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Vendredi 27 juillet 2007 Précédent

Deux mondes. (Johannesburg)

On rencontre P.O., Franck et les autres membres de Kwani Expérience sur le toit de l’Institut français.

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p1030753.JPGIls reviennent d’une tournée entre la Hollande et Marseille, pleins d’énergie. On les écoute parler pendant près de deux heures de ce qu’ils font, de leur parcours, de leurs envies, de leur ville et de leur pays. Tous noirs, ils viennent de milieux très différents. L’un a été enfant des rues, un autre est issue d’une famille plutôt aisée. Certains habitent en ville, d’autres à Soweto, d’autres en banlieues pour classes moyennes.

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Le courant passe super bien. Franck nous propose d’aller se balader à Soweto. On s’était dit qu’on irait à Soweto seulement si une occasion se présentait : on ne peut pas y aller seul, et sillonner les rues avec un guide et des touristes à casquette, c’est hors de question. On fait le plein d’essence dans sa voiture, et on roule vers le township. p1030717.JPGTrois millions de personnes habitent aujourd’hui dans cet ancien quartier noir (je ne suis pas sûr que beaucoup de blancs ou de colored s’y soient installés depuis) qui se divise en différentes zones, sur des kilomètres et des kilomètres. Certains quartiers ressemblent encore à des bidons villes, mais heureusement le plan pour l’habitat de Mandela a plutôt bien fonctionné, et la plupart des quartiers ont été reconstruits en dur. On s’arrête prendre un sandwich dans la cour intérieur d’une maison. Aucun signe extérieur de montre qu’on peut acheter à manger ici. Au premier abord il semble n’y avoir aucun commerce si ce n’est les supermarchés, mais manifestement en creusant un peu la réalité est toute autre.
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On passe récupérer la copine de Franck (une écossaise qui a dû batailler pour faire accepter à ses parents son mari noir) et leur petite fille, et ils nous ramènent à Sandton. Trevor et Robin nous attendent dans une station-service non loin de la maison. Franck s’arrête dans sa vieille voiture à la hauteur de Trévor, qui le regarde du haut de sa Mercedes. On se déplie de la voiture de Franck pour se hisser dans celle de Trévor, avec le sentiment de passer en quelques secondes d’un monde à un autre.
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p1030806.JPG Ce soir, on est invité à dîner chez les parents de Trévor qui habitent quelques maisons plus loin, dans la même résidence. Encore une fois, la discussion s’ouvre sur la criminalité. Agés, les parents tiennent des propos très durs sur les noirs, leur mode de vie, leur accession à des postes à responsabilité. La méconnaissance se transforme en mépris, et l’évocation émue du temps où ils pouvaient marcher à pied dans le centre-ville donne à la démocratie d’aujourd’hui le parfum du regret. Comme le dit justement le frère de Trévor, il faudra attendre que les générations qui ont vécu l’apartheid s’éteignent pour que le pays puisse s’engager pleinement dans l’avenir.
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Il se fait tard, je suis crevée. On avait prévu de rejoindre Franck et les autres à une soirée, mais un sursaut de bon sens, d’intuition ou peut-être de lâcheté me fait dire à Nat qu’on ferait mieux de ne pas y aller. La soirée à lieu dans une nouvelle salle de concert immense dans le centre-ville historique. Il y a beaucoup à parier pour qu’on soit parmi les seuls blancs ce soir. On est ici parachuté dans une histoire qui n’est pas la nôtre, et dont on pourrait faire les frais. Je me dis qu’on s’aime, qu’on a un voyage magnifique à partager ensemble, et peut-être bien plus que ça. Ce serait idiot de prendre le risque d’avoir un problème ce soir, et de tout gâcher. Trevor vient nous chercher pour faire les cent mètres qui nous séparent de la maison ; il est rassuré, on va se coucher.

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