"Le projet..."



Planisphère

on est là... + d'infos sur Yahoo!

On est ici...

Lundi 21 janvier 2008 Précédent

La Carretera Australe

On n’a pas d’idée où aller ; on suit les deux jeunes chiliens jusqu’à Cochrane sur la Carretera Australe, l’unique route qui descend vers le sud. -

p1120767.JPGLes rivières et les lacs ont des couleurs surnaturelles, des bleus pâles, des verts d’eau qui tirent vers le blanc, des gris d’or. On descend du bus ; on est quasiment tous seuls dans ce pâté de maisons de bois, loin de tout. La lumière est très forte, les journées semblent infinies. Seuls un homme à cheval et quelques routiers se déplacent dans un souffle d’air sur la place.
-
Pas grand-chose à faire dans ce village, perdu sur cette route qui ne mène nulle part ! La carte est formelle, nous sommes à l’avant-dernière ville de la Carretera, qui se termine après en cul-de-sac.
Pourtant, on se rend compte en discutant avec les rares personnes que l’on croise qu’il est possible de descendre encore plus au sud. On pourrait même passer la frontière avec l’Argentine en bateau, à condition de marcher une bonne vingtaine de kilomètres. Rien de simple, mais on est tout excités à l’idée de franchir les limites, de parcourir ces sentiers perdus de la Patagonie.
-
p1120787.JPG Comme tout n’est pas gratuit, encore moins au Chili, on commence donc par aller prendre des sous au distributeur, histoire de pouvoir payer le bateau. Manque de bol, le distributeur n’accepte pas notre carte, il va falloir attendre demain lundi. Enfin, si le guichet accepte la visa ! On reste une partie de la journée à émettre des hypothèses sur les solutions possibles. On n’a pas du tout envie de remonter chercher de l’argent à Cohaique, C’est décidé, on va passer par le sud. Quitte à dormir dehors. Quitte à attendre 5 jours. Quitte à faire du stop. Finalement, on apprend de source sûre que notre carte marchera demain : rassurés, on se prend un lit dans une auberge. Et on s’offre l’apéro !
-
Il est tard quand on arrive – enfin – à retirer quelques pesos. On monte dans le bus trihebdomadaire qui descend sur Villa O’Higgins. La route est de plus en plus sportive. L’occasion de rigoler un peu avec deux québécoises, Dominique et Noémie, Allan un américain et Valérie partie toute seule voyager. La route est sublime ; un chemin tracé dans les arbres le long de lacs et de rivières. L’eau est vert clair, laiteuse mais légère, et semble avoir été comme frappée pour donner cette texture opaque et aérienne très particulière. Les rivières sont grises, presque blanches, et l’eau s’écoule de tous les glaciers alentours.

-
p1120837.JPG On finit par arriver dans la soirée à Villa O’Higgins, un de ces villages de pionniers qui respire le silence, l’aventure et l’éloignement. Les maisons occupent l’espace, comme pour présager d’un futur plan d’urbanisation. Sur la place centrale jouent quelques enfants, qui à nos yeux semblent avoir une drôle de vie. Tout au plus vingt copains pour jouer, et de longues journées sans soleil pendant les mois d’hiver.
-
Après avoir passé la matinée à organiser notre expédition, on part se mettre en jambes sur le sentier qui mène au glacier Mosco. C’est simple et joyeux avec Allan en tête (il est « sherpa dans un parc national du Tennessee) suivi de Valérie (qui vient de faire le tour, sans guide et sans porteur, des Annapurnas) et nous deux (fidèles du GR 10 - entre République et Bastille - et à la montée de Montmartre, sans sponsors et sans assurances).

-
Malgré cette équipe de choc ça ne manque pas, au bout d’une heure on finit quand même par se perdre et on se retrouve à grimper, enjamber, sauter et glisser sur sur les branches pour se frayer un chemin entre la forêt généreuse. Quatre Indiana Jones à l’assaut de la montagne ! Nous arrivons soudain dans une clairière. Impossible de ne pas être étonné par la présence d’autant d’arbres morts. p1120981.JPGDes champs entiers qui semblent comme avoir été brûlés. On avait essayé d’en savoir plus sur ce phénomène lors de notre descente de la Carretera Australe, mais toute les raisons semblaient se contredire. On arrive enfin à avoir le fin mot de l’histoire : en 1937, une loi aurait permis à quiconque ayant défriché une terre, plantés des barbelés et qui soit capable de le prouver, de posséder cette terre. De nombreux incendies, souvent non contrôlés ont suivit, et il n’est pas rare de voir des terres fermées, peuplées par quelques têtes de bétail, jonchées d’arbres morts, coupés ou brûlés. Depuis, cette loi a été abolie. Mais avec le froid et les pâturages, et l’exploitation plus ou moins légale du bois qui a suivi, il faudra compter de très nombreuses années pour que ça repousse.
-
On marche plus de huit heures et on se félicite avec un bon repas et une bonne bouteille de Cabernet Syrah chilien. Valérie, qui a longtemps travaillé dans le vin, nous explique la différence entre un mélange et un assemblage de cépage, sous les yeux ébahis d’Allan, qui n’en revient pas de voir ces trois Français passionnés parler de « docteur du vin », de vie et de mort du vin.

-

p1120925.JPG

TOP