Départ aux Galapagos
Guayaquil est à Quito ce que la nuit est au jour. Alors que la capitale, perchée sur les montagnes, vit le rythme qui convient aux régions arides et laborieuses, Guayaquil la cigale s’excite dans un mouvement incessant. À 79 km de la mer, dans la chaleur humide de l’estuaire du fleuve Guayas, la capitale économique de l’Equateur vit et s’étouffe dans le bruit continu des voitures et des bus enrhumés.
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On trouve un petit hôtel bon marché sur une avenue épuisante. En quelques minutes, un taxi nous dépose sur la 9 de octubre, l’artère principale du centre-ville. Ici les buildings font face aux buildings, on se croirait à New-York ou dans une quelconque grande ville américaine. La rue bordée de fast-foods et de firmes nationales se termine au bord du fleuve sur le Malecon. Cette promenade au bord du Guayas est le rendez-vous des familles, qui affluent de toute la ville pour manger une glace ou un hamburger-frites, devant l’eau calme du fleuve. Le Malecon se termine au nord sur une petite colline appelée Las Pinas. Le quartier, autrefois très pauvre et mal famé, a été réhabilité à la veille de l’an 2000 pour devenir une vitrine touristique de la ville. Fait louable, ni expulsion ni expropriation dans cette démarche. Les habitants d’origine ont pu conserver leurs maisons, maintenant joliment rénovées. Et chacun a pu profiter de “guayquilienios” pour faire marcher de petits commerces : cafés, restos, magasins d’artisanat. Mais la vitrine reste le fleuron de la boutique : un regard circulaire du haut de la colline sur l’ensemble de la ville fait apparaître les disparités entre ces quartiers fraîchement restaurés et le reste de la ville, qui continue de vivre dans la précarité.
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On quitte sans regret l’urbanisation bouillonnante de ce poumon économique pour atterrir sur l’île de Santa Cruz, au centre de l’archipel des Galápagos.
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L’avion finit sa course dans un paysage inattendu. Sous une chaleur sèche, des pierres volcaniques peinent à laisser apparaitre de la végétation. L’endroit est désertique, aride, inhabité. On récupère nos affaires, surpris, peut-être au fond de nous un peu déçus, et on prend un bus pour la seule ville de l’île, Puerto Ayora. Le bus nous dépose d’abord sur les rives d’un canal, que nous traversons en bateau. D’immenses oiseaux volent au-dessus de nous, et se jettent dans la mer la tête la première, en piqué. Le bruit du moteur n’entrave en rien leur jeu de pioche. Imposants, confiants, ils sont chez eux.
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Le bus traverse les hauteurs de l’île. Il pleut, les rares arbres blancs et nus laissent la place à des forêts touffues et verdoyantes. Puis à nouveau, le village de Puerto Ayora est sec et chaud. En une petite heure, on découvre une des principales particularités des Galápagos, son écosystème ténu, très localisé. C’est cette diversité qui crée la richesse de l’archipel. D’une rive à l’autre, et encore plus d’une île à l’autre, la faune et la flore sont différentes. Tout l’enjeu est d’éviter que les espèces d’une île viennent coloniser une autre, et troublent l’équilibre fragile entre les espèces.
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Arrivés à Puerto Ayora, la première chose que nous faisons après avoir posé nos affaires à l’hôtel est de changer nos billets d’avion. On avait prévu de rester cinq jours aux Galápagos. Mais l’endroit paraît si étrange, si différent de ce qu’on connaît qu’on n’hésite pas, on signe pour cinq de plus. On reste à Puerto Ayora le temps de réaliser un reportage sur les conséquences du tourisme sur les Galápagos. Si l’île n’a pas la beauté à laquelle on s’attendait, la rencontre avec les animaux est fantastique. Sur le marché aux poissons, une dizaine d’énormes pélicans dansent autour des étals pour grappiller les restes des poissons dépecés. C’est fascinant autant que surprenant, tout ce qu’ils sont capables de mettre dans leur bec et qu’ils vont avaler là, devant nous, cul sec !
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Sur la playa de la tortuga, on tombe nez à nez avec un énorme iguane. Aussi noir que la pierre volcanique, aussi escarpé que les rochers, il se fond entièrement dans son environnement. Comme disait Darwin : ce ne sont ni les plus intelligents ni les plus forts qui survivent, mais ceux qui savent le mieux s’adapter.
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Le corps de cette espèce de gros lézard semble avoir été rapiécé maintes fois. La peau de l’iguane mue zone après zone, ce qui donne l’impression d’un tissu en patchwork, aux carrés plus ou moins élimés.
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En avançant sur la plage on fait la rencontre d’un fou a pâtes bleues. Ses petites palmes azur sont si belles qu’elles semblent avoir été peintes. À ses pieds des crabes rouge sombre galopent sur les rochers. L’eau est clair, limpide et une raie manta sort de la pierre pour se laisser glisser sur les rochers. Magique.
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Enfin on va rendre visite aux Tortues de la fondation Darwin. Vue de près, ces animaux sont d’une laideur intenable. Ça y est, on sait ce qui a pu inspirer Spielberg dans la conception d’E.T. Malgré leur lenteur ces bêtes primaires, à la peau râpeuse et la figure oblongue sont inquiétantes. Elles ont le regard noir et éteint des animaux qui vivent trop longtemps. On dit bonjour à Lonesome George, dernier survivant d’une espèce aujourd’hui disparue. Les spécialistes de la fondation lui ont apporté la compagnie de quelques femelles d’une espèce voisine pour le pousser à se reproduire. Mais George refuse les plaisirs charnels et se complait dans sa singulière solitude.
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So sad.