Le bout du monde
C’est un Argentin bourru qui nous prend dans sa voiture jusqu’à Rio Grande. Mais la glace se brise vite et l’homme, accompagné de sa fille, s’avère franchement sympathique. -
On suit la Bahia Inutil, on traverse les immenses pleines de la terre de feu. Des guanacos, sortes de lamas sauvages, sautent les clôtures en bois en toute liberté. Quelques estancias (fermes détenues par de grands propriétaires terriens) sont entourées d’immenses champs, quelques chevaux racés broutent l’herbe brassée par le vent. Impossible de sortir de la voiture tant les rafales sont violentes. Les vagues forment des moutons dans la baie. Après plusieurs heures dans ce paysage désertique, où le ciel semble aussi infini que la terre, on arrive à Rio Grande. Sa prison d’abord, puis quelques routiers, des maisons aux volets arrachés par le vent. C’est bien le far-ouest ici ! Contre toute attente, le père et la fille nous apprennent qu’il y a beaucoup d’argent ici. Mais les gens préfèrent le clinquant : portable et voiture dernier cri, que leurs apparts qui tombent en ruine. Ce seraient des familles pauvres argentines qui viendraient s’installer dans cette zone franche créée par l’Etat pour développer le sud du pays et protéger les terres contre les velléités supposées du voisin Chilien.
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De là, on descend à Ushuaia. Des blocs de béton construits à la va-vite, la ville est loin d’être à la hauteur du rêve qu’elle suscite. Tout ici est marketé « Bout du monde » : musée du bout du monde, train du bout du monde, casquette du…) au point qu’on a finalement l’impression de se retrouver en plein cœur du monde… marchand ! D’autant que ce n’est pas le bout du monde, puisqu’on a la vue sur le canal de Beagle, et en face l’île Chilienne de Navarino.
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On décide donc d’aller voir ce qu’il y a plus loin que le bout du monde, et on se prépare pour une randonnée sur l’île d’en face, plus au sud côté Chilien, et contourner les fameuses Dientes de Navarino. Ce sera pour nous l’occasion de fêter tout en sud mon anniversaire et les 1 an de notre voyage ! Il s’en est passé des choses depuis notre départ en Ethiopie.
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On fait donc mille aller-retour de l’interminable avenida San Martin, et on arrive à peu près à l’heure pour le bateau. Mais le temps est mauvais (atroce, exécrable !?) au point que le port a dû fermer : nous partirons demain.
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Nous montons donc sur le petit bateau pneumatique qui doit nous faire traverser le terrible canal de Beagle, le 6 février, jour de mes 31 ans. Alors qu’on surfe au-dessus de vagues de plusieurs mètres de haut, qui semblent se replier sur elles-mêmes, je réalise que je vais passer mon anniversaire loin de ma famille et de mes amis, et je pleure toutes les larmes de mon corps. Nat explique aux deux chiliens qui sont avec nous, et semblent un peu inquiets, que si je pleure c’est normal, c’est mon anniversaire. Ils me regardent avec des points d’interrogation dans les yeux. Les conducteurs du bateau font de leur mieux pour bien prendre les vagues (on est quand même obligés de s’y prendre à deux fois tellement les rafales sont violentes) ; ils pensent que la chica francesa est morte de trouille (moi, peur sur un bateau ?!!)
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On profite finalement d’une accalmie (cad 200 km/h de vent au lieu de 250 ??) et on passe sur l’île d’en face. Il fait un froid de canard et ce n’est pas de la pluie qui tombe, mais de la neige (en plein été !! Même ici ils avaient rarement vu ça… On croit marcher sur la tête !), et on fête mon anniversaire dans le seul restaurant qu’on ait trouvé, une auberge à plat unique (soupe + pates + frites + coca-cola) en compagnie de deux chiliens, d’un serveur débile léger, d’un homme du village complètement saoul et le plus près possible du poêle !
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On part finalement le lendemain pour marcher autour des Dientes de Navarino, mais la neige et le froid ont raison de nous. Le marquage du sentier a disparu sous la neige, on se trompe de chemin un fois, deux fois, puis quand Nat nous fait une glissade sur 10 mètres à flanc de montagne, on se décide à faire marche arrière.
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Mais on ne dit pas notre dernier mot pour autant : on repart le lendemain avec un couple de chilien très sympas (et super entraînés et équipés !). On marche toute la journée sous la pluie gelée, et on plante notre tente le soir près d’un lac. Nos vêtements sont mouillés, on n’a pas de chaussures de rechange, on mange un plat de pâtes transis de froids. On sait que notre tente ressemble plus à un jouet pour enfant qu’à une tente de compet, et que nos sacs de couchage, censés descendre à « extrême -15°C », risquent de ne pas faire l’affaire. En effet, la température est descendue bien en dessous de 0°C, et malgré la couverture de survie, on a cru mourir de froid ! Le lendemain, le temps reste nuageux et les températures sont toujours fraîches. Snif, on ne verra pas le Cap Horn, mais on est déjà contents que la montagne n’ait pas eu raison de nous.
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On fait un court séjour à Santiago avant de dire au-revoir (et à bientôt ?) à l’Amérique du sud et de voler pour la Nouvelle Zélande. Comme on a abandonné notre guide (cette histoire du bus, ça nous a vraiment mis en colère !), et qu’on arrive en pleine nuit, on réserve un hôtel trouvé sur internet. Forcément c’est un peu plus l’aventure : on trouve l’adresse mais rien n’indique que ce ne soit un hôtel. On sonne dans cette espèce de vieille demeure défraîchie, et une jeune fille descend et nous accompagne vers une chambre. Ce n’est pas particulièrement propre, les draps semblent avoir déjà été utilisés, un type est avachi devant la télé… on dirait un squat, non ? On prend quand même la chambre. J’ai du mal à dormir ; je ne suis pas rassurée. On apprend finalement que c’est un couple d’allemands qui sous-louent des chambres à la nuit ou au mois pour se faire un peu d’argent. Bon, c’est crade mais pas dangereux, ça va faire l’affaire !
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Après avoir visité uen des maisons de Pablo Neruda, on contacte une amie d’amie d’amie qui participe ici à un atelier d’écriture. On la rejoint à l’Université Catholique dans l’après-midi. Des hommes et femmes plus ou moins jeunes sont assis autour d’une table, et lisent à tour de rôle des contes ou des poésies qu’il a écrite sur un sujet suggéré. On ne comprend pas toutes les subtilités du langage, mais nous apprécions la musique des mots. C’est déjà un régal ! (Pour ceux qui parlent couramment espagnols et veulent lire des poèmes, voici les sites de quelques participants : www.tirso.cl ou www.culturaalalena.com)
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Avec une poignée d’entre eux, on va manger un bout à La Pouilleuse, un rade qui porte bien son nom : tout le monde est ivre à deux heures de l’après-midi, et sa drague et sa chante au milieu des barils !