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Mercredi 25 juillet 2007 Précédent

De l’apartheid à Johannesburg

On reste trop peu de temps à Cape Town. Mais on a tellement trainé dans les autres pays que l’on a visités qu’il nous reste seulement deux semaines pour traverser l’Afrique du Sud. Trop peu. Notre avion pour Johannesbourg est à midi, avant de partir samedi pour Madagascar.
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Avant de quitter Cape Town, on veut visiter le musée du District 6. L’histoire de ce pays est édifiante, mais passionnante. On y retrouve tous les travers de l’être humain : la survie, la quête du pouvoir, de l’argent, la haine de l’autre, le communautarisme, le rejet… mais aussi l’utopie, la fierté, la révolte, le combat, le rêve et l’imagination. District 6 était au 19e siècle un quartier populaire au centre de Cape Town, près des docks où beaucoup d’hommes travaillaient. Pourtant au début du siècle, avec la séparation de l’espace entre les noirs et les blancs et sous l’impulsion du Corbusier qui souhaitait réagencer la ville, le quartier a été détruit et les habitants expulsés. Ça a été un drame car les habitants ne s’y attendaient pas. Les gens ont été envoyés à l’écart de la ville, loin de leur lieu de travail, et ce quartier, pauvre et difficile mais pionnier du jazz sud-africain, a été détruit. Il n’en reste rien aujourd’hui, si ce n’est ce musée et quelques fresques rescapées des pelleteuses. Aujourd’hui le quartier est traversé par de grandes artères routières, bordées par quelques lotissements insignifiants.
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On file à l’aéroport pour se retrouver une heure plus tard à Johannesburg. On nous a dit tout le plus grand mal de cette ville, haut lieu du crime et de la discrimination. Trevor, un lointain membre de la famille de Nat que l’on a contacté, vient nous chercher à l’aéroport. On traverse des banlieues, des banlieues et encore des banlieues, pour arriver à Sandton, un des quartiers les plus huppés de la ville. Nous passons le poste de sécurité. Autour de nous, toutes les villas ont des barrières électriques et sont barricadées derrières plusieurs grilles, chaînes, barbelés, portes fermées à clé. On rentre dans notre forteresse avec piscine et TV écran géant. Trévor et Robin sont de véritables anges : ils nous connaissent depuis quelques heures à peine mais nous choient comme leurs propres enfants. On part dîner avec leurs amis dans un restaurant scintillant, dans un quartier rutilant.
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p1030483.JPGp1030561.JPGp1030563.JPGp1030566.JPG On a rendez-vous le lendemain avec Peguy et Laurent, à l’Institut français. Les bureaux sont à Newton, un quartier du vieux centre-ville de Johannesburg qui a été restauré. C’est aujourd’hui un minuscule quartier branché, un des rares endroits où se côtoient les noirs et les blancs.
Il y a aujourd’hui deux centres-villes dans Johannesburg : l’ancien, autrefois dévolu aux blancs, mais qui depuis la fin de la séparation raciale du territoire est uniquement habité par les noirs. Et le nouveau, reconstruit par les blancs (et pour les blancs) à quelques kilomètres de là. Il reste pourtant dans l’ancien centre-ville quelques instances administratives, comme la cour d’appel. Mais les magistrats ont leurs bureaux en banlieue et ne viennent là que pour plaider. Ils dorment alors dans les appartements attenants, pour éviter de marcher dans la rue.
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Le chauffeur de Trevor se perd dans l’ancien centre : c’est la première fois qu’il s’y rend. Avec toutes les histoires qu’on a entendues on est un peu inquiets. Mais le chauffeur demande son chemin et on trouve l’institut sans problème. On passe la sécurité, on nous ouvre les grilles de fer : ça y est, on est arrivés ! On est à Johannesburg pour seulement trois jours, mais on souhaiterait rencontrer le groupe Kwani Expérience, dont Charles que nous avions rencontré à Nairobi nous a dit beaucoup de bien. Super gentils, Laurent et Peguy nous arrangent le coup. En attendant, on prend un taxi pour le musée de l’apartheid. Normalement, on prend en ville les transports en commun. Mais ici, tout le monde nous a chaleureusement déconseillé de nous y aventurer. Est-ce vraiment dangereux ? L’histoire est si fraîche et la douleur à fleur de peau qu’on préfère ne pas s’y frotter. Le musée de l’apartheid est particulièrement intéressant. On y reste plus de trois heures, et le musée ferme sans qu’on ait fini la visite. (Pour ceux que ça intéresse, voici un lien vers la fiche de Wikipédia pour comprendre les grandes lignes de l’histoire : ici). Mais c’est surtout incroyable de se sentir dans une histoire en marche, où les problèmes cherchent leurs solutions au milieu de milliers de frustrations. Trévor vient nous chercher. Ça fait deux ans qu’il n’est pas venu dans ce centre-ville, où il travaillait autrefois. Comme il sait qu’on a envie d’en voir un peu plus, il nous conduit dans les rues et les ruelles mal éclairées. Les vieux bâtiments tombent en ruine, beaucoup sont squattés ou murés. Dans la rue, les magasins sont fermés et ont laissé la place à des vendeurs sur le trottoir. Des feux brûlent en pleine rue pour faire à manger. Les gens vivent ici comme dans les autres pays qu’on a visité, mais c’étaient des pays en voie de développement, alors que l’Afrique du Sud fait partie des pays les plus riches de la planète. La nuit tombe et je ne suis pas rassurée : pas que les gens me fassent peur, mais on traverse la ville dans une Mercedes 5 portes dernier modèle flambant neuve !
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Sur le chemin du retour, Trévor nous montre les dernières constructions des quartiers riches. Les maisons sont extravagantes, immenses, opulentes. Indécentes ?
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Carnet de voyage, Afrique du Sud, le 25 juillet 2007.

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