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Dimanche 15 juillet 2007 Précédent

Bienvenue dans le monde moderne (Durban)

Le centre-ville de Durban est surpeuplé. Essentiellement des noirs, mais aussi quelques blancs paumés : un mec qui vend des stylos-drapeaux sous le manteau, un autre en haillons qui ressemble à un clochard bien de chez nous. Bizarre.
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On appelle Felipe, un copain de Pablo rencontré au Franco à Maputo. Il nous indique un « backpacker », et nous donne rendez-vous ce soir au Spicadora sur Florida avenue. On s’arrête devant l’écriteau dissuasif cloué devant la porte de l’hôtel (security protection. Armed response), et on pose nos affaires dans la chambre. Les backpackers sont des guest-houses pas chères et conviviales, particulièrement prisées par les jeunes sud-afs blancs. On les trouve dans le Coast to Coast ou l’Alternative Guide, deux annuaires gratuits que l’on trouve dans les hôtels ou les cafés. Les sud-afs voyagent aussi beaucoup avec le Baz Bus, un bus qui sillonne le pays en faisant des sauts de puce de ville en ville, ou plutôt de backpackers en backpackers. En fait, tout le réseau des backpackers et du baz bus est fait pour que les jeunes blancs puissent voyager et se rencontrer dans un univers sécurisé. Les rares noirs ou « colored » qui les utilisent sont issus des classes moyennes et ont pu être scolarisés dans des lycées privés.
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C’est très étrange de parler des « blancs » ou des « noirs » mais on s’aperçoit vite que ça correspond à une réalité ici. L’apartheid avait séparé physiquement les sud-africains en blanc (européens et afrikaneers), noirs (africains d’origine bantou) et colored (tout le reste : les métis, les indiens etc). Chaque couleur avait à l’époque des droits, des devoirs et une position sociale bien définis. Bien que l’apartheid soit fini aujourd’hui, le mélange entre les classes se fait difficilement et les crispations persistent. La criminalité pousse les blancs à rester dans des milieux protégés. Les colored, qui n’étaient pas blancs du temps de l’apartheid, ne sont pas noirs à celui de l’active action (une initiative mise en place par Nelson Mandela, qui oblige les entreprises à embaucher des noirs à des postes à responsabilité). Ils ont donc l’impression de se faire avoir à nouveau. Et si une classe moyenne commence doucement à voir le jour chez les africains d’origine bantou, les haines entre tribus persistent et ils doivent supporter l’arrivée de réfugiés du Zimbabwe (ce seraient des cars entiers qui arriveraient chaque jour à Johannesburg).
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Si on prend conscience petit à petit, en discutant avec les gens que l’on rencontre, en regardant autour de nous, des divisions qui subsistent entre les « couleurs », on est un peu paumés. Il va falloir qu’on achete un guide pour lire et mieux comprendre l’histoire ; ça semble si compliqué. D’autant qu’en tant qu’européens, on se retrouve malgré nous catalogués dans une classe définie. On espère qu’on va réussir un peu à s’en sortir, pour ne pas voyager que dans l’Afrique du Sud blanche et occulter les autres aspects de ce pays. Mais on est conscients que l’histoire est si douloureuse et si récente qu’on est ce que l’on représente avant d’être ce que l’on est personnellement.
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Sur les canapés couverts de tissus indiens du Backpackers, on rencontre donc des sud-afs, et un Français venu parfaire son anglais. On part déjeuner dans le centre commercial juste à côté. Arrivés dans ce temple au sol luisant, on est comme deux enfants dans un magasin de jouet. On n’en revient pas de la lumière, des escalators, des ascenseurs, et de tous ces magasins plus achalandés les uns que les autres. Ce qui nous paraissait normal avant de partir nous paraît surréaliste ici ! On regarde chaque détail, le carrelage, les vitrines, les escaliers avec des yeux tout neufs. On déjeune dans une sorte de cafétéria : c’est franchement pas bon. Les plats sont bien présentés avec de belles couleurs, mais ça n’a aucun goût.
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(Heureusement qu’on passe par l’Afrique du Sud avant de passer embrasser nos familles en France : s’ils nous avaient vu regarder avec crainte et fascination la richesse la technologie de ce centre commercial pourtant banal, ils auraient été très inquiets !!)
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On rejoint Felipe sur Florida avenue, une des artères branchées de la ville. On se croirait à Paris : de la lumière, plein de bars, du monde en terrasse. Mais pas un chat dans les rues. On fait la tournée des grands ducs dans des cafés plus tendance les uns que les autres. Après quelques bières on se rend à une soirée « transe » vers le port. On traverse la ville en taxi. Les rues sont désertes. Peu de voitures. Pas de piétons. Felipe nous explique qu’ici, personne ne sort à la nuit tombée sauf dans des quartiers ou des rues très spécifiques. On entre à la soirée : quelques gars extasiés, des peintures psyché au mur, de la transe goa menée par un DJ local. Mais il y a quelque chose qui cloche. Ah oui : on est dans le yacht club !
Pour Felipe, la discrimination raciale s’est transformée en discrimination sociale. Les blancs, contraints de rester dans les lieux chers et luxueux qui leur sont dévolus, n’ont pas beaucoup d’endroits pour aller s’encanailler !
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Carnet de voyage, Afrique du Sud, le 15 juillet 2007.

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