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Jeudi 20 septembre 2007 Précédent

Le tour de la lagune (Cuicocha)

La lagune de Cuicocha, installée dans le cratère d’un volcan aujourd’hui éteint, pourrait être un décor de cinéma. p1050802.JPGAu centre du lac parfaitement dessiné et d’un bleu profond, deux collines vertes et rondes pointent hors de l’eau. L’herbe rase de ces deux seins bombés laisse la place, à l’orée lac, à une ceinture d’herbes hautes et jaunes. Le contraste est si net que les collines semblent avoie été cousues sur un drap d’eau. Nat me parle d’un décor digne du film des Vikings avec Kirk Douglas et Tony Curtis … quizas, quizas, quizas.
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On arrive sur un parking. Quelques Equatoriens sont venus passer leur dimanche après-midi en famille au bord du lac. On monte par un petit sentier pour atteindre un restaurant panoramique, nommé très a propos El Mirador. Sur la gauche, quelques petites chambres de parpaings peints font face au lac. On s’installe, Nat va chercher le bois et fait partir un superbe feu.
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On bouquine dans le lit quand survient une détonation. Cette fois ce n’est pas un feu d’artifice ; pas de doute, ça vient d’une arme. Nat sort de la chambre (quel courage !), je jette un regard curieux protégée par son ombre.
Dehors, résonne un silence lourd.
Le restaurant est fermé.
Nous sommes les seuls clients de l’hôtel.
En contrebas, un lampadaire éclaire le parking désert. Halo jaune dans la nuit noire.
Plus un bruit, pas une ombre.
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On rentre dans la chambre, le coeur à cent à l’heure. On se recouche, on commence à se détendre quand un autre coup de feu retenti. On expire bruyamment pour chasser la peur. Sans un mot, on analyse chacun la situation et les pires éventualités.
Une voiture qui arrive sur le parking, puis repart.
Un troisième coup de feu. Un quatrième.
Puis plus rien.
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p1050810.JPG On se lève avec les premiers rayons du soleil, en oubliant la frayeur de la veille. On met dans un sac des sandwiches et de l’eau, et on part faire le tour de la lagune. Un hôtel propret, un peu plus loin, nous offre une première pause. Le chemin coupe ensuite à travers bois. On est partis dans le sens contraire. La balade est plus facile, mais du coup on a parfois du mal à se repérer. Pourtant le principe est simple : on tourne comme des dahus. Si la lagune n’est plus sur notre droite, c’est qu’on s’est perdus.
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On tourne autour du lac du matin au soir. On ne croise pas un chat, on est tous les deux seuls avec le volcan. Au détour d’un sentier, on aperçoit une femme en tenue d’Otavalo, assise sur un banc. Un peu derrière elle, perchées sur un rocher, deux autres otavaliennes nous fixent du regard. On s’approche, on s’assoit doucement sur le banc. Les trois sœurs font cette balade pour la première fois, et sont parties un peu tard en oubliant de prévoir de l’eau. Elles sont épuisées, et surtout assoiffées. Ça tombe bien, il nous reste une bouteille pleine à ras bord : elles étaient tellement contentes qu’on a dû leur apparaître comme deux anges ! On leur laisse suffisamment d’eau pour finir leur route, mais on est un peu inquiets: il est déjà trois heures, elles n’ont pas l’air bien rapides, et il leur reste un long chemin à faire.
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On continue la boucle pour rentrer, épuisés, à l’hotel. On croise le patron qui part à la chasse. En voyant son fusil, on se souvient des coups de feu d’hier.
“Vous n’avez pas entendu tirer cette nuit ?
- Ah si ! On aurait dû vous prévenir, c’est le gardien en bas qui tire en l’air pour faire fuir les gens saouls, lorsqu’ils viennent s’aventurer trop près du restaurant ou du lac.”

Tout s’explique !
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Je pose à peine les affaires dans la chambre que Nat vient me chercher en courant, avec le peu d’énergie qu’il lui reste. “Tu veux partir à la chasse ?”
On est sur les rotules mais pourquoi pas !
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On suit le beau-fils du patron, et sa carabine au manche en bois. Il n’y a pas que la carabine qui soit manche et qui soit en bois. Selon les catégories en vigueur, Jonathan serait plutôt ce qu’on a coutume d’appeler un mauvais chasseur. On part à travers champs poursuivre la tortola, une petit oiseau qui se déplace en bandes à la tombée de la nuit. On monte dans le champ du voisin, mais les tortolas ont entendu nos pas lourds et sont parties plus loin. On les suit en passant d’un champ à l’autre, en enjambant une barrière, en rampant sous les barbelés. Du vrai sport ! Jonathan nous fait écouter de la musique sur son téléphone portable, parle à haute voix et rit très fort. Nous aussi : on n’est pas prêts d’attraper une tortola ! Morts d’épuisement, on se décide à rentrer. Notre ami chasseur nous accompagne quand des tortolas s’approchent outrageusement de nous.
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On s’arrête, les sens en éveil. Le corps de Jonathan se tend, il avance sur la pointe des pieds dans le champ d’un jaune sombre. L’herbe sèche craquelle sous ses pas maîtrisés. Avec lui, on retient notre respiration. Les tortolas noires se distinguent de plus en plus nettement sur le ciel orangé de fin de journée. Jonathan arme, pointe, tire.
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On le rejoint, il semble désolé. Autour de lui, volètent encore quelques plumes, mais pas de tortola.
Maigre consolation : les mauvais chasseurs sont les meilleurs amis des animaux.

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