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Lundi 8 octobre 2007 Précédent

Douce Isabela (Galápagos)

C’est dans un boucan insupportable, proche de celui d’un train qui tente en gare de perdre de la vitesse sur ses freins rouillés, que nous subissons les trois heures de mer qui nous séparent de l’île d’Isabela.
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p1070796.JPG Derrière nous, bien décidés à couvrir le tonnerre des deux moteurs à hélice, le capitaine et son marin hurlent pour se faire entendre. Seule la vision devant nous d’une mère et sa fille, toutes les deux blondinettes aux grands yeux bleus, apporte un peu de douceur dans cet enfer de décibels. La gamine joue et rit comme si de rien n’était, toute heureuse d’être sur ce bateau, avec sa maman comme chaperon et meilleure amie.
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Après avoir réparé par deux fois leurs moteurs hors d’âge, les deux gredins qui mènent cette barque épouvantable tentent de perdre un raccourci, et éclatent le fond de cale sur les rochers de lave. Une fois encore, c’est la nature qui vient réparer la bêtise des hommes par son inhérente poésie. L’eau devient calme. Un lion de mer badine au soleil, sur la peinture écaille d’une barque verte. Des frégates tournent autour d’un petit bateau de pêche qui entre au port. Seul un bourdonnement persistant dans les oreilles et un léger mal au coeur nous rappelle le supplice de cette traversée. L’air est frais, presque froid, et le silence se fait.
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p1070841.JPGEst-ce, sur l’île la plus à l’ouest des Galápagos, le sentiment d’être au bout du monde ? Ou le sable fin et blanc qui glisse sous nos pieds ? Ou cette forêt de petites barques vertes qui clapotent devant le ponton ? On se sent tout de suite détendus, heureux d’échapper à l’activité de Santa Cruz et de ressentir pleinement ce contact privilégié avec la nature.
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On part le lendemain matin avec Corinne, sa fille Mélodie, un autre couple et leur grand-mère au volcan de la Sierra Negra, un immense cratère de lave noire - bouche fumante d’un volcan encore actif. On fait le chemin d’approche à cheval. Ni Nat ni moi ne sommes très à l’aise au dos de ces animaux. Nat en Afrique du Sud était même tombé quand son cheval était parti au trot. Je demande le plus rosse et le plus bourru des chevaux. On me donne un beau cheval blanc, haut et fier.
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p1070641.JPG Je monte dessus mais très vite, je ne suis pas du tout rassurée. Il semble nerveux, incontrôlable. Je résiste quelques kilomètres, puis préfère finir la route à pieds.
Je pars un peu en avant et profite d’être seule pour écouter le silence du volcan. C’est le plus grand cratère du monde après celui du Ngorongoro en Tanzanie. Littéralement impressionnant. Pas un animal ne vit ici, aucune vie ne surgit de ces cailloux de lave. On distingue nettement les coulées des trois dernières explosions. La dernière date de 2006, et apparaît plus noire que les autres. À certains endroits, de petites cheminées de souffre émettent une fumée blanche. En approchant la main du sol, on sent la chaleur sortir de la terre. C’est impressionnant de sentir ce coeur qui bat sous p1070593.JPGnos pieds, cette terre vivante prête à se réveiller à chaque instant.
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Au retour, le propriétaire des chevaux me donne un autre canasson, et monte sur mon cheval blanc. La monture claire hennie, s’énerve, rue et fonce sans cesse dans les bosquets alentours. Le cheval s’énerve si bien que le caballero arrive à peine à le maîtriser. Je suis rassurée, ce n’est pas moi qui suis trouillarde et peureuse, mais bien ce cheval qui a, disons, du caractère !
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p1070743.JPG On se balade à la nuit tombée dans les ruelles de sable du petit village. Ici peu de voitures, seules quelques personnes, toujours les mêmes, qui chuchotent assis sur les bancs publics. Quiétude. On part le lendemain pour les Tintorerras, une île de lave rêche, sur laquelle pousse du lichen. Dans un petit canal formé par la roche, des requins font la sieste. D’un à deux mètres de long, ils ont le bout de la nageoire et de la queue blancs. C’est joli, un requin, quand c’est inoffensif !

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