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Vendredi 20 juillet 2007 Précédent

Le mal du pays ? (Franshoek, La Provence)

Peut-on vraiment faire un road-trip sans se gaver de chocolat ? On conduit l’un après l’autre sur des routes droites et interminables, en avalant des mnm’s, des Kitkat, des bountys et plein de bonbons de toutes les couleurs. Autour de nous, la terre devient plus caillouteuses, et le bord des routes est parsemé de cactus. On arrive à la tombée de la nuit à Neue Bathesta, un village de la région du Karoo autrefois réservé aux noirs où quelques blancs se sont installés après l’apartheid. Nous garons la voiture devant l’Outsider Backpacker. Katrin, une expat suisse, nous montre notre chambre, ou que dis-je notre maison : pas d’autres guests, nous sommes tout seuls ! Ici aussi, pas de psychose, pas de cadenas, les gens apprennent à vivre ensemble et ça se passe bien. Peut-être que le salut de l’Afrique du Sud viendra des campagnes ?
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p1020988.JPGp1020969.JPG On va visiter la maison d’Helen Martin, qui est à l’Afrique du Sud ce que le Facteur Cheval est à la France. Cette femme s’est créé dans son jardin des dizaines d’amis, de doubles d’elle-même et de temples, dans un isolement proche de l’autisme. Son intérieur est assez joli, grâce à des vitraux de couleur et des jeux de miroirs. Si elle se considérait de son vivant comme artiste, Helen Martin est aujourd’hui estampillée artiste « outsider », du nom d’un mouvement qui n’en est pas vraiment un, puisque ces personnes ont seulement en commun d’avoir créé dans l’isolement, sans chercher à partager leurs créations. L’art a-t-il besoin du regard de l’autre ?
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Perdre sa culture c’est se perdre soi-même paraît-il. Nous on n’a rien oublié, surtout pas la bonne chair et le bon vin. On se rend donc à Franshoek, dans un cottage qui s’appelle La provence. Sachant que Franshoek veut dire français et qu’on a tous les deux grandi en Provence, aurait-on le mal du pays ? On va manger une viande au French Connection Bistrot, qui est réputé pour être un des meilleurs restaurant du coin, et on déguste une viande délicieuse arrosée de bon vin.
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p1030072.JPG Après une douce nuit dans le cottage de notre enfance, nous faisons le tour des vignobles. Une première dégustation, assez décevante, nous donne du rose aux joues. Nat arrive toujours à conduire à gauche ; tout va bien. Nous rentrons dans un deuxième domaine, par une allée bordée de pins. Sur le parking, aie aie aie : deux énormes cars de touristes ! Dans la cour de la demeure, des rugbymen tapent la balle pendant qu’une interminable brochette de japonais sort de la dégustation. On demande si on peut déguster leurs vins rouges, en appuyant délibérément notre accent français. Après des rugbymen qui buvaient leur verre jusqu’à la lie et des japonais qui demandaient « how much » avant de goûter, on fait figure de spécialistes ! Trop contents de faire le boulot à nouveau, les goûteuses et les sommelier nous bichonnent et nous ouvre des bouteilles inédites. On en boit tellement qu’on doit leur demander d’arrêter : Nat est écarlate et je tiens à peine debout ! On finit par acheter une (bonne) bouteille sans regarder le prix. Efficace comme technique de vente !
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On mange un bout pour reprendre pied dans la réalité (nooon pas de vin, merci !), et on part sur Cape Town. Au lieu de prendre l’autoroute, on décide de s’enfoncer dans les suburbs pour atteindre la ville par ses marges. Entre les magnifiques montagnes qui surplombent le Cap et l’Océan Indien, les contraires se côtoient. On passe de quartiers très pauvres, noirs, avec de minuscules maisons de taule et beaucoup de gens dans les rues, à des quartiers outrageusement riches comme Constancia, où les maisons sont toutes plus grandes et ostentatoires les unes que les autres. On longe la mer : les montagnes ressemblent beaucoup à celles qu’on trouve autour d’Aubagne, on a l’impression d’être sur la corniche de Marseille, en plus grand. On a loué un appart pour trois jours avec vue à 180° sur la mer, Robben Island où Mandela a été emprisonné et… le futur stade Olympique en chantier souhaité par la FIFA.
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p1030083.JPG Nat se souvient de ce que disait Attali dans son dernier livre, où le monde de demain serait davantage dicté par les compagnies d’assurance et de divertissement. Bingo ! Les sociétés de sécurité, de surveillance et la FIFA, c’est un peu ça non ? Car nous sommes ici dans un quartier hautement sécurisé. Notre porte-clé n’a jamais été aussi épais avec plusieurs clés pour la porte d’entrée, la grille, la porte encore, et le funiculaire qui permet de descendre d’un petit étage. Dans l’appart, des fauteuils de designers, une télé démesurée, un lit qui chauffe tout seul : le paradis du superflu et de l’inutile à moins d’un kilomètre de la misère noire. Doit-on apprécier ou se sentir mal à l’aise ?
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Carnet de voyage, Afrique du Sud, le 20 juillet 2007.

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