"Le projet..."



Planisphère

on est là... + d'infos sur Yahoo!

On est ici...

Samedi 22 septembre 2007 Précédent

Musique à Quito

On fait un saut à l’Alliance française pour prendre des renseignements sur les groupes de musique quiténiens. Au fond de la médiathèque, enfoui dans une grotte de disques et de films, on nous présente Hernan. Quel phénomène !
p1060495.JPG Hernan est un métis équatorien passionné de musique. Musicologue, il produit des groupes locaux, écrit dans des revues spécialisées, organise des concerts et des fêtes de la musique. On a à peine fini de lui expliquer notre projet qu’il nous fait entrer dans une valse de disques, de pochettes et de rythmes. Derrière son comptoir, il jongle entre ses disques préférés, ceux qui marchent en ce moment, ceux qui devraient émerger. Les CD s’enchaînent sur la platine aussi vite que dans son esprit excité. Il y a ici un important courant de Heavy Metal. Des groupes « dark » ou « trash » du monde entier viennent se produire et reçoivent un accueil survolté.
-
Encore déboussolés de cette rencontre, on sort avec Christian, qui ce soir n’a ni femme ni enfant. On passe par le Guapulo, un quartier de Quito adorable, joliment réaménagé avec ses rues pavées et ses petits bars, en contrebas de la faille. Juste au-dessus, chose étonnante, les immeubles les plus hauts de Quito s’alignent en rang d’oignons au bord de la falaise, sur la faille sismique la plus instable du pays. Un énorme tremblement de terre vient d’avoir lieu au Pérou, un autre au nord de l’Equateur. Les Andes vivent au rythme des volcans et des plaques tectoniques. Mais l’argent rapide et les transactions immobilières prennent vite le dessus. On va dîner au Pobre Diablo, café-concert qui propose une des meilleures sélections de jazz de la ville, pour aller ensuite danser dans une boite à salsa. Danser ? Les gens semblent avoir ça dans le sang, ils sont tellement beaux à voir et cette danse si sensuelle qu’on reste scotchés au bar avec nos caïpirinhia. C’est décidé, après les cours d’Espagnol, on fera des cours de salsa !
Et on s’endort sans avoir transpiré, dur dur.
-
Du coup j’ai un peu la gueule de bois ce matin (la Chuchaki, comme on dit ici). Ça tombe mal, on a rendez-vous avec Hernan pour interviewer des artistes de heavy metal qui donnent un concert en centre-ville. Sur fond de chuchaki, c’est un supplice auditif !
-

p1060514.JPGOn va d’abord assister au concert Génération Musique qu’organise l’Alliance Française. L’Alliance aide les jeunes groupes à démarrer en leur proposant une scène ouverte. Des promeneurs, des familles et les copains des musiciens sont là pour les applaudir. Soudain, au dernier morceau d’un groupe un peu énervé, tous les ados se mettent à courir en cercle devant la scène, en envoyant des coups de pieds et des coups de poing tout azimut. On reste bouche bée : quelle énergie, c’est génial ! Hernan sourit en voyant notre étonnement : « ils sont timides. Attendez Curare, vous allez voir ».
-
p1060546.JPG On descend vers la place Santo Domingo par les ruelles de la vieille ville. Comme chaque dimanche, le centre historique est fermée aux voiture pour laisser la place aux familles et aux vélos. Pendant longtemps, ce quartier était réputé pour être un véritable coupe-gorge. Même les quitanais n’osaient s’y aventurer. Les quartiers populaires attenants régnaient sur les rues nuits et jours, pour faire du business et dépouiller les touristes venus admirer les bâtiments coloniaux. Mais les habitants et la mairie en ont eu marre de ce hold-up, et ont décidé de nettoyer la ville. D’abord, la plupart des bâtiments ont été restaurés, et éclairés. Les rues sont surveillées de près par des policiers et des habitants réunis en collectifs. Enfin, de petits cafés, des restaus très sympas, ont ouvert leurs portes et créent une ambiance animée et conviviale. En deux ans, le quartier a changé de visage, pour le plus grand bonheur des quitanais. Bien sûr, la délinquance perdure, seulement un peu plus loin. Mais le réaménagement a eu raison du climat de terreur qui régnait sur cette partie de la ville, et le centre historique s’ouvre à nouveau au tourisme, ce qui peut être une source de développement pour de nombreuses familles.
-
p1060669.JPG Un dimanche par mois, des concerts ont lieu au cœur du quartier, sous le regard pieux de l’église Santo Domingo et de la vierge ailée. En t-shirt noir barré d’un A rouge, Jaime Guevara, authentique anarchiste et fervent admirateur de nos Brel, Brassens, Ferré et Bobby Lapointe, monte sur scène. Très connu en équateur, il est surtout très respecté par les différentes générations pour l’engagement de ses textes et sa personnalité à fleur de peau. Jaime est épileptique et ferait une dizaine de crises par jour – parfois sur scène. Mais sa foi, son esprit de dérision peuvent seuls lutter contre ce qui le rend malade, lorsqu’il brandit sa guitare et ses mots contre le pouvoir, l’orgueil et la bêtise.
-
On discute un peu avec Jaime, puis on improvise sur les marches de l’église une interview avec les musiciens de Curare. Ce groupe de Heavy Metal mélange le rock dur aux musiques traditionnelles équatoriennes. Les populations locales ont au début été choquées par ce mélange des genres et des époques. Pourtant, elles se réjouissent aujourd’hui de voir les jeunes connaître et aimer leurs chansons. Du coup Curare a gagné le respect de tout le pays, et il est étonnant de voir des gens si différents louer les mérites du groupe. Les cinq agneaux qui ont répondu avec calme et douceur à nos questions montent sur scène. Après un premier morceau avec Jaime Guevara, ils enchaînent leurs classiques. Énergique ! C’est toujours étonnant de voir les groupes les plus violents en aparté et sur scène. Les agneaux les plus doux deviennent de véritables lions enragés.

Mais le spectacle sur scène se nourrit de la folie du public. Dès les premiers morceaux, ce ne sont plus quelques ados qui entâment le « mosh », ce pogo circulaire que l’on a vu tout à l’heure. Mais une grosse cinquantaine de personnes ! Des garçons, des filles, lycéens ou jeunes adultes, aux looks étudiés, anarco-libertaires. Les coups de pieds, de poings pleuvent à tout va, dans un cri de délire hallucinant. Certains prennent le flot en contresens et en ressortent avec des bleus, du sang, et un sourire exalté. Les passants, les badauds, regardent la scène avec le sourire, sans jugement, heureux de l’énergie dégagée par la musique et la jeunesse. Des enfants gambadent. Quelle ouverture on n’en revient pas.

TOP