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Mercredi 19 septembre 2007 Précédent

Reine des… (Cotacachi)

On appelle en milieu de journée une agence de « tourisme durable » qui organise des séjours dans des communautés indigènes des environs. p1050783.JPGL’objectif est de faire profiter les villageois du tourisme et de l’apport de devises qu’attire la région.
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Un homme vient nous chercher dans l’après-midi pour nous déposer à quelques kilomètres de là, devant une maison en parpaing. On sonne : une dame vient nous ouvrir sous le regard curieux de trois petites filles. Elle nous présente sa maison et nous montre notre chambre. Tout est décoré avec beaucoup d’attention. On regarde le livre d’or : bizarre, il n’y a eu personne ici depuis plusieurs mois.
p1050715.JPG Le temps d’une balade dans les environs avec Jorge, le frère de Rosa, on comprend ce qu’il s’est passé. La mère, qui tenait la chambre d’hôte, est décédée il y a deux mois. Les fils sont rentrés au plus de vite de République dominicaine, où ils étaient partis en quête de revenus meilleurs. On estime que plus d’un tiers des Équatoriens vit à l’étranger et représente la deuxième source de revenus du pays après le pétrole. Jorge a ainsi passé deux ans entre la Hollande et la France, jusqu’à son expulsion de France faute de papiers en règle. Il était triste de partir de France : là-bas, il gagnait environ 70 € par semaine en jouant de la musique dans les fêtes, contre 20 $ ici. Aujourd’hui, c’est sa tante qui a repris l’activité, aidée par ses neveux.
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p1050701.JPG Jorge nous montre les maisons de ses frères et sœurs, qui sont elles aussi en construction. Les gens ici construisent la partie principale de leur maison, et attendent d’avoir de l’argent pour construire des pièces supplémentaires, des étages, des dépendances. Les maisons ne sont donc jamais totalement terminées, mais comme les parcours personnels : toujours en devenir. L’autre raison de ce chantier géant serait liée au blanchiment d’argent Colombien. Depuis que l’Equateur a adopter le dollar, les trafiquants de drogues peuvent ici blanchir l’argent sans être trop inquiétés.
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Toute la famille est adorable. Le courant passe tout de suite, avec beaucoup de naturel. On aide à donner à manger aux moutons, aux poules et aux cochons d’inde (des cuyes, prononcez couilles. Ça se mange ici!) et on dine un délicieux poulet-riz préparé par Rosa.
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Ce soir, on va à la fête de Cotacachi, le village voisin. Jorge et son frère Hector nous accompagnent d’un coup de voiture. C’est la fête de la cour. Sur la place près de la station-service, une scène en bois est entourée de gradins. Un concert va commencer… non : c’est la danse des reines. Trois jeunes filles en robe de bal et diadème apparaissent sur la piste. Au même moment trois crooners prennent le micro et chantent pour faire danser les trois grâces avec les notables du village. Mythique !
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Dans le public, les parents et les enfants mangent des glaces, des barbes à papa et boivent de la chucha, un alcool local très, trop fort. Au retour, on croise des gens saouls comme des barriques. On a souvent vu des gens saouls, mais à ce point ! Un mec essaie en vain de monter sur son vélo, l’autre s’est endormi sur le bas-côté, d’autres tiennent à peine debout. L’alcoolisme semble être un réel problème ici. Selon nos sources, les Espagnols agissaient avec les indigènes comme les Américains avec les indiens : en favorisant leur consommation d’alcool pour les tenir tranquilles. C’est un drame de voir tous ces gens aux visages chargés d’histoire, mais au regard vide.
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p1050757.JPG On se réveille le lendemain avec un petit-déjeuner. Jorge nous accompagne à pied visiter Cotacachi en plein jour. Il reste encore sur la route quelques épaves bourrées de la veille.
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Cotacachi est la ville du cuir : sur une rue entière, des magasins proposent vestes, ceintures et autres productions de plus ou moins bon goût en cuir de vachette. Au loin, les policiers barrent la rue. Hier c’était le bal, mais aujourd’hui c’est la fête de Cotacachi, nous dit Jorge. La semaine dernière c’était la fête del yamor à Otavalo, la semaine prochaine on fête la fin de la production du maïs. Mais ils font la fête tout le temps ces gens-là !
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On s’assied sur le trottoir, au milieu des cotacachites. Autour de nous toutes les familles, des plus jeunes au plus âgées continuent de se gaver de crèmes glacées et de sucreries. Après une petite dizaine de minutes arrive la tête du défilé : le maire, entouré de quelques personnes importantes, bustes droits et regard assuré. Le maire est connu car c’est l’un des premiers représentants indiens élus ayant beaucoup œuvré pour la cause indienne.

p1050790.JPGSuivent les pompiers, sur leur gros camion égayé par la Reine que l’on avait vue danser hier. La belle salue la foule d’une main leste et lance des fleurs aux garçons et aux jeunes filles. Puis s’étire un long défilé de danses traditionnelles, où toute la culture du pays est signifiée. La culture Otavalienne, mais aussi celles de la côte, de l’Amazonie, et même des autres pays andins comme le Pérou ou la Bolivie. Les tableaux sont chaque fois présentés par une reine différente : la reine de l’école, la reine du village, la reine des sports… Le carnaval se finit sur un homme saoul : non, décidément, rien n’a été oublié.

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