Le tourisme peut-il sauver les Galapagos ?
Reportage.
Les Galápagos ont été désignées « patrimoine mondial en péril » en juin dernier par l’UNESCO. Avec plus de 100 000 visiteurs par an, l’industrie du tourisme est pointée du doigt. Pourtant, les devises qu’elle génère et la curiosité naturelle des touristes lui donnent l’opportunité d’agir de manière positive.
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En participant au réchauffement climatique et à la dégradation de la planète, l’industrie du tourisme pourrait provoquer son propre déclin. Avec 842 millions de voyages dans le monde en 2006, le tourisme serait responsable, selon l’organisation mondiale du tourisme, de 4 à 6 % des gaz à effets de serre. Le pétrole utilisé pour les transports, les besoins supplémentaires d’eau et de produits de consommation courante, ainsi que les infrastructures nécessaires à l’accueil des visiteurs ont un effet notable sur l’environnement. Si certains sites résistent ou mutent face à cette pression nouvelle, d’autres doivent être préservés pour conserver leur richesse et leur particularité.
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L’archipel des Galápagos est le premier site à avoir été désigné « patrimoine mondial de l’humanité » par l’UNESCO en 1978. Les 19 îles volcaniques équatoriennes, situées dans l’océan Pacifique à près de 1000 km de la côte sud-américaine, abritent des espèces protégées. Tortues géantes, fous à pattes bleues, iguanes terrestres et marins, crabes rouges, lions de mer ou cormorans, sur terre comme sous l’eau, la faune et la flore forment un exemple de biodiversité qui lui ont valu le titre supplémentaire de « réserve de biosphère » en 1984, puis de « réserve marine » en 2001. Pourtant, il y a seulement quelques mois, en juin 2007, les Galápagos ont obtenu l’inscription moins heureuse de « patrimoine mondiale en péril ».
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« L’archipel reçoit en moyenne 110 000 touristes par an. C’est un taux de fréquentation en hausse constante » explique Hernando Velasquez, président de l’agence de voyage Via Natura et directeur d’une fondation active au Galápagos, Terranova. « La population locale augmente parallèlement », ajoute Daniel Contag, directeur exécutif du Royal Palm Hotel, hôtel de luxe sur l’île de Santa Cruz. « Sans compter que sur les 15000 à 20 000 personnes qui vivent sur les trois îles principales, 5000 seraient en situation irrégulière ». Le tourisme, mais aussi l’immigration, le comportement des communautés locales et des pêcheurs, les changements climatiques et la prolifération d’espèces invasives viennent troubler l’équilibre ténu des îles.
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Avec cette nouvelle nomination, l’UNESCO a demandé au Parc National des Galápagos, structure créée en 1959 pour lutter contre la pêche illégale et contrôler l’introduction de nouvelles espèces, d’étudier la capacité d’accueil de chaque île, afin de mieux contrôler les déplacements touristiques. « Plusieurs mesures qualitatives et limitatives devraient être adoptées, explique Hernando Velasquez. Les bateaux autorisés à naviguer devraient être contrôlés chaque année, les croisières internationales pourraient n’être admises qu’une fois par an, et le prix d’entrée, déjà de 100$ par adulte étranger, pourrait être revu à la hausse ». Cette réduction du tourisme, dont on peut regretter la sélection par l’argent, doit désormais s’accompagner d’une amélioration qualitative des comportements dont les industries touristiques pourraient être moteur.
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L’ONG américaine Rainforest Alliance s’implique en faveur du développement durable dans plusieurs pays du monde. En Amérique du Sud, elle a mis en place le programme « tourisme durable » destiné à sensibiliser et accompagner les acteurs de l’industrie du tourisme aux enjeux environnementaux. Grâce au financement de la Banque Interaméricaine de Développement, du GEF (fond mondial environnemental), d’USAID, de la Citibank et d’Overbrook, Rainforest Alliance met en place des groupes de travail, offre une assistance technique et accompagne les entreprises dans leurs démarches jusqu’à l’obtention du label Smart Voyager. Cette certification équatorienne valide les efforts et les résultats obtenus sur les plans environnementaux et sociaux, avec notamment l’implication des communautés locales.
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« En tant qu’hôtel de luxe, nous pensons avoir un rôle à jouer, affirme Daniel Contag. Le Royal Palm Hotel a été construit dans un soucis d’adaptation au paysage et de respect de l’environnement. Nous avons mis en place un système de traitement des eaux et de recyclage de déchets, les bâtiments ont été étudiés pour mieux laisser filtrer la lumière du jour et nous avons reboisé le terrain avec des espèces endémiques. Toutes ces mesures nous ont permis d’obtenir en mars 2007 le label Smart Voyager. Bien sûr, cette certification n’a pas pour nous l’impact commercial que peut avoir notre élection parmi les Leading Small Hôtel of the World mais nous considérons, surtout ici aux Galápagos, que c’est un gage supplémentaire de qualité. »
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La certification Smart Voyager n’est pas réservée aux seuls hôtels. L’agence de voyage Via Natura, propriétaire du bateau Montserrat, est quant à elle en passe d’obtenir la labellisation. « Notre clientèle est principalement Britannique et Scandinave. Elle attache beaucoup d’importance au respect de l’environnement. Nous voudrions à terme travailler uniquement avec des partenaires labellisés, car nous faisons le pari que notre clientèle sera capable de payer un peu plus cher en échange de cet engagement ».
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Ces initiatives positives portent les germes d’une industrie du tourisme responsable. Encore isolées aujourd’hui, elles pourraient être amenées à se développer rapidement, sous la pression des instances internationales et de la conscience environnementale des visiteurs. Si le tourisme privilégié des Galápagos et les industries de tourisme haut de gamme n’illustrent pas le tourisme de masse, ces marges actives pourraient provoquer de nouvelles perspectives au tourisme mondial.