Quitter Santa Cruz !
On est passé du côté de l’opposition. La ville de Sucre est encore sous le choc des dernières manifestations, où il y a eu trois morts.
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On quitte cette magnifique ville espagnole, sûrement la plus belle que l’on ait jamais visité, pour Santa Cruz.
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La différence avec la pauvreté de La Paz est impressionnante : magasins de mode, café lounge, femmes fines et élégantes, on est loin des bazars et des stands de rue tenus par les cholitas d’El Alto. Sur la place centrale de Sucre, des matelas sont installés sous des tentes, où des dizaines de personnes mènent des grèves de la faim. « Démocratie, alors autonomie ; Dictature, alors indépendance ! » « Evo, Santa Cruz va te tuer ! ».
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Pour montrer à Santa Cruz que malgré ses richesses en gaz et en minéraux, la ville est tributaire du reste du pays, Evo Morales a coupé l’apport de diesel. Les réserves sont en passe d’être épuisées, et bientôt plus aucun bus, ni aucun train ne pourra circuler. Face à la menace de guerre civile, après la violence qui a fait rage à Sucre, on préfère prendre les devants et se référencer au consulat. Si on doit rester bloqués à Santa Cruz, autant qu’on ne soit pas oubliés !
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On file directement à la gare pour prendre un train pour le lendemain. Ca ne loupe pas : à midi la gare est en émoi : le train est retardé et ne partira pas avant 21h. On passe l’après-midi à traîner dans la ville, à profiter de la chaleur et des cafés, et retour à la gare. Tout semble se passer normalement, on fait la queue avec devant nous ces étranges personnes en salopettes bleues et chemisettes. Ce sont des gens qui vivent dans des communautés créées par des allemands au XVIIIe siècle. Depuis 300 ans, ils se vivent en autarcie, parlent un vieil allemand et se reproduisent uniquement entre eux. On n’a pas de mal à les croire, ils sont tous grands, blonds aux yeux bleus.
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La file se réduit petit à petit, on passe le guichet et on arrive sur le quai.
Pas de train.
On attend, on attend, la nuit tombe et on attend encore. On est un peu tendus : on se voit mal rester là au milieu d’une révolution dont on n’a pas tous les codes, toutes les explications. Et moi qui adore les manifs, je dois dire que les mouvements pro-capitalistes sont à mes yeux beaucoup moins romantiques. Surtout que Nat tout à l’heure a voulu filmer les grévistes sur la place quand il s’est fait prendre à parti : « qui es-tu ? D’où tu viens ? Es-tu de leur côté ? Pour qui travailles-tu ? » Il a dû jouer le touriste idiot et montrer son passeport français pour qu’on le laisse en paix.
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Autour de nous, les regards sont profonds, et malgré l’attente, personne ne se permet de s’énerver de l’absence du train. Chacun sait que c’est sans doute le dernier ; pas question de claquer la porte, demander un remboursement et revenir demain !
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Finalement, il est presque minuit quand le train entre en gare. Il ne restait plus que la classe Pullman, qui a dû être luxueuse en son temps. Quel bonheur de voir le wagon bouger, quitter Santa Cruz et se diriger, clopin clopant, vers la frontière brésilienne. Après avoir mangé, dormi, lit, regardé le paysage, papoté, rêvé, pendant près de 22 heures non stop.