Changement de décor (Durban)
Notre visa expire demain. Nous devons quitter le Mozambique de toute urgence.
On appelle in extremis les compagnies de bus qui font la jonction avec Durban en Afrique du Sud, mais tout est complet. Pas question de reprendre l’avion ; on tente alors notre chance avec un minibus. Il y en a un qui part vers cinq heures du matin : ouf !
Le taxi nous dépose dans la nuit noire sur un bout de trottoir de la Baixa. On attend avec quelques autres Mozambicains que le bus se remplisse et prenne la route. Quand les bus partent si tôt, il n’est pas rare que des personnes qui habitent loin et ne peuvent pas se payer un taxi passent la nuit à attendre dans la gare routière ou, au mieux, dans le bus. Hommes, femmes, enfants, ils n’ont pas le choix.
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Alors que nous quittons Maputo vers le Sud, nous sommes surpris par la qualité des routes. Le tarmac est lisse, sans aucun nid-de-poule. Et il y a même des péages ! On traverse d’abord le Swaziland, pour arriver à la frontière avec l’Afrique du Sud. Au guichet, un blanc rougeaud, bourré de tics et de tocs, tamponne nos passeports. Première surprise : on s’était habitué aux occidentaux expats, largement pays pour leurs missions en ambassades, multinationales ou ONG. Ça fait bizarre de voir un blanc prolétaire, préposé des douanes !
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Peut-être plus qu’ailleurs, la frontière entre le Mozambique, puis le Swaziland et l’Afrique du Sud marque un changement net dans les comportements des gens et les paysages. Pas de mendiants, pas de possibilité de changer de l’argent au marché noir (aie !), pas de gamins qui jouent dans la cour.
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Sous le soleil sud-africain, le minibus avance à vive allure : autour de nous, des plantations d’arbres à perte de vue. Tous sont plantés en ligne et des parcelles sont laissées en jachère pour éviter la propagation des feux et faire reposer la terre. Pas de doute, on retrouve la rationalité occidentale ! Des champs cultivés (du blé ?) sont irrigués par l’arrosage automatique. Nous avons entendu que le Lesotho était victime de sécheresse en ce moment, car une grande partie de ses réserves d’eau étaient vendues à l’Afrique du Sud. Du coup ces champs tous verts nous font mal au cœur : ils représentent la soif et la survie de la population voisine.
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De petites huttes rondes coiffées d’un toit de paille abritent les familles Zulus. Mais plus nous nous approchons de Durban, plus les maisons traditionnelles laissent la place à de grandes demeures de brique blanche, entourées de hauts murs et de dispositifs de sécurité électrifiés. La ville se fait de plus en plus dense. Tous les passagers descendent du bus un à un, il ne reste quasiment plus que nous. On est sur nos gardes : on nous a prévenu qu’il fallait être vigilants en Afrique du Sud, qu’un accident mortel (il y a beaucoup d’armes dans le pays) était vite arrivé. On se prépare mentalement. On n’a pas un rand (la monnaie locale), pas de guide, pas de crédit de téléphone, et on ne sait pas encore où dormir.
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Arrivés dans une gare routière, qui n’est en fait qu’un énorme rond-point au milieu de plusieurs avenues, on demande au chauffeur de nous montrer où on peut prendre un taxi. Il nous montre des voitures garées de l’autre côté de la rue. On est un peut inquiets : ces voitures n’ont pas de signe distinctif, pas de petits chapeaux avec écrit « Taxi » dessus. On regarde autour de nous, rien d’autre. On n’a pas vraiment le choix. On décide de faire confiance à la vie : on traverse la rue, le cœur battant, et on se rend maladroitement – mais en essayant de donner l’impression qu’on est sûrs de nous ! – sur le parking. On discute en anglais pour monter dans celui qui nous paraît le plus sûr. Quatre jeunes gaillards veulent qu’on monte avec eux et sortent un panneau « Taxi » de la plage arrière ; on insiste pour monter avec un petit vieux qui nous paraît plus inoffensif. Bonne pioche, le gars est correct, nous demande le double du prix, mais on arrive à bon port. Malgré quelques ratés, petits problèmes de communication entre nous (l’un part à droite, décidé, l’autre à gauche), on s’en est pas trop trop mal sorti !
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Carnet de voyage, Afrique du Sud, le 14 juillet 2007.