Îles de rêve (Galápagos)
Comme on n’a pas les moyens de s’offrir une croisière, ni peut-être l’envie de se faire materner pendant trois jours, on décide de s’organiser deux “days-trips” avant de passer trois jours sur la plus grande île de l’archipel, Isabela.
-
On se réveille à l’aube le samedi matin pour prendre le bateau pour Floreana, une île au sud des Galápagos. En sortant de l’hôtel, on est surpris du calme qui règne autour de nous. Il est 7 heures du matin, mais tout de même ! Un taxi ensommeillé passe sur la ruelle de sable clair. On lui demande à tout hasard qu’elle heure il est. Cinq heures du matin. Arggg ! Nat ! Tu t’es planté dans le réveil. T’as intérêt à courir vite car si je t’attrape…
-
Après un petit rab de nuit, on se réveille à nouveau. Même route de sable, même taxi, mais cette fois Santa Cruz est sortie du sommeil… et nous aussi. On monte sur le bateau. C’est un petit hors-bord muni de deux énormes moteurs à l’arrière. Pas super écolo, dis-moi ; ça les rend pas nerveux les poissons tant de bruit ?
-
On finit par arriver sur l’île de Floreana.. Bien que situées sur l’équateur, les Galápagos sont traversées à cette période par les courants froids qui descendent du Canada. Pas surprenant alors qu’on soit accueillis par des lions de mer, alanguis pour se réchauffer sur le béton du port. L’île est déserte. Seule une caserne et une poignée de maisons habitent les lieux. On monte sur la colline entre les forêts primaires et les plantations de bananes, pour partir à la rencontre des tortues. On les trouve sous le soleil, patiemment occupées à manger leurs salades. Je n’arrive pas à m’habituer à leur regard. Quel flegme, quelle laideur ! Et pourtant elles sont fascinantes, si primaires, si préhistoriques.
-
Mais ça y est, on prend le bateau pour aller faire du snorkeling. On chausse les palmes, masques et tuba et surtout la combinaison, et on se jette dans l’eau glacée. Le voyage, c’est du sport !
-
À peine avons-nous mis la tête sous l’eau qu’apparaît un autre monde. Des bancs de poissons de toutes les tailles et de toutes les couleurs nagent au-dessous de nous. Deux lions de mer passent comme deux ombres au ras de l’eau. Une raie manta glisse sur le sable blanc. Le guide nous propose de faire le tour de la Nariz del Diablo, un rocher à deux cornes posté au milieu de l’eau. Je suis si frigorifiée que je ne quitte pas Nat d’une palme. Mon corps se raidit, déjà mes doigts ne peuvent plus bouger. J’ai l’impression que je vais couler sur place, comme une pierre qui ne répond plus de rien. Nat ne vaut pas mieux à ce moment-là mais on est tellement fascinés par les fonds sous-marins qu’on résiste jusqu’au bout.
-
On remonte sur le bateau pour aller replonger un peu plus loin. On est seulement trois pelés à oser remettre le nez dans l’eau, tout le monde grelotte sur le bateau. On s’éloigne un peu quand un lion de mer vient se planter face à nous. Échange de regards. Il nous fixe de ses grands yeux bleus pendant de longues secondes. On se redresse, pas du tout rassurés, et on éclate d’un rire nerveux. Le guide nous avait prévenu que les mères protégeaient le secteur pour leurs petits. Difficile de lire dans le regard d’un lion ; on ne sait pas trop s’il est bienveillant ou s’il veut nous faire la peau. Le lion s’avance encore et nous fonce dessus, pour nous éviter au dernier moment. On fait tous les trois un sursaut électrique. Il revient à la charge, nous évite à nouveau, on se détend. Il veut seulement jouer !
-
On reste plusieurs dizaines de minutes à faire de pirouettes avec notre ami le lion, super émus. Il nous tourne autour, nous regarde de ses yeux malicieux, nous fonce dessus et glisse autour de nous avec agilité. On ne peut plus bouger, on est ébahis. Tellement heureux qu’on n’arrête pas de rire, et qu’on finit par boire une sacrée tasse (verdict : l’eau du Pacifique est bien moins salée que celle de Méditerranée !)
-
On rentre à Puerto Ayora pour repartir le lendemain matin sur Bartolomé, une île du nord des Galápagos. C’est l’île la plus récente de l’archipel, créée à partir d’explosions volcaniques. Nous sommes sur une plaque tectonique qui avance chaque année de cinq centimètres pour se glisser sous l’Amérique du sud. C est ce mouvement qui fait trembler les Andes, cracher les volcans, et qui découvre dans le Pacifique de petites îles de lave pour créer les Galápagos.
-
Le bateau jette l’ancre dans une crique vert d’eau, à côté d’un cratère sous-marin qui dessine près de nous son cercle parfait. La dernière explosion de Bartolomé date de 2005. Sous nos pieds, la pierre est légère et friable et la lave en séchant dessine des vaguelettes régulières, qui font penser a une montagne de crème chantilly. Et comme pour parfaire ce paysage idyllique, la fine bande de terre qui sépare les deux cratères principaux nous dévoile sans pudeur ses deux plages de sable blanc qui se tiennent dos à dos.
-
D’un côté de la plage, des requins longent la côte. Carnivores, ils sont ici inoffensifs pour l’homme, car ils trouvent dans les fonds tout ce qui leur faut pour être bien rassasiés. Néanmoins, on se baigne sur la plage opposée. Là encore, la nature est généreuse et nous dévoile une vieille tortue d’eau en train de nager la brasse, des bancs de poissons de toutes les couleurs, un serpent de mer, un… ah non, ça c’est une mama équatorienne ! Pardon madame.
-
Le bateau reprend la route sur le Pacifique, par une houle et un vent terrible. Le bateau roule beaucoup et on change vite de couleur. Nat reste sur le pont, concentré face à la mer, et je ne sais pas quelle magie je m’endors.
-
On arrive à bon port, mais on ne fait pas les malins. Demain, il nous faudra à nouveau trois heures de bateau pour rejoindre Isabela.