé de bovins, d’ovin et de caprins, mais aussi d’ânes et de chameaux pour les transports, est le plus élevé d’Afrique.
Centrale dans l’économique du pays, l’agriculture occupe 85 % de la population, représente 95 % des exportations (essentiellement grâce au café) et 48 % du PNB. Les services occupent une part importante de l’activité commerciale (37 % du PNB), quant à l’industrie, elle reste marginale (10 % du PNB) et ne concerne que les produits liés à l’alimentation et au textile. Ainsi, avec un PNB de près de 120 $ par habitant, 28 millions d’Éthiopiens, soit la moitié de la population, vivent sous le seuil de la pauvreté absolue ; l’Ethiopie reste alors foretement dépendante des aides internationales. Enfin, le faible taux d’alphabétisation (42,70 %) et la fuite des cerveaux vers l’occident entraîne un pénurie de main-d’oeuvre qualifiée, nécessaire pour satisfaire les besoins constants de développement du pays.


Gaëlle Bohé, à Addis Abeba, Ethiopie pour Novéthic (www.novethic.fr)


Sources : CRDI, Banque mondiale de développement, Autorité de protection de l’environnement de l’Ethiopie, ACDI.

TOP