Des manchots et des phoques (Cape Town)
Cape Town, entourée de ses montagnes, bordée par l’Océan Atlantique d’un côté, Indien de l’autre, pourrait être la ville idéale si l’histoire avait été différente. Le temps est d’ordinaire idéal, mais en ce moment c’est l’hiver et la tendance est à la grisaille. On se balade sur Long Street, la (longue) rue principale où s’alignent bistrots et magasins branchés. L’architecture est étonnante : un mélange de différentes villes d’Europe, avec un peu d’Afrique. On fait un tour dans Bo Kaap, un peu en hauteur, mais les maisons colorées manquent de lumière. Il fait froid ; on se trouve un petit resto. Oui, c’est vrai on passe notre teps à manger. Mais Après plus de cinq mois passés dans des pays en voie de développement, avouons-le, ça fait un bien fou d’apprécier de la cuisine fine et travaillée !
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La forteresse est le premier monument construit par les colons européens au Cap. Ils ont dû être super surpris, les marins de l’époque, d’arriver dans un paradis pareil ! On visite les salles les unes après les autres. Nat veut faire une photo de la fenêtre. On se cache derrière le fin rideau blanc pendant que Nat ouvre discrètement la fenêtre pour regarder dehors. A peine a-t-il fini qu’on entend des bruits de pas : un groupe qui fait une visite guidée arrivent dans notre salle. Chut, pas un bruit ! Le guide, qui a dû penser qu’on était des statues, tire le voile d’un coup sec et nous laisse à découvert. Il se fond en milles excuses : vu comme il rougit, il a du penser qu’on était en train de se bécoter ! Pour se faire pardonner, il nous indique comment aller sur les toits du fort, où on pourra être tranquille à l’abris des regards indiscrets. Merci !!
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On a rendez-vous en fin de journée au Waterfront avec Jacqueline, la mère de Nadia que nous avions rencontrée à Bulungula. Ce sont des anciens docks réhabilités en centre commercial, dont les capetowniens parlent avec des trémolos dans la voix. Ce serait le plus grand centre commercial du monde ! Là bas on peut tout trouver ! En effet c’est un centre commercial déprimant, comme il y a en a des milliers sur terre. Et comme partout ailleurs, ces bâtiments modernes et interminables, scintillants comme le sou neuf que vous devez y dépenser, ont littéralement ruiné la force et l’histoire des docks. Fascinant en effet.
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Le lendemain on rejoint Jacqueline chez elle pour aller visiter Cape Point, la pointe sud de l’Afrique où se rencontrent l’Océan Indien et l’Océan Atlantique. On descend sous une pluie battante : à Cape Town l’hiver il fait froid… et il pleut ! On s’arrête sur la route voir les manchots. On est tout émus : c’est la première fois qu’on en voit, ils sont tout petits ! D’ailleurs ça ressemble un peu à des canards auxquels on aurait enlevé les ailes pour y mettre faux bras. Ils sont rigolos et Nat les imite hyper bien.
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J’ai faim. On s’arrête manger un sandwich à Cape Point. Jacqueline ne mange rien, il lui arrive même d’oublier de manger. Je réfléchis. Je crois que ça ne m’est jamais arrivé ! Il va néanmoins falloir qu’on fasse attention, on est affamé de toutes les bonnes choses qu’on trouve ici et on a du prendre déjà quelques kilos. Heureusement qu’on part ensuite à Madagascar pour se remettre à la diète. On monte en pleine digestion et sous une pluie de plus en plus drue au phare du Cap de Bonne-Espérance. C’est émouvant : les vagues, les plus grosses qu’on ait jamais vues, forment d’énormes rouleaux qui viennent s’écraser sur les rochers et sur la plage. Les nuages qui nous entourent se fondent en une brume mouvante, vivante. À la pointe sud de l’Afrique, on se sent vivre, on se sent bien, on s’aime. Trempés par la pluie, on sourit, heureux.
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Au retour on s’arrête sur le port de pêche de Hout Bay. On se promène, frigorifiés et trempés sur le ponton, quand je vois un aileron apparaître dans l’eau. Je m’approche quand Nat me lance, impatient : « mais laisse tomber, c’est un pneu qui flotte ». Tu parles : c’est un phoque ! On trouve bientôt papa phoque, maman phoque et bébé phoque, entourés de leurs copains phoques. Là aussi c’est une première pour nous : les seuls phoques que j’ai vu jusqu’à présent, c’était à Marineland. Ce sont en fait de gros poissons lisses et ovales, avec une jambes-nageoire séparée en deux par une petite queue, de petites oreilles, quatre canines et des moustaches blanches sur une tête de rat. Ils tournent sans cesse sur eux-mêmes et sortent leur petite tête de l’eau toutes les dix secondes pour respirer bruyamment. Elégant !
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Carnet de voyage, Afrique du Sud, le 22 juillet 2007.